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A eux

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Syrine Khabthani

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A lui :
Tu te lèves. La lumière te brûle les yeux. Les pas lourds, tu avances vers la porte. Tant de lumière et pourtant un froid homérique domine cette chambre. Tu franchis le couloir. Tes pas alourdis s’accélèrent. Comme un fugitif, tu déboules dehors et tu fermes la porte sur l’iniquité, sur des souvenirs réprimés par un cerveau terrifié, sur des réminiscences que tu as crues bien enfuies mais qui n’ont jamais cessé de laminer ta personnalité. Tu avances entre ces murs que tu as toujours connus, qui ne t’ont jamais compris et tu croises ces gens...Ton histoire a un jour croisé leurs langues. Eux qui croient te connaitre. Eux qui pour toi n’ont été qu’un décor dans une vie où tu te demandes si toi-même tu n’y es pas un décor banal... Tu regardes les voitures passer sans vraiment les voir, quand on veut périr la mort nous fuit alors les voitures ne t’effraient point. Tu traverses. Un café. Il te faut un café. Une cigarette ? Peut-être ? Ou peut-être pas cette fois. Quand on a le cœur lourd, on n’a pas envie de s’alourdir le poumon. Tu as envie d’aller voir la mer. Elle a toujours été là la mer. Elle t’a vu crier, elle t’a vu sangloter. Elle est complice de tous les crimes dont tu as été la victime. Tu as lavé tes blessures dans son eau salée en espérant les voir cicatriser. Mais toi, tu n’as pas de cicatrices. Tu es déchiré de plaies ouvertes et tu n’as jamais eut le courage de les fermer. Tu oublies que tu peux être fragile alors tu les laisses saigner supputant avoir assez de sang supputant que jamais tu ne seras vidé. Mais le voilà le vide, t’entourant de toutes parts, te tournant en dérision, toi, qui pensait être assez fort pour l’éviter.

A elle:
Tu te lèves. Tu es confrontée à cette question de tous les matins. Qui suis-je ? Tu changes tellement vite que tu en perds ta constance. Tu deviens onde. Tu deviens lumière. Tu deviens ombre. Qui suis-je ? Tu portes tellement de masques que tu en omets ton propre visage. Tu es tellement de personnes que tu n’es plus. Alors qui serais-tu aujourd’hui ?
Tu te lèves toute hésitante. Chacun de tes pas est dominé par l’hésitation, tes jambes en tremblent comme des feuilles mortes sous le joug d’une bourrasque. Tu es ces feuilles ; Tu effleures le sol, tu ne le touches jamais et tu vas là où t’emportes le vent.
Tu sors d’un chez toi qui ne te rappelle rien, qui rappellerait peut-être quelque chose à une des personnes que tu as un jour été mais toi tu n’as pas de souvenirs, rien ne t’as jamais touché, troublé, blessé parce que toi tu n’es pas une entité, tu es néant. La couardise. Tu échappes aux blessures en changeant de carte d’identité. Tu changes de peau comme un serpent et chaque peau que la peine atteint tu la délaisses derrière toi. Tu vas droit vers la mer parce que la mer a toujours été la mer, parce que tu veux qu’elle t’apprenne à être une entité, parce que tu n’en peux plus de cette vie de reptile, de ton sang froid et de tes mille couleurs, parce qu’elle est audacieuse la mer et on aime ce que l’on ne possède pas. Tu presses les pas vers elle parce que tu veux voir dans son eau, son miroir, un visage, ton visage pour une fois.

A lui :
Tu arrives à cette plage qui a porté ta souffrance et tu la vois...une femme qui fait battre ton cœur meurtri et le sang que tu croyais épuisé, irrigue à nouveaux ton corps éreinté.
A elle :
Tu contemples cet homme sur la plage et tu ne vois plus cette mer qui se moque de toi. Tu n’as plus besoin d’elle et tu le vois ton visage pour la première fois. Tu vois son reflet dans le regard de cet étranger et soudain tout s’arrête. Tu t’arrêtes. Tu es entité à nouveau. Tu ressens. Ton cœur bat.

A lui :
Tu vois en elle une délivrance. Tu te vois fondre en elle et laisser ses mains délicates te remodeler, te recréer. Tu vois mille perspectives et un moyen de te débarrasser de tes démons, une fois immergé en elle tu seras un nouvel homme, baptisé par la pureté de cette âme. Et tu hésites. Tu hésites parce que la délivrance c’est un changement et que le changement te terrifies. Tu hésites parce que tu t’es habitué à tes démons et qu’ils sont désormais une partie de toi. Et tu ne sais pas si tu veux vraiment laisser aller cette partie de toi. Tes yeux se sont habitués à l’ombre et la lumière te semble blessante presque insolente. Alors tu te retournes, tu t’éloignes de la mer et derrière toi un dernier sanglot des vagues, une dernière consolation.

A elle :
L’excitation de voir ton visage est vite étouffée par ces questions qui se pressent dans ta tête. Et si tu n’aimais pas qui tu étais. Et si tu te décevais. Et si tu ne serais pas capable d’affronter le monde avec un seul visage. Et si tu ne voulais pas vraiment te retrouver. Et si ça t’allais de vivre comme ça. Et si cette adaptation qui avait fini par causer ta perte était ton seul moyen d’exister. Tu te demandes si ça en vaut la peine. Tu reviens aux raisons qui t’avais poussée vers cette adaptation. Les raisons ne sont plus qu’un flou. Elles ne sont peut être plus valides. Mais quelque chose t’empêche de faire un pas vers cet être. Hésitation. Tu vois très bien qu’il hésite aussi. Tu finis par te retourner, t’éloigner de la mer et derrière toi un dernier rire des vagues, une dernière raillerie.
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Image de Aurélien Azam
Aurélien Azam · il y a
C'est bien écrit mais le message tourne un peu en rond : il faut rendre le récit plus concret, ancré dans les détails du réel. Et bienvenue sur Short Edition :)
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