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Cet enfant là

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Kartoffel

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L’interphone de fer rouillé grésilla, la porte s’ouvrit. Maxence monta les marches jusqu’au premier étage, et s’arrêta sur le palier en tomette rouge. Sa grand-mère l’attendait sur le pas de la porte, silencieuse, compréhensive. La lumière de la fenêtre qui donnait sur la ruelle traversa ses cheveux blancs.
- Et bien rentre, ça ne te coûtera pas plus cher !
Ils se firent la bise, et rentrèrent dans le petit salon. Aussitôt, une odeur de pommes de terre gratinées monta aux narines de Maxence.
- Je t’ai fait du gratin dauphinois, annonça-t-elle, j’espère que ça te va !
- Très bien mamie, très bien...
- De toute façon, si ça ne te plaît pas, c’est le même prix.
Il sourit.

Maxence Rivière aimait le bleu du ciel de Provence, le parfum doux et sucré de la ville après la pluie, le Tanztheater de Pina Bausch et les bons livres de Barjavel. Il aimait les paysages scandinaves, le pain d’épices et les morceaux abrupts de Linkin Park. Mais par-dessus tout, il aimait sa femme, Elisa, et sa grand-mère, Cécile.
Cette dernière était en train de mettre la table, les assiettes en céramique étaient face à face sur la nappe violette à fleurs. Il s’assit, et sa grand-mère fit de même, après avoir déposé le gratin sur un dessous de plat en liège.

-Désolé, je n’ai pas pu te prévenir avant, je suis parti sur un coup de tête. J’espère que ça ne tu n’avais rien prévu ?
- Si s’abrutir devant la télévision en sirotant un thé vert ne compte pas, alors non.
Maxence avait après le SMS d’Elisa bifurqué vers Aix, et était arrivé à 16h devant l’appartement de Cécile. Il avait besoin de parler. Il souffla un coup.
- Elisa est enceinte.
La vieille dame en fit tomber ses couverts.
-Elle m’a envoyé un message tout à l’heure.
Elle se leva, et alla l’embrasser. Elle le serra dans ses bras pendant de longs instants.
- J’ai peur, mamie, j’ai peur.
Elle se rassit à sa place, et tout en découpant la tarte aux pommes en parts volontairement inégales, elle se mit à sourire.
- Tu ne dois pas avoir peur. Un enfant, c’est ce qu’il y a de plus beau, de plus tendre, de plus joyeux.
- Ce n’est pas de lui dont j’ai peur, c’est de moi. Je...je ne serais un bon père...je ne sais pas prendre des décisions, je ne sais pas être responsable, je ne sais pas me dévouer, je ne sais pas lire des albums au coin du feu, je ne sais par veiller sur un lit jusqu’à ce qu’on s’endorme !

J’étais terrifié, réellement. J’avais bien sûr déjà envisagé la venue d’un enfant, mais pas tout de suite, pas là, pas maintenant. La radio tournait en roue libre, avec un grésillement discret. Un silence.
Une introduction au piano en sortait, faisant vibrer l’air de la pièce. La voix de Barbara, reconnaissable entre toutes, vers la fin de sa carrière se mit à pointer : Cet enfant-là. Comme un écho. La longue dame brune semblait lui parler. Le hasard est magnifique.

Il prolongea sa visite jusqu’au soir. Alors, la nuit planant sur les platanes de la cour, il s’en alla, le sourire aux lèvres, incrédule. Il embrassa sa grand-mère, lui emprunta une vieille intégrale de Barbara, appuya sur la poignée, et ferma la porte.
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