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Babelio - Décembre 2015 - La Famille

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Caroline-H

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J'ouvre les yeux avec difficulté, mes cils s'entremêlent et mes paupières se referment. Ma tête ballote contre l'épaule de ma mère qui me soulève du canapé sur lequel je me suis endormie et me porte jusque dans mon lit. Je commence à être trop imposante pour elle. Alors je savoure chaque instant.

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J'ai six ans et ma maman attend un bébé. Elle est assise au milieu du canapé, entre ma soeur de 5 ans, et moi. On s' appuie sur son épaule et on touche son ventre dans l'espoir de - oh - sentir notre petit frère. Ma petite soeur veut l'appeler Pikachu. Je trouve ça plutôt cool.

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Dans un éclat de rire je me lance sur les pas de ma petite soeur. On joue aux aventurières; grimpant dans les arbres, rampant sous les buissons, plongeant dans la piscine, escaladant des piles de parpaings; nous avons mis en place un véritable parcours. Ce soir, nous tomberons dans un sommeil profond, tandis que nos ecorchures se soigneront d'elles-mêmes.

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Aujourd'hui, le père noël vient distribuer des cadeaux à maternelle de mon petit frère. Malheureusement, c'est aussi le spectacle de Noël de ma petite soeur qui est en primaire. Maman est partagée. Elle se rend d'abord à celui de ma soeur qui a commencé plus tôt. Elle compte sur moi pour être une bonne grande soeur. Il suffit d'attendre qu'on appelle son prénom. Alors, je tourne autour de mon petit frère qui se trouve parmi ses camarades. Je m'assure qu'il n'a besoin de rien. Lui explique que maman est sur la route. Je l'embrasse et le couve. Je ne peux m'empêcher de lui passer la main dans les cheveux, encore et encore. Je veux être une bonne grande soeur.

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Dans la cabane en bois, au fond du jardin, nous sommes installées autour d'une petite table en plastique, nous sommes en trains de dessiner. On se dit nos secrets, on grignote des friandises, et on rit aux larmes. On se moque des adultes, ennuyeux et déprimant, quand nous détenons les secrets du bonheur.

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Ma grande soeur déménage. Alors qu'elle fait ses cartons, elle m'offre un bol 101 dalmatiens. J'ai l'impression qu'il s'agit d'un cadeau d'adieu, et j'hésite donc à l'accepter. Mais par la suite, quand elle n'est plus là, je le chéris. Quand ma mère le brise par accident, je crois perdre l'amour de ma grande soeur une seconde fois. Cependant, elle nous rend visite très régulièrement. Elle est grande et belle et intelligente, et je décide de tout faire pour devenir comme elle.

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Le week-end arrive enfin après une longue semaine de collège. Mon grand frère est là. Il me charrie, me taquine, me pousse à bout. Il me provoque et attend que j'ai du répondant. Il m'énerve. Sans que je ne m'en rende compte, il me rend plus forte.

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Mon père vient me chercher devant le lycée. Il est grincheux car il a dû faire un détour. Je suis grincheuse car après tout, c'est son rôle, et je n'allais pas passer la nuit au lycée. Ca fait des années qu'on ne s'entend plus. Malgré tout, il est venu.Alors j'essaie avec difficulté de faire la conversation, mais j'abandonne après n'avoir obtenu que quelques grognements en guise de réponse. Arrivée devant la maison, je le regarde et le remercie.

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Je suis en train de réviser dans ma chambre. Soudain, j'entends de petits gémissements - un peu tremblotant, pas très rassurés. Je me lève et colle l'oreille à la porte derrière laquelle ma nièce de quelques mois faisait sa sieste. J'entend encore les gémissements mais ne sait pas si elle est encore endormie. J'ignore si elle s' est reposée assez longtemps. J'entrouve la porte, et cette chipie m'aperçoit immédiatement si j'en juge par l'éclat de rire qui résonne dans la chambre. Les rayons du soleil filtrent au travers des rideaux qui sont tirés. Bébé se hisse sur ses jambes tremblotantes à l'aide des barreaux du lit, et me tends les bras. Alors que je la prépare pour son encas, je me sens bien. Responsable.

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Les années passent et ma vision du monde et de l'avenir s' assombrit. Sur le chemin du retour de l'université, j'envoie des messages a ma petite soeur et je ris tellement que j'en ai mal au ventre, ce qui attire le regard des passants. Je la rejoins à la gare et pendant le trajet, on se raconte nos journées, on se confie l'une à l'autre. On se moque des plus vieux et on désire leur indépendance. On se moque des plus jeunes et on envie leur naïveté. Je la protège des autres et elle me protège de moi même. Parfois on se dispute, parfois on s'évite. Toujours, j'ai besoin d'elle.
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Miss Free · il y a
Des instants de partage importants.
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Utilisateur désactivé · il y a
Oui! Il faut garder ces petits moment en mémoire. Ces petits riens si importants! Cette part d'enfance en soi, c'est le meilleur de chacun de nous!
;-)) +

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Caroline-H · il y a
Oui, avec le temps qui passe, on se rend compte que ce sont ces petits moments de quotidiens qui sont les souvenirs les plus émouvants.