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Marylène Vallet

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“Bip, reniflement, bip, mouchoir, bip, reproche”
- Deux ans qu’on a condamné le balcon. C’est long, ça me manque de prendre mon petit dej’ au soleil.
- Comment oses-tu te plaindre de ça ? Devant moi ! Devant lui !
- Mais c'est pas ma faute Maman ! Une seule fois j'ai oublié de fermer ce foutu balcon, une seule !
-Bien sûr que si c’est ta faute ! Regarde où on en est maintenant ! Ça fait deux ans Laeticia, deux longues années que ton frère n’a pas ouvert les yeux !
La mère se mit à renifler discrètement puis à passer compulsivement sa main sous ses yeux. Laetitia grommela :
- Il était pas doué, mais pas assez pour basculer du balcon sans l’avoir voulu.
Elle mit son casque en route avant un nouveau sermon. “Bip, reniflement, bip, mouchoir, bip, reproche”, ça lui tapait sur les nerfs. Laetitia posa ses grands yeux bleus hérissés de pics presque blancs sur sa mère. En fait, elle lui faisait pitié. Laetitia en était même arrivée à regretter ce qui s’était passé. Au début, les deux femmes s’étaient rapprochées pour faire face à la tristesse, mais peu de temps après, le frère de Laeticia avait retrouvé sa place de chouchou auprès d’elle. Même presque mort, il était plus intéressant qu’elle.
Sa mère s’était assise au chevet de son petit frère, elle lui parlait. Peut-être que si c’était Laetitia qui s’était jetée du balcon, alors sa mère se serait rapprochée d’elle plutôt que de son frère.
Une blouse blanche ouvrit la porte.
- L’hôpital m’a mis au courant de l’état de votre fils. Vous n’êtes pas sans savoir qu’après deux ans de coma végétatif, les chances de retour à une vie normale sont de l’ordre de 2 à 3 pourcent.
- Nous gardons espoir docteur, vous savez, mon fils est un petit combattant. Il va s’en sortir. Et puis c’est la veille de Noël, je crois beaucoup aux miracles vous savez...
- Peut-être pouvons nous aider le miracle à se produire. Je viens vous proposer une occasion exceptionnelle de peut-être sauver votre fils. Nous sommes en train de mettre au point un sérum qui pourrait le faire revenir à un état de conscience normal. Cependant, c’est encore en expérimentation. Votre fils en sera un des premiers bénéficiaires. Une simple injection, et hop ! Il peut être sauvé. Si vous acceptez et que ça marche, cela vous coûtera la petite somme de 300 euros pour supporter la recherche médicale de notre groupe. Si ça échoue, nous vous devrons 3 000 euros, à titre de dédommagement. C'est une chance à ne pas manquer !
- Comment ça marche ? Demanda Laetitia.
- C’est une préparation à base d’adrénaline. C’est un peu comme quand on se réveille d’un long cauchemar en sursaut.
- Qu’est-ce qui se passe si ça échoue ? Demanda la mère.
La blouse blanche prit quelques secondes pour peser ses mots :
- Il se pourrait que votre fils passe de l’autre côté définitivement. Mais les essais cliniques sont encourageant ! Les rats sur lesquels ont a testé le sérum on presque tous retrouvé un état de conscience acceptable.
La mère et la fille ne mirent pas longtemps à se mettre d’accord. L’une dans l’espoir de retrouver son petit garçon. L’autre dans l’espoir d'abréger ses souffrances. Quelques heures plus tard, le sérum était administré par intraveineuse. Les pupilles de l’enfant bougeaient déjà derrière les paupières closes.
***

- Maman, je suis rentré !
Il n’y a pas de réponse, et Google ne saute pas à mes pieds pour fêter mon arrivée. Quant à ma sœur, l’appeler ne servirait à rien. Je redresse une photo sur le mur : ma sœur et moi le jour ou Google, notre chien, est venu agrandir la famille. Les grands yeux bleus de Lélé brillaient de joie pendant qu’elle le serait fort dans ses petits bras. Elle a toujours préféré le chien à moi. Elle doit avoir une bonne raison. Une bonne raison de me glacer avec son regard, de ne jamais rigoler à mes blagues, d’éviter le moindre contact. Au fil du temps, j’en suis venu à me dire que c’était sa façon de m’aimer. Enfin, je crois. Parfois, elle me lance des regards si poignardant que je me demande si j’ai bien fait d’être né. Je m’avance vers le balcon pour sentir le soleil sur ma peau. Pourtant, je frissonne à cause de l’air sur ma nuque. Je décide de rentrer, mais le frisson me parcourt toujours et il y a.... Comme une odeur de sang, moite et putride qui sature mon odorat. Je passe ma main sous mon nez. Elle reste vierge, pourtant, l’odeur persiste. J’ai comme l’impression de ne plus être seul.
- Lélé ?
Elle ne répond pas et pourtant, je suis sûr d’avoir senti une présence.
Un cadre se brise par terre.
- Si c’est encore une de tes blagues, c’est vraiment pas drôle!
Rien ne bouge.
Une coïncidence ? Peut-être qu’en la redressant, j’ai déséquilibré la photo de Lélé et moi.
Tout est calme, et pourtant, j’entends le battement d’un cœur. Le silence me donne des hallucinations. Je vais dans la salle de bain et verrouille derrière moi, juste pour me rassurer. Je me passe de l’eau sur le visage pour apaiser mon esprit. J’évite le miroir, de peur de voir apparaître la dame blanche dans son reflet. Lélé dirait que je suis un bébé. Je relève lentement les yeux pour vaincre ma peur.
L’iris hérissé par l’horreur, je vois dans le reflet du miroir la poignée de porte tourner lentement.
Un poids s’écrase contre la porte, à en faire trembler l’eau dans le fond de l’évier.
La porte commence à craquer sous le poids de la poussée. Je prends la porte qui mène au couloir. Je la referme et j’essaie de déplacer la grosse commode pour bloquer l’accès. Qu’est-ce que je croyais, avec mes petits bras ? Je l’ai déplacé de quelques centimètres à peine, et de l’autre côté, la chose à déjà défoncé la porte. Je cours le long de l’étroit corridor, et derrière moi, je sens ses lourds pas qui commencent à me rattraper. Ses bras fendent l’air, et je vois son ombre crochue prendre peu à peu le pas sur la mienne. Je me jette contre la porte de l’entrée.
Définitivement fermée.
Je vois au bout de la pièce les rideaux ondulés par le vent. Enfin une possibilité de sortie. Je me rue vers le balcon que je croyais avoir fermé. Je peux sentir le vent sur ma peau, un vent frais et libre.
Il faut juste que je descende le long des canalisations, comme dans les films. Je passe une jambe par-dessus la rambarde, puis l’autre.
J’entends comme un râle, et au vent se mêle l’haleine tiède et métallique du sang.
Le monstre me scrute avec ses grands yeux bleus hérissés de piques presque blanc.
Des yeux froids qui m’accusent d’être né.
Des yeux fratricides.
La rambarde se dérobe sous mon poids.
Je tombe.

***
Un bruit strident se fit longuement entendre dans la petite chambre.
- À première vue, on a encore besoin de quelques ajustements. Vous préférez un chèque ou un virement ?

PRIX

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Potter · il y a
Lecture très intéressante !!! J'ai vraiment bien aimé : )
N'hésite pas à venir jeter u coup d’œil à mon dessin pour le concours Harry Potter : https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/poudlard-3

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AutresRimes · il y a
une agréable lecture , j'ai voté. peut être irez vous découvrir et voter pur mon texte "le mystère du mélange des couleurs"
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Utilisateur désactivé · il y a
Un bon rythme, et un talent certain pour boucler un récit court! A voté!
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Fred Panassac · il y a
Ton Court et noir confirme les qualités d'écriture de ta Matinale des lycéens. Beaucoup d’imagination dans ton histoire de fratrie très cruelle et la chute cynique. Le double point de vue est intéressant et original.
Mes voix !

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Ginette Vijaya · il y a
Une histoire compliquée raconté en deux temps ! Deux points de vue qui éclairent un terrible sentiment de frustration .
Je vous invite à lire mon texte" le prix de la mort" également en compétition .

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Epicurien78 · il y a
Voilà un texte plein d'humour noir... écrit par une jeune fille (vous n'avez pas peur de faire des cauchemars ?... ;)
Dans ce cas, chère Marylène, je vous invite chez moi pour un petit Expresso. Mais attention, je crois que je l'ai fait très noir et très corsé...

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Marie · il y a
Bon, oui, quelques coquilles, mais l'ensemble est agréable à lire. Google, c'est sympa comme nom de chien. J'ai bien aimé votre texte et vous donne mes voix.
Si vous avez un peu de temps pour la lecture, viendrez vous soutenir mon TTC ?. D'avance merci de votre passage
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/loin-des-yeux-loin-du-coeur

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Topscher Nelly · il y a
Cette histoire m'a beaucoup plus malgré quelques coquilles.Mes voix.
Mon texte vous plaira peut-etre ?

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Aurélien Azam · il y a
Un très bon Court et Noir. Alors certes, il y a quelques coquilles et certaines étrangetés (Google comme nom de chien ? ^^), mais ton écriture est assez vive, et l'intrigue plaisante à lire (effrayante la Laetitia !). J'ai énormément aimé les dernières phrases de ton récit ; elles font un ressenti presque insignifiant d'un événement par contrate horrible : c'est saisissant de cynisme !
Bravo et merci pour ce texte, Marylène ! :)
Si tu le souhaites, n'hésite pas à lire "Gu'Air de Sang", également en compétition !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gu-air-de-sang

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Marylène Vallet · il y a
Mmm... Mon chien a bien faillit s'appeler Google si ma mère n'avait pas posé son véto et imposé "Gaya" :D
Merci pour tous ces jolis compliments :)

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