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Merci par avance à ceux qui prendront le temps de me lire. Et merci aux autres aussi  [+]

C'est lorsque j'ouvre les yeux que je comprends. Comprends quoi ? Je ne me rappelle pas. Mais je garde en mon sein une sorte de tension. Pourquoi ? Je ne sais plus, moi. Ma peau se réchauffe sous un air crémeux, tandis qu'une odeur alliant tendresse et piquant me pousse à sortir de ma torpeur, chatouillant mes narines. Mes paupières peinent à s'élargir. Une atmosphère pastel m'enveloppe. La tranchant, de petites lanternes aux teintes de feu planent tout autour de moi. Elles parsèment la voûte céleste. Cette union de couleurs scintille à m'en donner le tournis. Je me fonds avec elles, semblable à l'ultime touche d'un pinceau sur une aquarelle éthérée. Je le sais : ma mamie en peignait.

Déséquilibré, réalisant que des jambes me maintiennent, je baisse la tête. Deux petits pieds nus logent sur un sol terreux. J'essaie de bouger les orteils. Ah, ce sont bien les miens. La terre est sèche. Quelques cailloux la jonchent, et des pousses maigrichonnes se fraient un chemin vers le ciel. À perte de vue, cette plaine, et quelques arbres bossus pour l'accompagner. Ce que j'entends, c'est un bourdonnement, une pulsation sereine portée par la brise.

J'avance. Le son de mes pas battant la terre et mon souffle résonnent autour de moi.

Je réalise, alors que je marche, que le jour s'éteint. Ses étranges pastels laissent place à l'indigo, dans lequel les sphères volantes se démarquent davantage.

Tout aussi discrètement, le silence est tombé.

« Salut. »

La voix d'une fillette retentit. Je plisse les yeux, regarde derrière, devant.
Une silhouette dissoute dans l'ombre est apparue face à moi. Deux mains levées tiennent contre sa poitrine une boule de lumière. Sa lueur s'étend autour d'elle. Mais elle ne colore pas sa chair, comme faite de nuit. Je pointe l'objet du doigt.

« Hé, ça te brûle pas ? »

Un sourire blanc tranche la nébuleuse de son visage.

Elle me tend la lumière.

Je hausse un sourcil. On m'a toujours dit de ne pas jouer avec le feu, à moi. On m'a aussi dit de ne pas écouter les inconnus. Mais parfois, ce sont eux qui n'écoutent pas.

« Tu veux ?
- C'est pour faire quoi ?
- Voyager.
- Oh ! C'est vrai ? J'aimerais bien voyager ! Ma maison est minuscule et maman veut même pas qu'on sorte au parc. »

Au fait... elle est où, maman ?

Soudain, mon cœur se tend, et je recule.

« Tu pars ? Tu la veux pas ? »

Mon souffle précipité, j'essaie de tendre ma main vers la lumière. Si, si, je la veux. Donne-la moi.

Mais l'atmosphère gracieuse vient de prendre une tonne. Elle s'écrase sur moi.

Une main forte attrape la mienne et les bourdonnements reprennent, véhéments.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?!
- Il fait un arrêt cardiaque. Il est trop déshydraté. »

L'air ne passe plus. Les lueurs s'estompent, pourtant la nuit s'illumine. La fillette se dévoile, elle ressemble à quelqu'un que j'ai connu. Qui ?

« Dernière chance ? »

J'aimerais répondre. J'aimerais hurler, mais ma gorge est fermée.

Alors elle sourit.
Une brise vient me caresser.

« A un de ces jours, mon petit. »

Ses mots me ceignent d'un flot de chaleur ; mon regard s'éloigne.
Dans mes oreilles, le son d'une fusée. Je suis propulsé.

Puis, la blancheur courbe son dos face à l'obscurité.

Un silence absolu, froissé d'aigus électroniques rythmés, vient sans vergogne labourer mon crâne.

« C'est bon. On l'a récupéré. »
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Gilles Pascual · il y a
C'est très bien écrit. Bravo !
Je suis content qu'il s'en sorte à la fin... :)

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Ombrage lafanelle · il y a
Texte très fort dont l'écriture nous emporte. On ne s'attend pas du tout à la fin ☀️
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Mi Lae · il y a
Oh, merci beaucoup pour votre visite et agréable commentaire ! Je suis contente qu'il vous ait plu.
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GERARD PERTUSA · il y a
Une sortie hors du corps sans le sempiternel tunnel blanc ! Le fort contraste entre notre monde matériel, ressenti comme lourd et oppressant, et "l'autre", beaucoup plus léger, est bien évoqué. Au fait, merci d'avoir aimé "In vino veritas", en publication libre.
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Mi Lae · il y a
Je vous remercie d'avoir pris la peine de lire et commenter ! Je suis heureuse qu'il vous ait plu.
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ALYAE B.S · il y a
J'ai bcp aimé. Vous avez le don d'écrire. Passez une excellente journée!!
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Mi Lae · il y a
Merci beaucoup pour votre gentillesse. Un don, j'en doute, mais en tout cas j'aime écrire, j'imagine que c'est ce qui compte. Je passerai également voir vos textes dès que possible ! Une très bonne journée à vous aussi.
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Fleur A. · il y a
Une belle écriture pour ce texte
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Mi Lae · il y a
Merci infiniment pour votre passage.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Quand passé et présent se cognent et que leurs limites se diluent , on est happé dans un espace à découvrir.
Une découverte que je fais avec votre écriture tout en intériorité.

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Mi Lae · il y a
Merci infiniment pour votre beau commentaire et votre vote.
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Joëlle Brethes · il y a
Belle écriture pour ce texte qui nous conduit au seuil de l'au-delà...
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Mi Lae · il y a
Un grand merci à vous. Je suis heureuse de savoir qu'il vous a plu.

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