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Babelio Novembre 2016 - Mauvais Temps

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Caroline-H

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Ce week-end, elle avait prévu de sortir avec ses amis, se promener sur la plage et s'asseoir sur la terrasse d'un café pour discuter. Elle voulait aussi faire du sport et un peu de shopping avant qu'une particulièrement longue semaine de travail ne commence.

Cela fait déjà quelques mois qu'elle travaille ici, dans le sud de la France, et toutes les conditions sont idéales pour réaliser ses plans. Bien qu'on soit déjà mi novembre, le ciel est bleu et le vent ne souffle que légèrement- agréablement.

Toutes les conditions se prêtent pour passer un week-end relaxant.... sauf elle.

Elle sait qu'il s'agit probablement des derniers beaux jours de l'année, qu'elle devrait en profiter ; mais elle a envie de pleurer, et ce temps splendide la nargue depuis les fenêtres de son appartement.

Alors le vendredi, ses amis sortent sans elle sous le ciel bleu. Elle se contente de bouquiner, morose.

Le samedi déjà, le vent se lève, mais le soleil est toujours au rendez-vous. Elle est toujours aussi apathique, et rien ne peut lui faire quitter son roman. L'amertume monte en elle, à cause de ce week-end gâché sans raison. À cause des caprices de son corps, du fil de ses pensées, de sa nervosité grandissante à l'idée de s'aventurer dans les petites rues murées de la ville.

Puis dimanche, progressivement, elle devient plus agitée. La pluie cogne contre la fenêtre, comme une invitation a venir jouer dehors. Le sifflement du vent attire son attention sur les arbres dont l'allure se déforme sous cette force aérienne. À dix-sept heure, elle n'y tient plus. Elle ne peut rester dans le silence assourdissant de cet appartement, dans la chaleur étouffante des chauffages électriques.

Dehors, le vent souffle légèrement et une pluie fine tapote contre les toits. Elle inspire une profonde bouffée d'air. La première depuis des jours. Depuis des mois. Elle ferme les yeux et tend le visage vers le ciel; elle a l'impression que son cerveau - boule de nerfs compressés- se détend enfin au contact de l'eau fraîche. Elle peut presque sentir toutes les connexions neuronales ouvrir leurs voies à nouveau.

Trois coups contre la porte. Le sourire de sa meilleure amie qui accepte de l'accompagner sans hésiter, malgré le temps. La nuit qui tombe. Une bouteille en verre à la main.

Les deux jeunes filles avancent à un rythme rapide, poussées par le vent qui se fait plus fort, la pluie qui se fait plus violente.

Elles s'aventurent jusqu'au port et plus loin encore. Elles grimpent sur les rochers qui bordent une mer déchaînée, et lance la bouteille dans la gueule de ce monstre aquatique.

Elles rient, et se précipitent dans l'un des cafés du port, trempées jusqu'aux os. Le sourire aux lèvres. Elle commande un café et son amie, un chocolat chaud.

Derrière la baie vitrée, le vent courbe les palmiers, la pluie martèle les trottoirs et inonde déjà les rues.

Lorsqu'elles reprennent la route, leur parapluie se retourne et elles accélèrent le pas. La pluie traverse leurs vêtements et alourdissent les semelles de leurs chaussures.

Sur le sol, elle trouve une branche de palmier cassée, et propose de la ramener afin d'en faire un arbre de Noël original. Elles rient de cette idée ridicule, et font mine de continuer le chemin. Sauf que cette soirée est irréelle. Et elles se sont arrêtées : elles contemplent vraiment cette idée. Alors elles se mettent à rire, et elles ramassent cette énorme branche.

À mi chemin, elle s'est aperçue que les deux amies ont cessé de se parler. Il n'y a que le souffle du vent et le martèlement de la pluie qui les entourent. Elle se demande si elles se taisent car il ne serait pas pratique de communiquer sous de telles intempéries, avec une branche de palmier qui fait en plus obstacle entre elle; ou si le silence s'est imposé à elles face au spectacle impressionnant, presque effrayant qu'est la nature...

Lorsque la route se termine en une fourchette, elles choisissent le mauvais chemin. Celui en pente. L'eau ruisselle tout du long et les creux dans la vieille route sont inondés. L'eau leur monte jusqu'aux genoux et elles poussent des cris de surprise, d'exaltation. "Cours!". Elles rient aux éclats, franchissant les derniers mètres, une branche de palmier sous le bras.

Une fois dans le hall d'entrée, elles lâchent leur petit boulet de verdure, ôtent leur vestes, et exhalent un soupir de soulagement. De contentement.

Plus tard, elle s'endormira apaisée, grâce à ce ''mauvais temps''.
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Pierre Priet · il y a
Top! Bravo! Mon vote ! Je vous invite, si vous trouvez le temps a lire ma nouvelle " blizzard" en finale :)
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Chantane P. · il y a
se fut un plaisir de vous lire , vous avez mon vote
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Miss Free · il y a
Ces choses simples et inattendues qui parviennent à nous apaiser. Un joli texte!