16h - Clémence

il y a
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Je fais plutôt dans le roman long, d'habitude... mais je me commets parfois dans le court, avec plus ou moins de bonheur. Découvrez mes romans sur espacedudehors.wordpress.com  [+]

Image de Eté 2016
Tout ce qui l'intéressait, c'était de la revoir. Une fois, juste une.
Cela faisait trois jours qu'on lui demandait de se justifier pour quelque chose qu'il avait fait sans réfléchir. Il savait de toute façon qu'il n'avait aucune excuse. Comment expliquer à des gens biens portants qu'il avait tiré une balle sur son meilleur ami parce qu'il avait eu la mauvaise idée de dire qu'il trouvait sa copine très à son goût ?
Paul savait bien que François ne tenterait jamais rien avec Clémence. Mais voila, Paul était jaloux. Alors oui, il avait tiré. Oui, il l'avait fait de sang-froid. Non il ne regrettait pas. À quoi ça sert de regretter ? Cela ne ferait pas revenir François. Ni Clémence. Horrifiée, elle avait pris ses jambes à son cou en découvrant les faits.
Alors Paul n'avait plus rien à perdre, il avait déjà tout perdu. Il savait que tout était perdu. Tout ce qui l'intéressait dans ce procès, c'était qu'il allait revoir Clémence. C'était marqué sur la feuille : « 16h - Témoignage de Clémence Feildent ».
La pendule de la grande cour d'assises de Tours marquait 15h38. Il faisait une chaleur terrible, suffocante. La salle n'était même pas pleine. Assis dans le boxe des accusés, Paul observait ce qui l'entourait avec un flegme déroutant pour le public présent. Et plus l'heure avançait et plus il paraissait absent. Affable, il répondait aux questions en donnant du « Monsieur le président » sans une once d'ironie.
15h47. Déjà, il n'était plus là. La cour n'était plus qu'un halo vague, un brouhaha de respirations et de chuchotements informes. Paul sentait la sueur commencer à rouler sur sa nuque, dans son dos. Quelque chose bourdonnait à ses oreilles, de plus en plus sourd, de plus en plus prégnant. Paul se trémoussa un peu sur son banc, pour chasser le malaise qui le prenait. Lui qu'on considérait d'ordinaire comme un gros dur se sentait faible comme un bébé. Il n'écoutait plus les avocats, le procureur, le président. Les yeux rivés sur sa feuille, il ne voyait plus que « 16h - Clémence ».
Le procureur lui posa une question ; Paul répondit au hasard - oui. Peut-être que c'était non. Il n'avait pas écouté. La grande aiguille de l'horloge avait sauté sur le douze. Il était seize heures. Une goutte de sueur tomba de son front sur sa feuille, auréolant « Clémence » d'un cercle liquide étoilé, comme une larme. Dans le boxe des accusés, on ne voyait presque plus Paul, qui s'affaissait, voûté, comme sous le poids d'une terrible charge.
— Faites entrer mademoiselle Clémence Feildent.
Paul sursauta et leva la tête, transfiguré. Clémence avança jusqu'à la barre, les yeux baissés, magnifiquement belle, émouvante, adorable. Elle prêta serment avec sa voix cristalline. Paul la dévorait des yeux. Plus rien n'existait autour de lui, sauf elle. Si seulement elle pouvait lui accorder un regard !
Paul avait de plus en plus chaud mais un frisson le parcourait en même temps. C'était insupportable et délicieux.
Le témoignage de Clémence touchait à sa fin, Paul ne l'avait pas quittée des yeux. Enfin, elle tourna la tête vers lui et le cœur de Paul flamba. Il sourit, malgré les larmes contenues dans les yeux de Clémence. Elle était belle. Autour d'eux, la salle n'existait plus. Tout était blanc.
— Pourquoi as-tu fait ça, Paul ? demanda la voix de Clémence, sans bouger les lèvres.
— Je ne sais pas, répondit Paul de la même façon. Tout ce que je sais, c'est que je t'aime.
Aucune parole ne fut entendue ce jour-là par l'assemblée. C'était comme si Paul et Clémence avaient communiqué par télépathie.
— Je t'aime, Clémence, répéta Paul.
— Je t'aime aussi. Adieu.
Paul sourit encore et hocha la tête. Clémence tourna les talons, salua la cour et quitta la salle. Dans le boxe des accusés, un grand bruit se fit entendre.
Paul venait de s'écrouler, sans connaissance. Son cœur s'arrêta de battre à 16h57. La lourde porte de chêne venait de se refermer derrière Clémence.
Il n'y eu pas de condamnation à l'issue du procès, ce jeudi 14 février, jour de la Saint-Valentin.

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Agnes Mantero · il y a
Palpitant !!! Du concentré...
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Mourir d'amour après avoir éliminé son rival le tout au sens propre ! On sent l'atmosphère s'épaissir et le malaise l'envahir . Bravo !
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Nadine Gazonneau · il y a
Très bien écrit et un petit régal à lire Donc mon vote "transparence" vous attend en catégorie poème.
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Bisaigue12 · il y a
L'amour qui parle en silence, bravo, et quelle jolie chute quand il tombe! je me suis régalé.
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JACB · il y a
C'est vrai que le 14 février beaucoup se disent "je meurs d'amour pour vous", en tout cas je vous souhaite Lynda de nombreux votes.
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Pascal Pascal · il y a
Émouvant cette histoire d'amour sans parole. Le titre lui-même dit presque tout. Mon vote.
Si le cœur vous en dit, je vous invite à visiter ma page. Merci.

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Francesca Fa · il y a
Un moment très fort, vous exprimez si bien les sentiments pourtant complexes des deux protagonistes, qui communiquent par le seul regard ... Ce que j'aime surtout, c'est que vous nous faites oublier le procès, et même le crime, seuls les sentiments importent. Qui évidemment ne justifient en aucune façon le crime, mais ne sont pas niés.
J'ai hâte de lire d'autres textes de vous Lynda, et j'ai voté !

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Utilisateur désactivé · il y a
Une belle histoire très bien écrite et fascinante comme Clémence!
Un destin qui bascule en une seconde!
Procès inutile. La sanction est déjà tombée!
Merci et bravo!
Cecel

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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette belle peinture d'un amour tragique! Bravo, Lynda! Mon vote!
Mes deux œuvres, BAL POPULAIRE et ÉTÉ EN FLAMMES, sont en lice pour
le Grand Prix Été 2016. Je vous invite à venir les lire et les soutenir si le cœur
vous en dit, merci! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

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