Caspar David Friedrich

il y a
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Rêveur et voyageur, j'espère que mes propositions vous séduiront. Merci par avance pour vos lectures et vos remarques  [+]

Quand il quitte l’hôtel, il n’est pas encore dix heures. Il remonte la fermeture éclair de son blouson devant le comptoir de réception, franchit les portes battantes, et débute sa marche matinale. Il ne fait pas chaud en ce matin d’octobre, et un brouillard léger recouvre les rues de la ville. Après être passé devant la Mairie imposante, il s’arrête près du petit bassin, pour jeter quelques morceaux de pain aux cygnes. Ensuite, il s’engage sur la promenade qui longe le lac paisible. Il marche les mains dans les poches. Des canards  se reposent sur l’herbe encore humide. Il ne croise que des sportifs, ou des marcheurs solitaires, comme lui. Il traverse la voie rapide, prend un large escalier, et tout en haut des marches, il traverse l’esplanade qui s’étend devant le Kunsthalle. Le Musée d’Art de Hambourg. Il connait presque par coeur l’agencement des galeries. Mais au milieu de toutes ces oeuvres d’art de l’Europe, du Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui, il y a une seule peinture qui attire son regard. Elle se trouve dans la salle dédiée aux peintres romantiques. C’est « le voyageur contemplant une mer de nuages ». Un tableau de Caspar David Friedrich. Après être passé de salle en salle, en jetant un coup d’oeil rapide sur les autres peintures accrochées, il s’arrête enfin devant ce voyageur, qui le happe et l’enchante. Au milieu de la pièce, il retrouve le même petit banc sans dossier qui l’attend, face au tableau. Il pourrait rester ainsi des heures. Il se sent bien. Comme apaisé. C’est un instant qu’il  aurait du mal à partager avec quelqu’un.
Au premier plan, un homme, de dos, contemple, pensif, une mer de nuages. Il est debout sur un rocher, au sommet d’une montagne. Devant lui, le ciel est tapissé de mille petits nuages, qui font la course au-dessus des cimes. Tout semble flou, comme si le souffle du vent se voyait dans les traits du pinceau. L’homme porte une redingote, et s’appuie sur un bâton ou une canne, de sa main droite. Ses cheveux flottent dans le vent. On ne distingue pas son visage. Au loin, d’autres rochers émergent parmi les nuages, comme des ilots au milieu de l’écume. On ne sait pas ce qu’il y a sous les nuages. On ne voit que cet homme, debout, robuste, face à l’immensité.
Le visiteur se laisse emporter par cette contemplation, et ses soucis disparaissent. Il oublie son travail qui l’ennuie, et ses problèmes de santé. Il se laisse emporter dans cette immensité, ce vide, et ce silence. Plongé dans ses pensées, il ne voit pas les autres visiteurs qui entrent dans la salle, s’approchent de l’oeuvre, pour la regarder et la prendre en photo, avant de se retirer. Il ne voit pas non plus le gardien qui semble glisser sur le parquet, silencieux. Assis sur le banc, le regard plongé dans le tableau, le visiteur affiche un sourire radieux. Il se met à rêver que le musée ferme ses portes, qu’il reste seul dans cette salle, seul avec ce tableau. Alors, profitant de cette nuit magique, il s’imagine en haut de ces rochers, à la place du voyageur, prêt à se jeter dans le ventre des nuages, à s’y enfoncer comme dans un duvet doux, avant de remonter et de planer au-dessus, enfin libre.
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Fred Panassac · il y a
Pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas encore ce tableau célébrissime, ce texte en offre une description précise et agréable, mais ce qui m’intéresserait tout autant, c’est qu’on me parle de ce voyageur, de ce touriste (il loge à l’hôtel) qui n’a rien d’autre à faire que venir contempler tous les jours cette toile pendant des heures au musée.
Je suis donc restée un peu sur ma faim. Un texte à développer.

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Randolph B. · il y a
Ah, ce tableau est imprimé dans ma mémoire . Plus romantique, tu meurs ! Je crois me souvenir qu'il figurait dans un manuel scolaire...Votre personnage le décrit parfaitement.