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Belle inconnue

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Plumette

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C’était un beau jour d’été.
Comme chaque matin, M. Durrier, après s’être habillé, allait prendre son petit-déjeuner au bar qui était situé en bas de son immeuble. Ensuite, il allait travailler. M. Durrier était dentiste. Ce n’était pas vraiment ce qu’il aurait voulu faire. Non, lui, il aurait bien voulu être prof de maths. Mais, sa mère, feu Mme Durrier, l’avait poussé à être dentiste :« Ça gagne bien et c’est un métier d’avenir ; tout le monde a des problèmes de dents ! » disait-elle. Elle n’avait pas tort. M. Durrier gagnait bien sa vie et c’est vrai qu’il avait beaucoup de clients.
On demandait souvent à M. Durrier pourquoi il ne changeait pas de travail, puisque sa mère n’était plus là. Mais, M. Durrier avait sa petite routine et ne voulait pas la changer.
Mais, pour l’instant, en ce matin d’été, M. Durrier profitait de son petit-déjeuner avant d’aller arracher des dents. Après avoir bu son café, il interpella un serveur et demanda l’addition. Mais, son attention fut retenue par une femme qui se tenait immobile, au beau milieu de la foule.
M. Durrier en avait croisé des personnes dans sa vie. Mais, cette femme lui paraissait si... différente des autres.
Ah, si seulement il était moins timide, si seulement il osait aller vers elle, si seulement...

M. Durrier souffla un grand coup, se leva, et, malgré ses jambes flageolantes, s’approcha de la femme. Celle-ci se tourna vers lui, un sourire aux lèvres. Ils firent les présentations. Elle s’appelait Magda. Elle habitait en Italie mais venait passer quelques jours en France. M. Durrier dut à regret interrompre la conversation ; il s’était subitement souvenu qu’il devait partir travailler. Cependant, Magda et M. Durrier se donnèrent rendez-vous le lendemain, sur la même terrasse de café, à la même heure. Alors, le matin suivant, ils recommencèrent à discuter, puis, cette fois, M. Durrier invita Magda chez lui. Ensuite, ce fut au tour de cette dernière de convier M. Durrier à son hôtel. C’est ainsi qu’ils se virent chaque jour et finirent pas devenir amis. Mais, tout à une fin et Magda dut rentrer en Italie.
La jeune femme promit à M. Durrier qu’elle reviendrait le voir dès que possible.
Ce départ fut un déchirement pour M. Durrier. Il en avait le cœur brisé. Les mois qui suivirent furent monotones. Il n’avait plus goût à rien et son travail l’ennuyait.
Un jour, il en eut assez. Il voulait revoir Magda. Alors, M. Durrier ferma définitivement son cabinet dentaire, vendit son appartement et partit pour l’Italie.
« C’est de la folie ! » lui avaient dit ses amis au moment des adieux.
Mais M. Durrier pensait le contraire.
Arrivé en Italie, il se mit à la recherche de Magda. Cette dernière habitait dans une petite maison, à Rome. La jeune femme fut heureuse et surprise de voir que M. Durrier l’avait rejointe. Elle lui fit visiter sa ville, lui fit goûter des spécialités de son pays et le présenta à ses amis. Lorsque Magda travaillait, M. Durrier prenait des cours d’italien. Il réussit finalement à se trouver un travail comme prof de maths (M. Durrier fut d’ailleurs très content de pouvoir réaliser son rêve).
Les mois passèrent. Magda et M. Durrier devinrent plus que des amis ; ils tombèrent amoureux. Le couple acheta une vaste maison avec un beau jardin. Un soir de printemps, alors qu’ils se promenaient main dans la main, M. Durrier inspira et expira. Il avait une boule au ventre. Comme lors de sa première rencontre avec Magda. M. Durrier prévoyait de faire sa demande en mariage ce soir-là. Au moment où il s’apprêtait à la faire, quelqu’un lui tapota l’épaule.

- Monsieur ? Voici la monnaie, dit le serveur.
M. Durrier sortit de sa rêverie et prit l’argent.
Puis, il reporta son attention sur la femme. Elle était toujours là, immobile, ses cheveux flottant sur ses épaules. Et lui, assis sur cette terrasse de café, sa timidité l’empêchant d’aller l’aborder. A la place, il s’inventait un scénario digne d’un roman à l’eau de rose. Soudain, un homme posa une main sur l'épaule de la femme. Celle-ci sursauta, se retourna et éclata de rire en voyant le nouvel arrivant. Elle embrassa l’homme et ils partirent main dans la main.
M. Durrier se leva. Il fallait qu’il aille travailler ; ses patients l’attendaient.
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RAC · il y a
Une bien jolie rêverie... Peut-être aimerez-vous CRAC chez moi... A bientôt...
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Peggy Lister · il y a
moi aussi, j'ai beaucoup aimé la chute! bravo pour cette belle histoire !
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Reise · il y a
Si romantique!
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Marcheur · il y a
Lire un texte comme ça au petit matin, tout en dégustant mon café, est une bonne façon, pour moi, de commencer ma journée. Merci, et bonne journée à vous également.
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Lélie de Lancey · il y a
La belle inconnue a suscité une belle rêverie... Bravo pour le style, bravo pour l'histoire et bravo pour la chute ! J'aime !
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Joël Riou · il y a
Vous avez bien montré comment la contemplation d'une femme peut nous mener loin dans nos fantasmes, jusqu'à ce que la dure réalité du quotidien ne nous rattrape !
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Jean Neihga · il y a
Waouh plumette
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