Au sein de l'équipe

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Jean Gennaro est mon pseudo. J'ai changé d'adresse mail. Ma bonne adresse mail est : gennarojean95@gmail.com Merci d'en prendre note. Jean Martinez Auteur, nouvelliste ("Des nouvelles du  [+]

Ce matin-là, mon compagnon, avec ce regard que j’aime, se pencha au-dessus de ma poitrine nue pour déposer un baiser délicat sur le tétin du sein qu’on venait de m’enlever. Ce baiser fit jaillir des larmes de mes paupières closes sur la sensation délicieuse. Une araignée électrique courut sur mon ventre. Tout le plaisir que me procuraient auparavant ces jumeaux bien ronds si sensibles à la caresse se concentrait désormais en un seul. Mais c’était celui qui avait été effacé que mon compagnon avait décidé d’honorer. Le matin même du jour de la reprise de l’entraînement. Une envie du contact de ses lèvres affleura de ma cicatrice effleurée. Ma main se serra sur sa nuque pour attirer son visage sur ma poitrine. Maintenant j’exigeais qu’il le tète, ce sein absent si présent.
J’accueillis en tremblant le retour inespéré du plaisir dans mon corps écorné. Ceci était plus important pour moi que mon retour à la compétition. J’oubliais le fleuret quand ses doigts m’effleuraient. Quand sa main réparatrice, inspirée par l’amour, remodelait l’arrondi adoré de mon mamelon évanoui. Alors j’ai séché la séance de reprise. J’étais bien trop occupée par la reconquête, avec mon Chevalier, de ma féminité !
«Pierrot aime Fiona.»
Être habitée tout entière par l’amour... c’était très réparateur ! Après y avoir sérieusement songé, j’avais balayé l’idée de la prothèse. Je préférais laisser refleurir en moi quelque chose que j’arrosais autant que possible de pensées joyeuses. Je faisais comme s’il était là. Cette idée effaçait le pincement de la cicatrice. Sous les baisers délicats de Pierrot, je fermais les yeux en m’abandonnant aux mots sucrés qu’il me glissait à l’oreille, et je m’endormais sur l’idée fabuleuse que mon sein repoussait peu à peu.
Pierrot est un homme dont même les maladresses sont touchantes. Touchant, c’est le mot. Toucher de nouveau au plaisir de prendre en main un pommeau de fleuret. Retrouver ses sensations, comme on dit dans le sport. Dans le mien, quand on touche, on marque. La lumière verte ou rouge s’allume, le fleuret a fait mouche sur la cuirasse.
J’ai toujours eu les cheveux courts. Était-ce un effet du traitement ? Ils avaient repoussé dru en bouclant dans tous les sens ! Je ne pouvais plus les recoiffer. Qu’importe, sous le masque d’escrime, ça ne se voit pas. Par contre, ma mastectomie, elle, se voyait. Parce qu’en dépit du bustier que nous, femmes fleurettistes, portons sous la cuirasse et qui nous comprime les seins, l’asymétrie de ma poitrine se voyait quand même. C’était un choix de ma part de ne pas porter de prothèse, ni sous-cutanée, ni amovible. Je ne voulais pas me reconstruire dans le mensonge, je tenais à m’assumer telle que j’étais désormais. J’avais besoin d’accueillir cette nouvelle femme dans son intégrité et d’apprendre à l’aimer avec sa dissymétrie.
Une fois remise du traitement et de ma mastectomie, je n’ai pas attendu bien longtemps pour reprendre l’entraînement. Mon sport m’avait trop manqué durant ces mois si pénibles ! Pendant les pauses dans mon travail, je m’entraînais en tirant à blanc.
Mais le fait d’avoir décidé d’assumer l’asymétrie de ma poitrine n’a pas plu à tout le monde, loin de là. « Cachez ce sein absent que l’on ne saurait voir !», voilà ce que je pouvais lire dans les regards réprobateurs ou choqués qui s’attardaient sur moi. A l’exception de mon boulot, où l’accueil de mes collègues m’a fait chaud au cœur, les réactions des autres m’ont souvent fait souffrir. Dans la rue, je n’y prêtais pas attention, mais dans mon activité sportive, c’était une autre affaire ! Pour mon retour, mes camarades de l’équipe féminine de fleuret me réservèrent un accueil chaleureux et solidaire... pour la plupart. Mais je surpris certains regards jetés à la dérobée sur cette poitrine difforme que j’avais le tort de ne pas cacher. Elles n’étaient que trois, ces filles que mon aspect gênait. Ce petit groupe m’évitait, leurs conciliabules s’éteignaient à mon approche, car je devais sans doute être leur sujet de prédilection. Ça m’a fait très mal, je me sentais comme un animal blessé prêt à mordre. Mais je préférai me taire et réserver mon agressivité pour la compétition.

Les deux équipes étaient à égalité quand mon tour vint de monter sur la piste. Avant l’assaut, mon adversaire, une grande mince, vint me glisser à l’oreille, alors que j’abaissai mon masque : « Vas-y, l’Amazone, montre que tu es une vraie guerrière ! T’as un avantage, maintenant, t’as moins de surface à toucher ! » Ces paroles perfides ont agi sur moi comme un venin. Qui lui avait parlé ? Une de ces bonnes âmes qui médisait dans mon dos ? Elle m’a mis la haine, je n’avais plus les idées claires. Explosive, je me suis trop précipitée, et c’était exactement ce qu’elle voulait. Ses mots avaient fait mouche. Elle m’a cueilli en contre comme une fleur. Mon entraîneur me hurlait de ne pas tomber dans son piège, de me reprendre, il devait se mordre les doigts de m’avoir retenu. La garce l’a remporté haut le gant, notre équipe a perdu à cause de moi, de ma perte de sang-froid.
Pierrot m’a empêché d’aller alpaguer la grande maigrichonne pour m’expliquer avec elle.
Ce soir-là, en rentrant à la maison, j’étais fracassée. J’ai jeté mes fleurets, je voulais tout plaquer, et je me suis effondrée en pleurs dans les bras de Pierrot. Lui, il n’est pas fort pour la consolation, mais alors pas du tout !
«Ma petite Amazone, me glissa-t-il à l’oreille. Mon Amazone érogène... »
Choquée, je me suis brusquement écartée de lui, et j’ai eu le réflexe de lever la main - ce qui n’est pas du tout moi. Et puis j’ai éclaté de rire. C’était si bête ! Mais c’était ce qu’il me fallait. Qu’est-ce que ça m’a allégé, d’un coup ! Le jeu était lancé, je l’ai pris au mot : « Puisque je suis ton Amazone érogène... si on faisait une visite de ces zones ? » Il n’attendait que ça. Mon sein gauche fut aussi choyé, gâté, chouchouté qu’un enfant unique. C’est plus réparateur que n’importe quel traitement, ça !
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