A ma bien-aimée

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Moi c'est Guillaume et j'ai 20 ans ! J'écris parce que l'homme et la nature de part leurs complexités me passionnent, c'est à travers mes poèmes que je tente modestement de dépeindre la vie  [+]

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Dans le clos de ma maison, j’attends que la vie vienne me chercher. Dehors, il fait chaud, il fait beau, la forêt s’étend à perte de vue, le soleil, pinacle de l’azur, s’impose au-dessus du monde, et pourtant je ne sors pas. Le soleil pourrait ragaillardir ma face livide, mais je reste cloisonné...
Mon esprit est comme enfermé dans un sous-sol froid, lugubre, l’air ne s’y frayant un chemin qu’à travers un soupirail aux barreaux usés ; parfois, quelques précieux rayons du soleil viennent réchauffer la pièce souterraine...
J’écris cette lettre à ma bien-aimée, car les maux restent bloqués dans ma gorge à cause du goitre, comme-ci mon mutisme avait accumulé les mots dans ma trachée jusqu’à que le passage en soit bouché. Tu le sais que je ne puis m’exprimer que par circonvolutions, périphrases, métaphores et analogies, mon être est bien trop grossier pour pouvoir s’abaisser à quelques frivolités, surtout te concernant...
Je pense que ma dernière rupture m’a laissé coi ; j’étais abasourdis ; pour la première fois de ma vie, j’avais osé livrer mon cœur, pour la première fois de ma vie, j’avais osé me positionner de l’autre côté du soupirail, sortant ainsi de mon palais, pourrait-on dire : de mon sérail. Sortir de mes tranchées pour venir te rejoindre fut au début terrifiant, chaque pas étaient maîtrisés, afin de me prémunir des ennemis et des balles perdues.
Malgré que je fus en alerte constante, une partie de moi, comme un bourgeon discret qui commence à germer, reprenait vie. Secrètement, l’air frais se frayait un chemin jusqu’à mon cœur et venait le raviver. De mes 3 jours au tombeaux, pointait la résurrection, après mon si long séjour dans les enfers. Qu’avait-elle fait pour autant égayer mon cœur ?

En cette époque, ma bien aimée, j’étais si proche de toi, je pouvais ressentir ton souffle frais, tes murmures, tes inspirations célestes. Je m’ouvrais au monde et par la même occasion à toi. Je sentais de nouveau mon cœur battre dans mon corps et répandre ses douces vibrations vivifiantes. Je reprenais espoir, je me projetais de nouveau, les lendemains incertains me paraissaient promis à une certaine joie. Mon être était en fête, en louange. Du rouge venant du sang versé et du noir venant des plaintes, j’étais passé au bleu de l’évasion et au vert de l’harmonie. Je revivais. Je respirais. Je me tournais davantage vers mes semblables qui naguère m’apparaissaient comme mes « dissemblables » ; je me voyais fonder une ferme, un foyer et même une famille. J’étais réellement sortis du clos de ma maison.
Pourtant, tel un lapin retournant à son terrier au moindre danger, quand cette idylle commença à prendre forme : j’ai fuis vers mon soupirail, alternant des va-et-vient incessant vers elle et vers mon sous-sol. Je sortais pour mieux me cacher dans les cachots de mes peurs. J’étais terrifié. Elle essaya tant bien que mal à me comprendre, mais rien n’y fit, le mariage en perspective était déjà usé sans avoir même commencé... Tel un vantail dont les battants s’ouvrent, elle a aperçu l’intérieur de ma maison et a fuit, épouvantée de la vision qu’elle offrait.
Me voilà aujourd’hui cloîtré par mes vœux religieux de fuir le monde. Oui, ma bien-aimée, je pensais ainsi te retrouver, mais en fait, je n’ai fait qu’agrandir le fossé qui nous séparait. C’est en ayant goûté une fois à l’air pur et frais, que l’on se rend compte de sa valeur une fois perdu, à quelle point il est un cadeau précieux et inégalable. Oui ma bien-aimée, quelle concupiscence d’être resté ainsi cloîtré, voici le gage de ma résipiscence : malgré mes peurs, je vais de nouveau t’ouvrir mes bras, de nouveau écouter ta voix, de nouveau me laisser porter par tes inspirations. Oui ma bien-aimée, ô toi mon âme ! En me fermant au monde et en me refermant sur moi-même, en vérité, c’est à toi que j’ai fermé la porte. Il est temps ma bien-aimée, mon âme ! Il est temps de laisser un peu d’air de ton souffle raviver mon être. Ainsi, je pourrais me tourner et affirmer que chaque être humain que je vais croiser sera mon prochain, mon semblable, mon frère, ma sœur, et aussi peut-être que l’un d’entre eux sera ma femme. Peut-être recroiserais-je cette idylle manquée ? Cette rousse aux yeux bleu azur, au sourire flamboyant et au rire enfantin, à la parole franche, à la silhouette élégante, au déhanché fin, au regard profond, aimant, poétique, céleste. Son âme fut une brise d’air frais inamissible pour ma mémoire.
C’est à ce moment que j’entendis une voix, comme une locution intérieure, me chuchotant : « Enfin tu sors du clos de ta maison, c’est si agréable de pouvoir respirer, de sortir de mon inanition, j’ai enfin un peu d’air. » C’était mon âme qui me parlait. Ma bien-aimée. Des ténèbres de nos soupiraux, peuvent jaillir la lumière de nos âmes.
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