Chère bibliothèque

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Quinquagénaire qui n'a pas vu le temps passer, à la recherche de ce temps "perdu" et d'un échappatoire aux multiples contraintes professionnelles ! L'écriture, que j'ai toujours fréquentée  [+]

Image de Eté 2016
Jamais je ne m’étais livrée auparavant à cet exercice ! Aussi, avant tout autre propos, il me faut examiner des préalables de bienséance : quelle est la personne qui va conjuguer tous les verbes qui vont naître de ma plume ? Guidée par la tendresse que j’éprouve pour toi, j’opte donc pour le pronom familier. Notre amitié si particulière le justifie bien.
C’est en considérant tous ces rectangles oblongs et debout que tu offres à mon regard émerveillé que je griffonne des caractères, des mots, des phrases, une lettre par devoir de mémoire envers la liberté.
Les signes, les termes, les pages noircies, consubstantielles de l’humanité qui les a créées t’appartiennent tout entières. Elles vibrent dans ton ventre lumineux et secret à la fois.
Mes yeux intimidés se promènent sur ta colonne vertébrale, dressée et fière, dont les éléments nobélisés constituent l’architecture première de tout ton être.
En son centre, Saint-John Perse se presse contre Selma Lagerlöf. Amusée par la scène, je surprends Seféris et Hemingway joue contre joue et Pirandello qui se repose entre Faulkner et Steinbeck. Et tous les autres, plus discrets, qui protègent le petit dernier, Modiano ! Pour qu’il ne se perde pas dans le quartier...
Au gré des coups de cœur, des coups d’amour, des coups de blues, ces « grands capitaines » ont été rejoints par d’autres tempéraments, d’autres natures plus accessibles.
Souviens-toi de tous ces fleuves impassibles que nous avons dû descendre pour parfaire ton anatomie ! C’était enthousiasmant, frénétique même. Un puissant vent de liberté a mêlé tous ces dos multicolores et polyphoniques, sans souci d’ordre ou de classement.
Rappelle-toi comment chaque nuit, tu me soufflais au creux de l’oreille : « Ne fais pas de moi une bibliothèque, ne fais pas de moi un cimetière ! Je veux du bruit, je veux du mouvement, donne-moi de la vie ».
Alors, comme Gepetto, de bois et de papier, je t’ai faite de chair. Narcisse et Pygmalion ont été mes guides. Je t’ai octroyé la vie que tu implorais.

Dans ton flanc, Fruits confits et cire d’abeille voisine avec Le Roi des Aulnes, Les Passagers du vent se sont installés auprès des Bienveillantes. Des couples improbables se sont formés, puis des cercles de poètes de tout poil, disparus ou non. Tu m’as même confié qu’en mon absence, tu assistais à de véritables bacchanales !
Et puis vint ce jour où tu as pris mes yeux et je t’ai donné mon âme. Parce c’était toi, parce c’était moi.
Qui de toi ou de moi a créé l’une et l’autre ?
C’est le fol amour de la liberté qui nous a construites ensemble, de chair et de sang comme des sœurs siamoises.
Toi qui donnes autant à voir qu’à se perdre délicieusement, chère librairie, je t’écris cette lettre pour simplement te dire merci.

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