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24 décembre

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Lourie

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Elle n'était pas arrivée sur la place devant la cathédrale que déjà l'odeur de Noël battait son plein. Le sucre et les beignets se mélangeaient à la chaleur de la cannelle, et elle se sentit immédiatement transportée. Faisant rapidement le tour de la place, elle comprit qu'elle était la première et se mit à l'attendre. Un petit chalet plutôt accueillant semblait l'inviter à boire un vin chaud. Elle ne se fit pas prier. Ses doigts gelés serrèrent le verre brûlant. Un peu plus fort encore lorsqu'elle l'aperçut avancer vers elle. Tandis qu'elle lui souriait, son cœur carillonnait au son des cloches ; il lui sembla prêt à se décrocher.
Ils s'embrassèrent comme le font les amis, plaisantèrent un peu, et prirent la direction de la cathédrale. Ses bottes résonnaient sur le pavé à chacun de ses pas. Elle était enchantée qu'il ait accepté de l'accompagner à la messe de Minuit. Cela faisait des années qu'elle n'y était pas allée, et sa présence aujourd'hui à ses côtés lui redonnait une sorte de foi jusqu'ici égarée.
En entrant elle lui prit la main et ils s'installèrent silencieusement. Avec lui elle pouvait se taire : sans rien dire, il savait déjà tout. Elle aimait à penser qu'ils étaient reliés par un fil insaisissable, des esprits supérieurs capables de communiquer au-delà de toute parole.
Une importante foule se pressait maintenant à l'intérieur. L'orgue dans un souffle puissant annonça le début de la cérémonie. Tout était parfait.
L'évangile selon Luc finit de l'emporter dans la béatitude.
Telle une marionnette, elle se levait et s'asseyait comme il le fallait.
Perdue dans le regard de Marie, elle s'entendit réciter des prières qu'elle pensait oubliées.

En sortant il lui proposa de boire un vin chaud, « pour ne pas se quitter comme ça ». Il était attendu mais avait encore un peu de temps pour elle.
Il lui caressa doucement la joue au moment de partir et lui souhaita encore une fois un Joyeux Noël.
Elle regarda sa silhouette disparaître peu à peu dans la nuit et bu un autre verre.
A présent les épices lui brûlaient la gorge.
Elle quitta la place illuminée pour s'enfoncer dans la ruelle qui la ramènerait chez elle.
Il se mit à neiger. De gros flocons se déposaient dans un silence pesant sur le sol. Ses bottes ne résonnaient plus ; elle avançait péniblement.
Arrivée chez elle, elle ôta ses vêtements mouillés et attrapa le plaid qui traînait par terre. Une flaque d'eau se forma au milieu du couloir. Elle finit par s'engouffrer dans le salon et son corps sombra lourdement dans le canapé.
Elle resta ainsi un moment, s'enfonçant à chaque respiration un peu plus profondément.
Et puis elle s'endormit.
Alors sortant de nulle part, des images commencèrent à apparaître.
Et au coin de ses lèvres, un sourire.
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