C'est quoi le problème ?

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Parler de moi ? Pour dire quoi ? Franchement, qui ça intéresse  [+]

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« Ah ! ce qu’il m’aime ! C’est fou comme il m’aime !
Personne ne me croit mais moi... Je sais qu’il m’aime parce qu’il me dit des mots d’amour.
Le matin et le soir et même le midi et même la nuit.
Il me dit qu’il m’aime... Tout le temps... Et le temps, c’est long. Et le temps, c’est lui.
Il n’arrête jamais. Il n’est jamais fatigué de m’aimer et il m’aime de plus en plus fort. Il va de plus en plus loin dans ses démonstrations amoureuses et bat ses propres records de jour en jour et de nuit en nuit !
Il est fort. Il est si fort. Il est trop fort.
C’est l’homme de ma vie. Le premier. L’unique. Le plus costaud. Le plus viril et le plus beau des poètes et il s’y connaît en art, mon homme !
Il y a ses mots d’amour et puis ses marques d’amour et la muse... Je le dis sans prétention... La muse... C’est moi.
Je suis à l’origine de ses plus belles créations.
Je n’en reviens pas et c’est peut-être pour cette raison que mes copines me disent d’en prendre conscience et de bouger.
C’est ce que je fais. Je bouge. À ma manière. Je fais ce que je peux et ce peu est toujours suffisant pour enclencher la déferlante qui nous unit, lui et moi.
Au début, les mots d’amour étaient rares mais ils ne me manquaient pas parce que je n’en n’avais jamais entendu.
Au fil des années, ils sont devenus plus fréquents, plus puissants et plus nombreux. Je ne m’en lasse pas et même... J’en redemande. C’est ce qu’il me dit, mon homme. Il me dit que... Puisque je les cherche, ses mots d’amour, je les trouve.
En réalité, je ne les cherche pas ou alors, je ne m’en rends pas vraiment compte. Ils arrivent pour un rien, un détail, une coquetterie et je les réceptionne sans rechigner parce que... ce sont des mots d’amour. Ses mots d’amour et moi... Je l’aime tellement.
Les mots vont avec les marques. Les mots et les marques se suivent... ou se précèdent. On ne sait jamais à l’avance dans quel ordre se fera le contact passionnel mais le point de départ est toujours le même. Invariablement.
Il me dit que mes yeux sont plus jolis sans le mascara noir autour et que ma bouche est plus tendre sans le rouge dessus. Il me dit que mes jambes sont trop joyeuses pour être montrées. Il me dit que son steak est toujours trop cuit et que les haricots verts, c’est pas comme les patates : ça nourrit pas l’homme fort. Il me dit qu’il reste de la boue sur son vélo et qu’il faut frotter encore. Il me dit que si je continue à cliquetiquer sur mon ordinateur, il va le broyer. Pour mon téléphone, il ne dit plus rien parce que ce n’est plus nécessaire. L’art de la compression a fait son effet, dimanche soir.
Les marques sont des traces. Des traces d’amour. Des traces en couleur. C’est presque joli. Au début, il y a du bleu. Un bleu proche du violet. On dirait une fleur. Une fleur de printemps. Le lendemain, la trace s’étale. On dirait une aquarelle. La palette de couleur s’enrichit avec du rouge et du rose puis du vert et enfin du jaune. Un arc-en-ciel, qu’il me dessine sur la peau, mon homme. Je suis la matière. Il est l’artiste.
Il est tellement fort que parfois, il trace des quadrillages sur ma peau. Des lignes qui suivent les chemins de mes veines. Elles sont gravées à la fourchette. On dirait un sentier bien ratissé. On dirait un jardin. Les petits ronds ressemblent à des flaques. Ils sont les souvenirs d’une chaleur de cigarette. Je me rappelle de la couleur orange dans la nuit. C’était comme une luciole. C’était chaud et après, ça sentait l’odeur du barbecue.
La matière est friable et parfois, elle craque. On entend le bruit du craquement et juste après, apparaît une autre marque. C’est une déviation comme sur un chantier et puisqu’il est fort, si fort, le chef de chantier manie la pelleteuse avec art. Je suis dessous. Entre la moquette et les roues. Elles sont grosses et lourdes, les roues. Mon tibia est léger et fin et désormais, dévié. »

Mes gros gants rugueux tremblent sur le papier froissé.
Le papier est une boule, petite et grasse, qui s’est échappée de la poubelle.
Le sel qui coule sur le haut de ma bouche est liquide.
Il ramollit la boule mais pas les mots.
Je vais me relever.
Je vais être plus fort que lui, moi, le gardien de ce petit immeuble.
Les policiers escaladent l’Everest de la cruauté.

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Les Histoires de RAC · il y a
Tout en crescendo, très juste et très pudique.

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