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Alizée ou le vent d'automne

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Maloo

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Dehors, le vent fait claquer les volets. Les sapins se plient, se tordent, pris dans un ballet effréné dont ils ne peuvent se défaire. La cheminée laisse échapper un sifflement, -non-, un hurlement de spectre à vous glacer le sang. Une plume s’envole, bleue irisée, dorée. Elle tourbillonne un instant avant de se plaquer contre la vitre. Elle ne bouge plus ; elle m’attend. Doucement, j’ouvre la fenêtre. Le vent fait voler mes cheveux, dorés comme la plume que je saisis du bout des doigts. Délicatement, je la pose sur mon bureau, entre ma photo de classe, mon cactus desséché et ma fiole de sable d’Arcachon. Je m’assois. Je l’observe. Elle est immobile ; pourtant, elle semble danser, hypnotisante dans sa parure de bronze. Soudain, tout se tait. Le silence m’entoure, prend sa place dans la sombre pièce. La fenêtre s’ouvre en grinçant, imperceptible. Un courant d’air pénètre dans la chambre, m’effleure, s’intensifie et finit par m’emporter par la vitre ouverte. Je ferme les yeux, bercée par le tendre roulis. Lorsque je les rouvre, je suis debout en haut d’une falaise. Le vent me fait danser, tourbillonner dans tous les sens. Il me frôle, s’éloigne, me bouscule tout à coup. Je ne peux plus m’arrêter. Je tourne et tourne encore. Plus rien n’a d’importance...
Soudain, je trébuche... et je tombe dans le gouffre. Mais au lieu de chuter comme une pierre, je m’attarde. Je virevolte comme une feuille morte, déjouant les lois de la gravité. Doucement, je me pose sur la cime d’un arbre, légère comme un oiseau. Le décor a changé. Je me trouve dans une vallée luxuriante. Le soleil traverse le feuillage et illumine la scène. Je peux sentir sa piqûre sur ma peau. Le vent s’est tu. Autour de moi volent des centaines d’oiseaux multicolores. Leurs plumes, pareilles à des arcs-en-ciel, scintillent à la lumière, inondant mes yeux de mille couleurs chatoyantes. Je ferme les yeux et m’endors progressivement, bercée par le chant des volatiles...
Tout à coup, un appel retentit, brisant l’harmonie de la scène. Je l’ignore. Il reprend. Je ne comprends pas, ce n’est pas le cri d’un oiseau. Il se rapproche, s’intensifie. Il est partout, mais il ne vient de nulle part. Soudain, je peux enfin l’identifier. « A table !! » Qu’est-ce que cela veut dire ? Je ne comprends toujours pas, ce langage me semble inconnu. Plongée dans ma réflexion, je ne vois pas l’oiseau qui se précipite vers moi. Bleu, un peu doré, comme enveloppé dans une robe de bronze. Il me bouscule violemment au moment où je me rends compte de sa présence, me plongeant dans le noir complet.
Je me réveille dans ma chambre. Le vent s’est tu, la cheminée aussi. Les sapins se sont calmés. La fenêtre est fermée. La silhouette de ma mère se détache dans l’encadrement de ma porte. Elle m’apostrophe : « Eh, tu dors ?! Ça fait au moins dix minutes que je t’appelle. » Je la suis, comme en transe. Tout à coup, je m’arrête et me retourne vers le bureau. La plume a disparu. Je me détourne et me dirige vers les escaliers, guidée par la bonne odeur du repas tout juste servi.
Je m’appelle Alizée.
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Lammari Hafida · il y a
un flot de sensations dans le rêve .... mon vote ! Pour sourire mes < Baskets porte-chance > en finale et bonne soirée
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Maloo · il y a
Merci beaucoup !! Je cours lire vos baskets
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Alain de La Roche · il y a
Tout se bouscule, s’entrechoque, pas facile à comprendre la logique de ce désordre avant la fin.
Mon vote d’encouragement.

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Maloo · il y a
Merci à vous !
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Coum · il y a
in'
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F. Gouelan · il y a
Alizée a pris la plume et écrit ce rêve. L'imaginaire n'a pas de limites.
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Maloo · il y a
Le mien encore moins ;)
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Geny Montel · il y a
Evaporée Alizée ! Un joli souffle cette nouvelle !
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Maloo · il y a
Merci beaucoup !!
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