Aventures d'un homme du Bronx

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Un œil s’ouvre. Un lendemain difficile. Peu de souvenirs. Souvenirs de débauches. Juste un reste de mélancolie. Les larmes peinent à s’engouffrer.
Dans l’amertume du regret.

Une journée commence. Allons-y, gaillard ! Allons s’assommer, s’assourdir un peu plus encore, dans une journée de plus !

Je me lève, avec les forces qu’il me reste. Tout est noir. J’ouvre la fenêtre, profite un peu de l’air frais... trop frais, qu’est-ce qu’il fait froid ! J’ouvre les volets qui permettent l’entrée de la lumière trop forte pour mes yeux rouges. Je recule assez précipitamment pour m’asseoir sur le fauteuil, au fond de la pièce. Il faut que je me repose. Non. Il ne faut pas : je dors trop. Beaucoup trop. D’un bond, je me relève. Je marche en rond dans la minuscule pièce. Il faut me bouger d’ici !

Dehors, j’entends les gamins qui crient, s’insultent déjà. A cette heure si matinale... quelle heure est-il ? Non – il ne vaut mieux pas savoir.

Je me prends un verre d’eau. Regarde un peu la pièce, que je connais tant. Rien n’a changé. Rien ne changera. Je sens les larmes venir petit à petit. Il faut que je sorte !

J’enfile des chaussures, un manteau. Prends les clés. Passe la porte et m’en vais. Erre au milieu de la ville. Moi, encore en pyjama sous mon manteau, décoiffé, sale – je m’en vais à la redécouverte d’un monde trop réel. Les gens que je croise. Qui s’en fichent. Qui ne me voient même pas. Un homme parmi la foule. Je m’arrête en plein milieu, observe, profite de ma lenteur. Me moque de leur empressement trop inutile. Bienvenue dans le Bronx !

Les gangs à chaque coin de rue. Ne pas se sentir faible. Les faibles, on les tue, par ici ! Alors on fait le dur, celui sans pitié, qui vous marchera dessus quoi qu’il arrive. Moi, je suis juste moi. Je méprise la loi du plus fort. Ce qui m’importe c’est ma survie. L’intégration m’indiffère.

Des gens m’accostent. Mais j’ignore. Je suis mon chemin. Mon périple dans ce quartier que je connais trop bien. Que je redécouvre enfin.

Les larmes coulent enfin. Je me mets à courir, slalomant dans les rues. A bout de souffle, je m’arrête d’un coup. Regarde un peu autour. Il n’y a personne, ici. De toute façon, il n’y a personne, dans ce monde trop solitaire. Je m’assieds un peu sur le trottoir. Je prends ma tête dans mes mains. Ferme les yeux pour voir le noir. L’immensité noire. Le tout obscur. Je ne veux pas voir ce monde. Je tente alors de me relever, de me guider les yeux toujours clos. C’est absurde. Je prends conscience de mon idiotie : un gars seul, en pyjama, au beau milieu de la journée, qui fait l’aveugle dans les petites rues peu fréquentées ! Les gens peuvent tomber bien bas. Je ne sais pas quoi faire. Se remettre à courir ? S’allonger et dormir ? Fuir le monde ? Ou aller à la rencontre de l’autre ?

Je suis perdu. Mais c’est seulement une image, du coup ça n’est pas drôle. Je me surprends à penser étrangement. J’aimerais en profiter pour écrire un peu tout ça – mais je n’ai jamais vraiment su écrire. Alors je me reprends un peu : je poursuis mon chemin. Seul guide de mon destin. Calmé, je fixe le sol. Que je n’ai pas à voir le regard des autres. Qu’eux ne voient pas mon regard en larmes. J’ai honte.
Je n’ai pas honte d’être seul – je n’ai pas honte d’être pauvre – je n’ai pas honte de moi – mais j’ai honte de pleurer. Un homme sans défense dans le Bronx.

Alors je fais exprès d’aller dans les chemins presque méconnus. Que les autres n’y soient pas. Me retrouver seul avec moi, et ma tristesse. Me cacher.

Puis tout à l’heure, je lèverai les yeux au ciel, je déciderai de rentrer chez moi. La tête baissée. Les yeux en larmes. J’observerai encore l’unique pièce de mon appartement complètement délabré, mais que j’assume. Et alors je me sentirai seul. J’irai ensuite me coucher. Pour m’abstraire un peu du monde. Pour me sentir un peu moins vivant. Et, bercé par mes jolis rêves trop beaux pour être réalité, je dormirai encore et encore, profondément.
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