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Avant l'émeute (Mort imminente 2)

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Didier Larepe

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Avion dans le ciel, reflets d’un éclat de soleil, je cherche sa traîne blanche, il n’est plus là où il était avant, juste le temps que je l’écrive ; le temps que je relève la tête, je le retrouve, clameur blanche de sa carlingue, image de soleil le soir, soleil couchant, déjà couché pour moi là où je suis, pas pour l’avion là haut, nuages sur ciel bleu de Prusse, la ramure des grands arbres me le cache, des branches mortes percent la verdure, s’avancent dans le vide, pendent, troncs couverts de lierres ; derniers rayons du soleil couchant, quelques instants fugaces disparaissent.

Il y a cette musique qui trotte dans ma tête, nos jambes se mettent en mouvement, toutes seules, j’avance, je marche, mes yeux comme si je flottais... au détour d’une colline, nous atteignons la ville, enfin... passerelle de bois par dessus le canal... une ville comme surgie du désert : foule hagarde, chahut, crainte...

Le vert devient sombre et mat, l’avion n’est plus là devant le ciel immense, saules au bord de l’eau, tapis d’herbes souples ; du bout de mes doigts je touche une brume épaisse qui flotte par nappes, la prairie se courbe entre mes mains, grandes herbes touffues, petit talus, dénivellation, nous avançons, l’orée du bois ne s’est pas rapprochée, je tourne dans les grandes herbes vertes, bleues, grasses, la brume blanche s’écarte, nous marchons au milieu du bétail décimé, un cheval mort nous regarde, je ne suis plus là, l’avion non plus.

De l’autre côté du canal, sur le quai, un bistro, rue piétonne, nous enjambons un corps sous un porche, long couloir, dédale de couloirs, étages, escaliers, balcons intérieurs, patios, cour, sortie sur une petite rue cernée d’autres petites rues, comme si nous fuyions, vieux quartier, derrière chaque pan de mur un escalier, nouveaux couloirs, terrasses, petits couloirs de chambres de bonnes ou immenses galeries, fenêtres donnant sur de nouveaux paliers, d’autres escaliers en tous sens ; idéal pour se cacher, j’ai cru voir le reflet d’une arme...

Rien sur la carte, ville au milieu de nulle part, à l’est des montagnes, à perte de vue, vieille ligne de chemin de fer ; derrière une haute clôture il y a du monde, des boutiques vides, pas de guichets, pas d’horaires, un TGV maculé de suie entre en gare, nous grimpons, restons debout, nous repartons, descendons, autre arrêt, un taxi long comme un wagon, série de sièges l’un derrière l’autre, chaque rangée sa portière, j’ouvre la dernière ; Aurore me rejoint ; c’est elle qui a charge de notre seul bagage, une petite valise, elle s’installe, le chauffeur est derrière nous.

Je pousse le lourd volet, la ville apparaît comme de très loin, une autre ville ? ville parsemée de ruines au milieu de chemins en pelouse, cohue menaçante, on croirait une chorégraphie ; immeubles désarticulés, bâtiments comme des legos, partout ça grouille, travaille, démonte, abat ; plus d’imposants monuments, coupole béante, façades, tympans, échafaudages de guingois...

Au premier barrage le véhicule sort de la route, en équilibre au-dessus d’une noire ravine ; au-delà une tranche de forêt, comme l’image d’une catastrophe... avant, là, il y avait une forêt, aujourd’hui elle commence plus loin, derrière une ligne artificielle, alignement de troncs blancs irréguliers et glabres émergeant des futaies ; derrière, tout de suite, l’obscurité, l’indiscernable.

Un clocher émerge derrière le rideau de branches... petit bout de cimetière, à l’ombre d’un grand arbre, au cœur d’un village, dentelles de brume, fumées nauséabondes...

Le ciel est gris... dessus, le souffle d’un avion qui explose...

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Granydu57 · il y a
De plus en plus énigmatique !!!
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