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Brume ouverte

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Il n’entendait pas la sirène hurlante de l’ambulance, il ne sentait plus rien, tout était irréel, des brouillards semblaient dissoudre les bruits. Pourtant des mains et des visages s’agitaient au-dessus de lui. Il entrevoyait, seulement, des flacons rouges et blancs se balancer doucement au rythme du véhicule, il tenta encore de regarder, mais ses yeux ne percevaient que des images floues.

Il s’enfonçait dans des nuées étranges, colorées de mauve et de rose, il y avait, aussi, de nouvelles odeurs.

Ruiz mourait pour la seconde fois, les mêmes empressements fébriles, les mêmes bruits, des aiguilles dans ses bras, tout ce sang qui coulait de lui malgré les pansements.

Il entendit un murmure : « Il fut un temps où l’homme que les humains appellent Dieu vivaient dans sa foi, il fut un temps oublié des légendes où ceux de cette terre cultivaient leurs richesses intérieures sans cesser de ne penser aux autres. Où est ce monde aujourd’hui ? » . Cette complainte martyrisait Ruiz qui tenta de répondre. En vain.

Il n’était plus rien, comme dans le ventre de la baleine. Petit pantin de bois désarticulé.

Son corps flottait dans des paysages inouïs, ils s’offraient à lui, éternels ; une immensité neigeuse, du sable doré, sorte de trait d’union, puis, une aura bleutée apparut.

Cette brume étrange et presque sombre de lumière émanait comme une invite, à se sentir éternel.

La pièce sombrait. Marthe savait sa délivrance proche, elle se mit à faire le tour des parois de l’espace, ses mains s’enfonçaient dans la couleur, comme dans l’argile humide. C’était frais et mouillé, elle ferma les yeux et se fondit dans cette densité unique.

Ruiz vivait toujours, soutenu par des ondes bénéfiques, il pouvait de nouveau voir, ressentir, il se trouva projeté, comme un enfant atteint de cardiopathie cyanogène, teinté de cette couleur peuplée de mondes magiques.

L’espace s’ouvrit devant lui, pour lui. Avec d’infinies précautions, il avança sur un passage qui semblait se dessiner sous ses pieds nus, au fur et à mesure que ceux-ci se posaient sur le sol. En fait, il traçait sa propre route et pouvait sentir les possibles destinations qui se dévoilaient devant lui à chaque détour, à chaque hésitation.

Elle s’enfonçait de plus en plus dans la matière vivante, mouvante, la brume de la pièce s’intensifiait de minutes en minutes, puis s’éteignit d’un coup, après un bref éclair, comme s’il y avait eu surtension, le passage s’ouvrit et elle s’envola.

Marthe pouvait voir de cette hauteur la terre infiniment petite, tournante sur elle-même dans une recherche sans fin. Boule mystérieuse, elle disparut à son regard, elle perçut et sentit l’homme qui émergeait d’un brouillard scintillant.

Elle entendait des voix maintenant, de multiples échos rebondissaient en elle. Elle avait retrouvé Ruiz, seul cela importait dans cet étrange univers.

La cité était vide, elle fonctionnait seule, semblant attendre. Le soir venu, des lumières se firent jour, éclairant les allées et les chemins, faisant respirer davantage ce lieu déserté.

La confrontation avec l’irréel est déjà la réalité.

Les rêves montrent nos possibles cheminements à venir.

Epilogue

Ruiz se réveilla, il regarda par la fenêtre de la chambre de l’hôpital la neige apaisante feutrer les bruits du monde, il avait de la peine à sortir son rêve et une seule envie, y replonger, à jamais, mais, il fallait ouvrir les yeux. Une nouvelle journée commençait. Elle s’appelait : Réalité, comme une brume ouverte.

Marthe se réveilla, elle regarda par la fenêtre de la chambre de l’hôpital la neige apaisante feutrer les bruits du monde, elle avait de la peine à sortir son rêve et une seule envie, y replonger, à jamais, mais, il fallait ouvrir les yeux. Une nouvelle journée commençait. Elle s’appelait : Réalité, comme une brume ouverte.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Jean Calbrix · il y a
Pour ce voyage instructif, consécutif à un autre voyage brutalement interrompu, vous avez mes cinq votes, Edouard !
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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote. 5 voix.
Je suis aussi en compétition avec une brume brumeuse ... :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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JACB · il y a
Je suis comme Skimo, votre phrase"La confrontation avec l'irréel est déjà la réalité"m'interpelle ; un beau sujet de philo pour le Bac!!!!!!! Vos brumes comateuses n'ont pas trop suscité d'enchantement chez moi Edouard . Leur évocation en est cependant fort bien écrite. Bonne chance à vous!
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Skimo · il y a
Je vais méditer cette phrase: "La confrontation avec l'irréel est déjà la réalité" Vous allez peut-être m'empêcher de dormir. Mes votes, malgré tout. Si ça vous tente, je vous propose ce qu'on doit souhaiter rester dans le domaine de l'irréel, mais ça ne tient qu'à un cheveu. http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/il-etait-une-fois-dans-lunivers
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Soseki · il y a
Rêve-t-on ainsi au seuil de la mort imminente ? dans la brume de la douleur ?
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Edouard Lebeaupin · il y a
Le sommeil est comme la mort, on ne gère rien, sauf que dans le premier cas, on se réveille avec des rêves réels non désirés, parfois très violents...
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Soseki · il y a
mais ces rêves, comme vous l'écrivez , nous indiquent beaucoup de choses sur ce que nous ne percevons pas de nous -même à l'état de veille ...même dans l'effroi qu'ils peuvent engendrer!
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Edouard Lebeaupin · il y a
L'état de rêveur est complétement indépendant de notre solution à tout vouloir gérer, alors, oui, c'est effroyable, mais peut-être aussi génial d'appréhender le fait que nous ne sommes pas seul à bord de notre vie.
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Edouard Lebeaupin · il y a
On ne rêve pas dans le coma, j'ai déjà voyagé dans cet univers...
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Soseki · il y a
l'évasion sans rêve aucun ,donc, si je vous comprends .
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Edouard Lebeaupin · il y a
Je vous renvoie à mon texte : " Les colonnes du Coma" sur ma page
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Soseki · il y a
irai , oui!
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Yasmina Sénane · il y a
Douloureux voyage dans la brume, mais un épilogue ouvert à la vie !
Apprécierez-vous "Un scoop" dans une tout autre atmosphère ?

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Coraline Parmentier · il y a
Charmant écrit, vous avez mes voix !
A présent, si vous voulez lire mon royaume embrumé, c'est par ici...
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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Keith Simmonds · il y a
Original, cet itinéraire dans la brume ! Mes votes ! Mon récit, “Croisière”, est en lice pour le Prix 2017 Imaginarius. Une invitation à faire le voyage si vous ne craignez pas la brume épaisse en mer. Merci d’avance !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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