Articus

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Une amie qui m'est chère m'a dit que les mots nous guérissent de nos maux  [+]

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Le docteur Alphonse Blanchard était un drôle de coco. Spécialiste en médecine interne, il était doué d'une capacité de diagnostic hors du commun autour de laquelle s'était forgée sa renommée. Un type très original au fond qui aurait pu inspirer le personnage d'une série américaine bien connue.

Il fallait des semaines d'attente pour obtenir un rendez-vous dans sa clinique privée de Haute-Savoie. Il ne recevait que quelques patients par semaine dans un bureau glacial et pour cause, puisqu'il était constitué de meubles taillés dans la glace par un artiste local et il y régnait une température constante de -15° degrés, le meilleur des bactéricides selon les dires du docteur Blanchard.

La chose étant connue, les patients se présentaient chaudement habillés et les secrétaires avaient toujours des effets adaptés à disposition de ces derniers.

Bénédicte souffrait depuis des années d'une polyarthrite aiguë et ne sachant plus à quel saint se vouer, elle prit sur elle d'aller voir ce médecin dont tout le monde vantait l'efficacité mais la peur de se retrouver dans cet igloo niché en haut des Alpes l'effrayait quelque peu.

Le jour prévu, un 11 décembre, particulièrement froid, elle se rendit à la clinique en pensant que le choc thermique serait plus supportable. Blanchard l'accueillit amicalement avec son dossier sur un sous-main en cuir.

- Bonjour Madame Charpin, ça fait longtemps que votre maladie vous fait souffrir, n'est-ce pas ?
- Plus de dix ans docteur, j'ai tout essayé, rien n'y fait.
- Vous n'avez pas essayé le traitement mis au point dans cette clinique.
- Ah bon ? Vous avez inventé un traitement miracle ?
- Non Madame, ce n'est pas mon domaine, j'ai juste essayé de mettre au point un traitement efficace qui comporte quelques contreparties cependant.
- Financières vous voulez dire ?
- Ah non, ça non plus, ce n'est pas de mon ressort. En fait, il s'agit de rester ici une semaine entière sans aucune visite ni contact avec l'extérieur puisque le traitement a trait à la cryogénie.
- Vous voulez dire que vous guérissez par le froid ?
- Oui Madame, c'est un raccourci mais c'est à peu près ça.
- Ça m'a l'air intéressant, il y a des risques ?
- Je ne vous cache qu'effectivement, il y a des risques. Nous en sommes encore au stade expérimental, c'est pour cela que nous vous offrons le séjour en clinique si vous nous signez une décharge qui précise que vous avez été informée des risques encourus. A ce jour, 0,5 % de nos patients ne supportent pas le traitement malgré une batterie de tests longue comme le bras. Mais si le traitement fonctionne à plein, vous pourrez dire adieu à vos douleurs.
- Je dois donner ma réponse tout de suite ?
- Bien sûr que non, prenez tout le temps nécessaire et contactez-nous quand vous aurez décidé.
- Bien, merci docteur.
- Bonne journée, Madame Charpin.

Bénédicte Charpin revint chez elle par le TGV Lyon-Paris retrouver ses habitudes de vieille fille dans son petit pavillon de banlieue. Sa maladie l'avait contrainte à mettre un terme à sa carrière professionnelle bien avant l'heure. Elle qui n'avait eu aucun enfant se plut à enseigner à des générations de têtes blondes. Ce seul plaisir lui avait été enlevé et il lui fallut des années pour que sa colère se tût quelque peu.

Au fond, pensait-elle, qu'est-ce que je risque ? Je n'ai pas de mari, pas de compagnon et toutes mes amies sont grands-mères et ont bien assez à faire. Sa décision de tenter le traitement de Blanchard fut tôt prise.

Elle rappela la clinique la semaine suivant le premier rendez-vous et on lui confirma qu'une place serait disponible dans la quinzaine d'après. Alors, elle prit soin de ranger et nettoyer sa petite maison. Elle prévint la voisine à qui elle laissait toujours ses clés de son absence programmée. Celle-ci lui demanda si elle partait en vacances et elle lui répondit que oui, après tout, elle allait passer une semaine en montagne, et bien au frais.

Le jour J, elle se rendit à la gare de Lyon une demi-heure avant le départ. On lui avait conseillé de ne pas prendre trop d'effets et elle avait obtempéré en n'emportant qu'une maigre valise.

De Chambéry, elle prit ensuite un taxi qui l'emmena jusqu'à la clinique où elle reçut un bon accueil. Blanchard en personne vint même la saluer une fois installée dans sa chambre, fort coquette.

- Alors, ça y est ? Vous voici de retour chez nous ?
- Eh oui docteur, vous m'avez convaincue.
- Vous avez prévenu vos proches ?
- Je n'ai pas grand monde à prévenir, vous savez...
- Vous m'en voyez désolé, demain nous procéderons à toute une série de tests comme j'ai dû vous le dire et dans la soirée, nous vous immergerons dans un caisson cryogénique. Vous vous sentez prête ?
- J'ai trop mal docteur et cette maladie m'a pourri mes dix dernières années, alors oui, croyez-moi, je suis prête.
- Bien, reposez-vous en attendant. On va vous apporter un bon repas car à partir de demain, ce sera un jeun strict. Bonne soirée et bonne nuit Madame Charpin.
- Merci docteur.

Blanchard ne mentit pas, on lui apporta un excellent dîner aux arômes épicés et aux saveurs délicates.


******


La semaine suivante, le Docteur Alphonse Blanchard et son épouse Marie-Amélie recevaient quelques amis pour un dîner.

- Ah ! Mon cher Alphonse, décidément, c'est un vrai bonheur de venir dîner chez vous, j'imagine qu'une fois encore, vous n'allez pas nous dire d'où provient cette viande au fumet si délicat et au goût incomparable.
- Eh non, mon cher Maître, vous savez bien que je suis jaloux de mes secrets. Et si nous ouvrions pour l'occasion un Pommard de 1976 ?
- Excellente idée !
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