Burn-out

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J’ai 54 ans. Écrire me donne du plaisir alors j’écris. Des romans, mais aussi des histoires courtes. L’aventure, l’amour et l’humour constituent les principaux ingrédients de ma prose  [+]

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Il était 18 heures, heure à laquelle le local était systématiquement fermé à clef par Madame Lelong, la femme de ménage. Elle avait reçu des instructions très précises auxquelles elle ne pouvait déroger : quand la salle de photocopie avait été passée au crible, que les poubelles avaient été vidées, les étagères dépoussiérées et le sol balayé, le local devait absolument être fermé à clef. Il était inutile de laisser le photocopieur accessible à n'importe qui. Ce matériel coûtait bien trop cher et le stock de papier qui y était associé avait une fâcheuse tendance à disparaître comme par évaporation quand le local restait ouvert.
Il était 18 h 13 lorsque Monsieur Durand, chef du département comptabilité, accourut dans le couloir et tenta d'ouvrir la porte de la salle de photocopie. Il suait à grosse goutte et respirait comme un ténor qui cherche son second souffle. Il regarda sa montre et maudit Madame Lelong : cette garce avait déjà terminé le nettoyage et la porte était close. Or il devait absolument envoyer le contrat vers la Chine avant 18 h 30. Sans cela la faillite était inévitable.
Il maudit tout ce temps perdu avec Mademoiselle Lafleur, la nouvelle secrétaire du troisième étage ! Il avait fallu minauder pour réussir à l'emmener au restaurant, lui faire des courbettes pour l'embobiner et tous ces efforts n'avaient donné aucun résultat. À la fin du repas, il n'eut droit qu'à un merci. Quel gâchis !
En conséquence de quoi, il avait trimé tout l'après-midi comme un fou pour rattraper le temps perdu, effectuer les calculs nécessaires et finaliser le document. Maintenant qu'il était si proche du but, il ne pouvait pas renoncer.
Cette Madame Lelong savait nettoyer et que la terre était ronde, mais c'était à peu près tout. Au moment où Durand l'arrêta à la sortie du bâtiment, elle refusa de lui donner la clef. Elle refusa aussi de l'accompagner jusqu'au local. Elle prétendit que tout cela ne servait à rien, qu'il ne pourrait pas envoyer son papier en chine et des tas d'arguments incompréhensibles. Il était 18 h 18. Deux minutes pour rejoindre le local ! Deux minutes pour mettre le photocopieur en marche ! Encore une minute pour envoyer le document. C'était faisable, mais il ne devait plus perdre de temps à parlementer avec cette inutile.
Durand lui arracha son sac. Madame Lelong s'agrippa. Durand lui donna une violente claque sur l'épaule pour la forcer à le lâcher, mais la bougresse était solide et déterminée. Il lui asséna alors un coup d'extincteur qui lui brisa le crâne et toute résistance. Il était 18 h 22.
Il remonta quatre à quatre les marches descendues quelques instants auparavant, ouvrit la porte du local et se précipita sur le photocopieur. Il était 18 h 25.
C'est au moment où il tentait de le mettre en marche qu'il découvrit le papier collé sur la machine : « LE PHOTOCOPIEUR EST EN PANNE ».

Voilà, Messieurs les Jurés, les faits que vous devrez juger aujourd'hui en votre âme et conscience et qui ont conduit au décès de Madame Lelong.
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Mijo Nouméa · il y a
Oh une chute bien drôle! Moralité quand ça n'est pas fluide vaut mieux ne pas insister!

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