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Cascade

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Didier Jacquot

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Le mouton s'est mis à détaler comme un lapin et a filé droit devant après le que le frelon l'eût attaqué.
Le frelon avait été chassé de son nid par un promeneur maladroit qui s'était évidemment précipité dans l'autre sens, effrayé.
Les autres moutons se sont mis à suivre le premier en bêlant comme des damnés et ils allèrent tous s'empaler contre la clôture. Qui céda à un endroit, tombant juste à côté du gamin qui jouait les pieds dans la gadoue et riait à gorge déployée sous l'oeil attendri de sa mère.
La barrière faillit tomber pile sur le gosse, et la mère hurlante fonça sur lui en un éclair, oubliant la poussette contre laquelle elle était adossée, un bras tentant néanmoins de la retenir, mais en pure perte. Il fallait faire un choix. L'aîné de ses enfants pleurait. Le chemin était en pente.
Pendant qu'elle se précipitait, la poussette avec le bébé dedans commença à glisser et même à prendre de la vitesse. Le scooter, qui n'avait rien vu venir sous son casque avec des écouteurs entre les oreilles, freina trop tard et entama une glissade ventre à terre qui évita la poussette de justesse pendant que la maman hurlait jaillissant de son fossé.
En sinuant à même le sol, délesté de son pilote qui rebondissait sur les cailloux avant de s'arrêter, le scooter percuta le pneu avant droit du camion venant en sens inverse des carrières et qui avait amorcé un net mais insuffisant ralentissement à la vue de la poussette puis du scooter. Il se cabra, presque un hennissement, et partit de travers. Sa remorque se détacha, se mit à la perpendiculaire, et alla presque se coucher sur les rails. Elle fut littéralement coupée en deux par le train qui reliait Solignac-le-Vigen à Uzerche et qui venait de quitter Masseret. Le train poursuivit sa route. Le demi camion fut immobilisé. A côté du scooter. Mais le train disloquant la remorque éjecta en nombre conséquents des bris de métal.
L'un d'eux tomba à quelques millimètres seulement d'une vache qui paissait-là. Elle fit une embardée spectaculaire, faisant choir son veau allaitant et faisant fuir le reste du troupeau, étonnant de vivacité, lui qui semblait immobile quelques secondes plutôt quoi qu'attentif avec tout ce barda.
Le troupeau fonça en sens inverse et défonça la clôture pour atterrir dans la forêt. Un promeneur qui cherchait des asperges des bois fut percuté par la queue battante de l'une des bêtes, les moutons avaient suivi, les sangliers et les cerfs prirent à leur tour la fuite de même qu'une nuée d'oiseaux. Des feuilles tombèrent. De la terre fut arrachée.
Un pêcheur assoupi qui ne guettait plus ses bouchons dans l'étang voisin eut à peine le temps de se jeter au sol au passage des bêtes apeurées. Il tomba dans l'eau. Les poissons furent éjectés de leurs cachettes et quelques insectes prirent à leur tour la poudre d'escampette.
La mère tenait contre sa poitrine haletante ses deux enfants. Une main en visière elle regardait le fatras. Le conducteur du camion et le pilote du scooter s'étaient l'un extirpé de sa cabine, l'autre relevé, avec de simples écorchures pour le second. Tous se retournèrent. Un mouton était resté coincé une patte prise dans la clôture. Il gémissait. En face, au fond du champ, une vache était comme groggy, après avoir mal visé et cogné un arbuste de plein fouet.
Le pêcheur ne savait pas nager. Un pneu avait dévalé jusqu'à l'étang, course folle et rectiligne qui le visa comme une flèche. Il est mort sur le coup.

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Geny Montel · il y a
Une suite d'évènements en cascade de laquelle on ne s'attend pas à la chute... Du rythme et encore du rythme ! Bravo !
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