1490

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Baptême dans la BD, confirmation dans l'écriture, en attente d'une canonisation pour l'ensemble de mon œuvre. http://clementpaquis.com/ @clementpaquis  [+]

Image de Eté 2016
Il serait malhonnête de dire de Wallace Finch qu'il était anti-américain. En vérité, Finch était un homme bien trop brillant pour être anti-ceci ou anti-cela. Sa sophistication, toute en nuance, le poussait la plupart du temps dans les bras de la tempérance. À son goût, le monde manquait cruellement de diplomatie et une bonne négociation était en mesure de se substituer à n'importe quel conflit armé.

L'utilisation des grands moyens était pour Wallace une sorte de recours de l'extrême, une solution bien inhabituelle à n'employer qu'en cas de nécessité absolue. Ce type de carte que l'on abat que lorsque qu'il n y a véritablement pas d'autres options sur la table. En homme de raison, il avait pris de longs mois pour réfléchir au bien fondé de son action. Ne fallait-il mieux pas laisser tomber, et abandonner l'humanité à ses errances ? La nature humaine était-elle seulement curable ? Wallace en doutait, mais il avait là une occasion unique d'empêcher l'un des plus grands massacres jamais commis par le genre humain contre lui-même et même lorsqu'on est un homme de raison, ce genre de pouvoir a le chic de vous donner le vertige au point de remettre en question ce en quoi vous avez cru profondément toute votre vie.

Il avait fallut trois ans à Wallace pour réunir ce dont il avait besoin pour mener son opération à bien. Une équipe de trois cents mercenaires rompus à l'art de la guerre, des armes automatiques en grande quantité et autant de munitions qu'il en fallait pour repousser une invasion. Tout cela avait un coût, mais Wallace était riche, très riche, immensément riche.

Il serait injuste de dire de Wallace Finch qu'il était anti-américain. Néanmoins, alors qu'il se trouvait à l'entrée du portail temporel, prêt à bondir au milieu de celui-ci, il se fit la réflexion que l'humanité n'aurait pas beaucoup de difficultés à se passer de la musique country, du cheese-burger, de l'obésité et de l'impérialisme. Ce n'était pas le genre de pensée qui avait l'habitude de lui traverser l'esprit, mais j'imagine que l'on peut s'autoriser certaines élucubrations lorsqu'on s'apprête à changer l'Histoire.

Wallace Finch n'était décidément pas anti-américain. Sa prise en main de la résistance amérindienne, en cette belle journée de juin 1490 aurait pu en témoigner. Finch, en bon stratège, avait réussi à fédérer 90% des tribus indiennes, leur expliquant que le danger viendrait de la mer, que l'homme blanc était vincible et qu'il faudrait le combattre plutôt que de se soumettre à lui. Ce fut un travail de longue haleine, mais tel un Vercingétorix peau-rouge, Wallace Finch arriva à ses fins. Et lorsque l'année 1492 pointa le bout de son nez, les indiens d'Amérique étaient unis et prêts à recevoir comme il se devait Christophe Colomb et sa clique d'aventuriers.

Wallace Finch n'était pas anti-américain pour un sou. D'ailleurs, les navires que lui et ses hommes venaient de couler avec l'aide d'un millier de braves et des armes de pointes du vingt-et-unième siècle n'étaient pas à proprement parler américains. Ils étaient espagnols. Alors que la Santa Maria, la Niña et la Pinta sombraient, engloutissant équipages et capitaine, Wallace Finch souriait. Il venait d'éviter un génocide qui aurait fait plus de treize millions de victimes et la noyade d'une poignée d'espingouins ne pesait pas lourd dans la balance de sa culpabilité.

Wallace Finch n'était pas particulièrement pro-américain, c'est un fait. Mais lorsqu'il eu regagné son époque et qu'il découvrit un monde entièrement asservi par des hordes de peau-rouges surarmés qui avaient débarqué sur le vieux continent afin de l'asservir quelque cinq siècles auparavant, il se surpris à regretter la musique country, les cheese-burgers et même l'obésité.
Quant à l'impérialisme, il lui parut soudain immortel.

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