À jamais...

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Née en 1974, je vis sur les hauteurs de Liège, en Belgique. Après des études de lettres, un passage par l’enseignement et un poste d’assistante de direction, j'ai choisi de me consacrer à  [+]

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Image de Le flacon et l'ivresse
Je l’ai emmenée avec moi à travers le temps ; Alfred m’en avait fait cadeau un soir de mélancolie automnale.

La chaleur de ses bras me manque dans ce squat minable où les murs n’en ont plus que le nom. Le bruit strident des sirènes au loin se moque bien de la douce mélodie de cette valse que nous aimions tant écouter. Les junkies allongés dans la pièce d’à côté ne savent rien de cet autre monde, où la vie s’écoulait à l’ombre des bals en dentelle. L’odeur des parquets cirés, les fragrances de jasmin de mon parfum qui l’enivrait jusqu’au matin, le jardin aux mille couleurs, les velours et les satins, le bonheur à l’état pur... À présent, tout est devenu noir au pays de la déchéance et mon âme est en déliquescence.

Je ne suis décidément pas faite pour le vingt-et-unième siècle et ses vicissitudes ; Wall Street et ses traders auront eu finalement raison de moi. Il ne me reste que ces guenilles, dont même cette chère Cendrillon ne voudrait pas, et quelques mots laissés au détour d’un poème oublié.

Parmi toutes celles qu’il avait caressées, j’avais su me faire aimer de ce dandy inspiré. Loin de la rumeur parisienne, nous avions fait de Venise notre havre de paix. Alanguis au creux d’une gondole, nous nous laissions porter par le rythme des barcaroles, et lorsque venait le soir, nous goûtions aux plaisirs interdits. Aujourd’hui, la longue litanie de ces souvenirs me hante sans répit...

Je suis lasse de cette éternité ; il est grand temps d’aller le retrouver. Ce château en ruines, si cher à mon cœur, sera pour quelques heures enfin ma dernière demeure. Quelques gouttes de ce flacon suffiront pour me faire succomber une dernière fois à l’ivresse de sa passion. Je sens déjà la fièvre du poison prendre possession de moi ; je nous revois surpris par l’audace des premiers regards ou perdant le souffle à l’abri du petit boudoir. Encore quelques instants, et je sentirai à nouveau son étreinte se resserrer sur moi...

Pourquoi avais-je donc tant redouté le contenu de cette fiole lorsqu’il me l’avait confiée ? Elle qui devait être la clé de nos retrouvailles dans ces couloirs du temps, où je me perdais depuis si longtemps. La crainte de l’inconnu, peut-être ? À moins que ce ne soit celle... de lui appartenir à jamais...

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Nabelle Martinez · il y a
je suis lasse de cette éternité.... j'aime cette phrase, cette confidence si lourde, si profonde...
si le coeur vous en dit, j'ai deux haïkus en compèt' :http://short-edition.com/oeuvre/poetik/flocons-eternels
et aussi
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/foudroyes
mais sans obligation

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Mélissa Gibilaro · il y a
Quelle imagination! Quel style d'écriture! Bref, quel talent! Surtout, ne vous arrêtez jamais d'écrire car, une fois votre plume en main, vous trouvez les mots justes pour emmener vos lecteurs là où vous voulez qu'ils aillent.
Je vous souhaite bonne chance pour cette compétition! :)

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Cmartin · il y a
Cette nouvelle me parle beaucoup! J'adore! Continue comme ça :-)
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Saw · il y a
Un goût de trop peu :D
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Pierre-Armand Cajot · il y a
Je viens de voter car ton texte est juste waouw. Quel style, j'aime bcp ;) Bonne chance pour la compétition ;)
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As-pi Deth · il y a
Je viens de voter pour toi, tu le mérites !
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Marie-Isabelle Tasset · il y a
Quel plaisir de lire tous vos commentaires ! De vrais rayons de soleil ! Grand merci à vous tous :-)
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Jean Calbrix · il y a
Le palais de nos chimères a croulé dessus mes illusions, et sous le poids de ses pierres se lézarde un cœur de vagabond, chantait Aznavour. Ce poème dramatique est tout à fait dans note avec une petite coquetterie finale : A moins que ce soit celle... de lui appartenir à jamais ! Bravo, Maris-Isabelle ! Vous avez mon vote.
J'ai un fauteuil qui aime raconter des histoires...quelquefois croustillantes. C'est ici ; http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

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Keith Simmonds · il y a
Un récit original plein de jolies images et d'un parfum poétique qui reste avec nous! Bravo, Marie-Isabelle! Mon vote n0 46! Mes haïku, FROIDEUR et PREMIERS FROIDS, sont en compétition pour le Grand Prix Haïku Hiver 2016! Je vous invite à venir les lire et les soutenir si le cœur vous en dit. Merci!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/premiers-froids-1
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/froideur

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CoiffeurExpert ByAna · il y a
Génial! J'adore!