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Bonne année !

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Nicoadam8

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Quand arrive le début du mois de janvier, dans le cortège d’une année naissante, on trouve tout un rituel qui se met en place. Une sorte de liste des inévitables, des indémodables et surtout des insupportables choses à faire pour entamer une nouvelle époque qu’on s’est tous souhaité si bonne en s’embrassant goulûment, la fatigue et l’alcool aidant, devant un orchestre de bal fatigué le trente et un à minuit exactement. Et encore, je veux parler là de ceux qui ont fait l’effort de réserver une table dans une salle des fêtes improbable pour un réveillon communal. Une salle des fêtes qui le week-end précédent contenait le banquet de la société de chasse et dans laquelle aura lieu, le week-end prochain, l’assemblée générale de l’amicale bouliste, avant que ne revienne la saison des thés dansants. Mais, une salle des fêtes (ou du foyer rural, c’est selon) qui pendant quelques heures fait office de théâtre privilégié pour la grande bascule annuelle, tel un vaisseau insubmersible dans lequel il fait bon s’aviner pour vivre un peu moins mal les derniers soubresauts d’une année qui meurt.
Dans ces réveillons surréalistes où l’on s’amuse sur commande (c'est-à-dire entre les plats), on se refuse à penser aux vacances qui se terminent, à l’hiver qui sévit, à la droite au pouvoir, aux cartes de vœux à rédiger, bref, à la morosité ambiante qui agrémentera la gueule de bois du lendemain. Mais, pour l’instant, rien de tout ça : « accroche tes mains à ma taille, pour pas que la chenille déraille,... ». Oui, minuit à peine passé, c’est déjà l’heure de la chenille qui redémarre. Chanson contesté s’il en est puisqu’elle comporte la phrase : « Tout ira bien et si tu veux, prie la chenille et le bon Dieu ! » ; signe religieux ostentatoire selon certains, signe ostensible de chanson crétine selon beaucoup. Quand l’orchestre de bal ou le DJ calamiteux décrète qu’il est minuit, on rassemble ce qu’il nous reste de lucidité pour souhaiter une bonne année à nos voisins de table en espérant surtout, d’ici l’année prochaine, avoir rencontré des gens un peu moins « blaireaux » pour passer les fêtes. A la table d’à côté, y’à toujours un ventru qui ressemble à Carlos, qui collecte tous les pigments du mauvais rouge sur ses joues flasques et qui a la bonne idée d’embrasser aussi les gens qu’il ne connaît pas. Alors, dans un élan artificiel, la salle des fêtes s’étreint sans pudeur et le DJ mal inspiré, couvre de sa voix éraillé, les cris de souffrance de Gloria Gaynor : « I will not survive ».
Tout le monde danse, tant bien que mal. Tout le monde chante, plus mal que bien. Tout le monde rie en piétinant les derniers vestiges de l’année qui trépasse, c’est la fête : que c’est triste !
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