10 ans plus tard, le jour se lève encore

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Le jour se lève, je me réveille à peine. J'entends les cris de la marmaille de l'école d'à côté. Je rêvasse un peu, mais la voix rocailleuse de ma cafetière s'élève : "Votre infirmière arrive dans 30 minutes pour votre injection du vaccin contre le COVID-19". Depuis que je suis devenue rédactrice web, j’aime prendre mon temps le matin, c’est l’avantage d’être son propre patron. Mais, cette annonce me replonge soudainement dix ans en arrière. Une sensation bizarre m’étreint, comme à chaque fois que je repense à cette période surréaliste. La préhistoire vu d'ici...

Confinée avec mon compagnon et mon fils de deux ans, j’avais pris une décision radicale. C’était le moment ou jamais : j’allais devenir rédactrice web. Ainsi, je serais en première ligne pour décrire le monde d’après. Celui qui pourrait s'inscrire dans la durée et qui permettrait aux générations futures de voir encore le jour se lever. Ce monde suscitait les espoirs les plus fous : un monde où les soignants seraient plus nombreux et mieux payés que des PDG ; un monde où les énergies fossiles n’existeraient plus ; un monde où l'ochlocratie serait la norme ; et enfin, un monde de tolérance où un syncrétisme deviendrait la religion universelle...

Mon quotidien changea alors radicalement. Comme beaucoup de monde, j’aurais dû reprendre le chemin du travail, avec des horaires toujours plus harassants. Fini, les kilomètres et les bouchons du matin ; fini, les pressions du patron ; bonjour liberté chérie. Bon, ne rêvons pas trop non plus. Il faut tout de même gagner sa croûte. Trouver des clients et puis écrire, lire et encore écrire. De formation scientifique, j’ai commencé par surfer sur la vague du coronavirus. Puis le vaccin est arrivé et le sujet s’est épuisé. Il a fallu se renouveler. Alors, j’ai observé : mon fils d’abord, ma fille ensuite. Ça voulait dire quoi "grandir dans ce monde d’après" ?

Aujourd'hui, les parents sont moins pressés. Ils produisent eux-mêmes leur nourriture. Les cuisines sont devenues des laboratoires. Les cafetières "made in France" connaissent les emplois du temps et lisent les e-mails, avant d’accessoirement, couler un café... Enfin ce que l’on appelle maintenant un café : une boisson fabriquée à base de chicorée fermentée. Elle est très prisée depuis que le trafic aérien a été considérablement réduit. L’expression "import-export" est maintenant bannie, en mode "chut, pas devant les enfants"...

"Biiiip" la cafetière me rappelle que j’ai un rendez-vous holographique important avec l’un de mes plus gros clients, basé à 300 km de là. Je dois écrire un article sur la nouvelle centrale collaborative à énergie bactérienne. Mes enfants adorent ce projet. En effet, l'idée est aussi géniale qu'elle parait "bête". C'est à se demander pourquoi personne n'a eu l'idée avant. L'hégémonie du sacro-saint pétrole et les intérêts économiques associés n'y sont probablement pas étranger. La centrale doit fournir en électricité la moitié de la France, en utilisant l'énergie produite par des bactéries spécifiques, capables de dégrader la plupart de nos déchets ménagers. Ces derniers sont donc maintenant acheminés vers cette centrale, puis placés dans d'énormes silos. Quelques microgrammes de bactéries y sont placés également. Economique, efficace, et surtout extrêmement écologique.

Mais, trêve de digression. D’abord le vaccin. Si le virus a préservé la planète, la vaccination nous a rendu la liberté, et je mène aujourd’hui la vie dont j’ai toujours rêvé. J’écris sur moult sujets variés, ce qui satisfait ma curiosité naturelle. D’ailleurs, je dois me dépêcher. J’ai des recherches à faire pour un article sur l’émergence de nouveaux symptômes étranges au Brésil. Quand j'y pense, cette investigation me donne un vague sentiment de déjà-vu.
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