Chloé de 6 à 7

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A toi, cher lecteur, arrêté sur ma page Je souhaite la bienvenue Dans un univers pas si sage Etats de l'âme - de soi ou d'autres Découvertes, déconvenues Souvent s'y mêlent le vice et la  [+]

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Ce jour-là, le jour d'après l'annonce, je me suis réveillée d'une courte nuit, assez agitée. J'étais encore toute froissée, engourdie par le sommeil et l'incrédulité. Nous étions au lendemain de ce jour si intense et déstabilisant où tout a semblé commencer. Ce fameux jour où tu es officiellement entré dans ma vie, où j'ai pu contempler ton reflet sur quelques clichés en noir et blanc.

Un peu groggy, je me suis dépliée. Après quelques ablutions pour réapprivoiser mon corps, j'ai fait face à l'armoire et je l'ai longuement interrogée. Qui étais-je aujourd'hui ? Difficile de répondre, à demi éveillée, dans la torpeur de ce jour d'après. J'avais le trac, c'est certain, la peur de l'inconnu aussi. Alors j'ai repensé à tous ces jours où, dans ma vie professionnelle, j'ai dû faire face au stress, à la crainte de ne pas être à la hauteur de la situation. Lorsque je devais par exemple assurer une prise de parole en public ou une présentation sur scène. Il me fallait une belle robe, comme toutes ces fois où j'avais vécu des événements importants. Et tu sais, je voulais aussi que tu me trouves belle. Puisqu'on en était là, tous les deux, je me devais de te faire honneur. Il fallait que tu découvres en moi la femme forte, qu'elle te submerge, que tu rendes les armes devant mon énergie et ma vitalité.

Comme tous les matins, en passant dans la cuisine, j'ai lancé mon regard par la fenêtre. Un petit matin de début d'automne étendait en nappes fraîches son emprise sur les trottoirs parisiens. Je n'avais pas envie de petit-déjeuner dans les règles de l'art. Pourtant tu commences un peu à me connaître, tu sais combien j'affectionne mon thé vert, accompagné de quelques fruits secs grignotés du bout des doigts en guettant par la fenêtres les signes d'une ville qui s'éveille doucement. Puis deux ou trois biscuits et, pour finir, une poignée de grains de raisin. Tout cela en prenant mon temps.
J'ai juste bu quelques gorgées d'eau fraîche. Il était très tôt, en ce jour d'après, ce jour où tout allait vraiment commencer.

***

Avant de sortir, j'ai contemplé mon reflet. Que dis-je, notre reflet, dans le miroir de l'entrée. Et j'ai pensé que j'avais fière allure. Elle me va bien cette quarantaine décidément. Je crois que notre histoire ensemble a démarré au plus bel âge de ma vie.

Je connais le monde, ses chausse-trappes, ses miroirs aux alouettes, ses beautés et ses fadeurs aussi. Je me suis patiemment apprivoisée, année après année depuis l'enfance. Et aujourd'hui je suis pleinement femme, enfin. Je connais mes limites comme mes talents, et je sais en user.
Mais je m'égare, pardon, nous avons rendez-vous et je me dois d'être à l'heure. Tout est allé si vite il faut bien le dire. Un premier rendez-vous fixé hier seulement, et pourtant si important. Il est certain qu'une femme doit savoir se faire attendre pour se faire désirer. Je l'ai appris avec le temps, ça aussi.
J'ai enfilé mon trench beige et je suis partie arpenter Paris.

J'avais préparé une petite carte pour trouver mon chemin, et j'avais l'adresse de nos futurs rendez-vous réguliers griffonnée rapidement sur l'ordonnance hier, dans une écriture de chat, par le médecin. Je me suis arrêtée plusieurs fois, un peu essoufflée. J'ai regardé tout autour de moi pour mieux me situer, imprimer dans ma mémoire ces façades, comme autant de points de repère d'une nouvelle vie qui commençait. La vie du jour d'après, et son chapelet de rendez-vous préprogrammés.

***

Quand je suis arrivée, sitôt la porte poussée j'ai ressenti l'odeur et la pesanteur des lieux. Ces effluves d'alcool si typiques des salles de soin, et de tout endroit médicalisé.

J'ai marché droit vers l'accueil, et cherché dans le regard de la réceptionniste la réponse aux questions qui ne se posent pas :
"Est-ce que ça va aller ?"
"Vous croyez que je vais y arriver ?"
"Ça fait mal il paraît, vous savez si c'est vrai ?"

Un gentil sourire éclairait cette bouche d'à peine vingt-cinq ans peut-être :
"Madame, vous avez rendez-vous pour des rayons ?"
"Oui, on l'a programmé hier, et aujourd'hui c'est le premier jour."
"Très bien, comment vous appelez-vous ?"
"Moi c'est Chloé... Et celui qui m'accompagne, Mélanome il me semble. On ne se connaît pas encore très bien, je sais juste qu'il est malin."
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