Bonjour la magie

il y a
2 min
97
lectures
0
Depuis tout petit , il avait montré un intérêt certain pour l'étude du temps , des saisons. Chaque année,il allait faire un séjour à la Réunion, en haut du « Piton des neiges » car, oui, les séismes l'attiraient aussi.
Au fil du temps, il s'était aperçu que les femmes ne comptaient pas pour lui. Pourtant, il plaisait : sa stature, son mystère attiraient le sexe dit faible. Mais au bout d'un certain temps elles se lassaient : trop de silence trop de morosité.
Néanmoins, à la Réunion justement, il avait eu une aventure exaltante avec une créole... Pour une fois, il s'était senti en harmonie .Envouté par les croyances de cette femme, il avait fait des choses incroyables, et, avec le recul ( dix ans de cela) les incantations dans le noir, les bougies allumées furtivement autour d'autels de fortune, les peintures grasses dont il s'était oint le corps, toute cette parade de magie lui manquait.
Au bout de quelques mois, il avait tiré un trait sur la Réunion, avait réintégré son Berry natal, pressé de retrouver ses jauges et ses compteurs de pluie.
Aujourd'hui, il a vieilli, la cinquantaine le guette. Il jette un regard indulgent sur cette période de sa vie, ne se reconnaît plus dans cet homme d'il y a quelques années encore bien jeune , bouillant d'amour et avide de sonder la magie.
Il se regarde : il est comme son chien, sa maison,un peu las, un peu négligé; il trouve son art un peu surfait, un peu nul : il ne se fiche pas mal maintenant de savoir s'il a plu, s'il pleuvra ; il ne voyage pas, ne navigue pas. Les données qu'il repère méthodiquement ne lui servent pas, à lui !...
En grimpant le sentier escarpé qui mène à la maison, il se rend compte que les rayons du soleil couchant frappent les vitres, les font étinceler, virer au rouge écarlate , même ! Mon dieu, le feu !
Il force l'allure sur la pente, souffle, se reproche sa négligence, pourquoi avoir laissé du bois dans la cheminée ? Son chien, le poil hérissé , gronde sourdement. Au détour du chemin, la maison apparaît, intacte ; il entre, tout est en ordre, il gronde Caporal, le vieux chien un peu bête puis ne tarde pas à se coucher, épuisé par ces émotions!
Le lendemain, une étrange odeur chatouille ses narines. Il a juste le temps d'ouvrir un œil avant de bondir du lit, horrifié par la vision qui s'offre à lui : son chien, coupé en deux et cloué sur la porte, c'est tout frais, le sang coule encore de cette blessure béante ; comme le pauvre animal a du souffrir ! Et il n'a rien entendu ! comment cela se fait il ? il se souvient brusquement : hier soir, entièrement perdu dans ses souvenirs de la Réunion , il a siroté un whisky qui avait un drôle de goût!
Le temps des maléfices revient en force à sa mémoire, tous ces rites avec plumes, os pillés,essence de bois très rare mélangée au compte goutte,comme il avait bien été initié par cette femme....et surtout comme il l'avait aimée!... Le prix de sa solitude était dure à payer : peut être avait il été vraiment aimé ? peut être avait elle eu envie de le revoir ? peut être était ce un signe fort pour lui signifier son appartenance?
Oui, elle était barbare, il s'en souvenait bien, un jour, en pleine extase amoureuse, elle lui avait entaillé l'oreille avec un couteau tranchant.
Au fil des jours , il se rendait compte que le supplice de son chien le laissait dans l'attente : il l'attendait, elle, cette femme ensorcelante, de toutes ses forces.


En fait d'attente, ce fut l'huissier qui vint : depuis des années, il ne payait pas ses impôts. Pour le coincer, ce personnage, assez pervers avouons le, avait décidé de marquer un bon coup : le breuvage, le chien, c'était Lui!
Comme il le disait
« on se doit de tout tenter pour les caisses de l'Etat! »
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,