DU VIDE DE LA NUIT DE L'OBSCUR NAÎT L’ÉCLAT ILLUMINESCENT  [+]

Au retour du redoux, un pré vert émeraude...
Vera broute, insouciante, elle est adolescente.
Elle ne semble, a priori, pas bien finaude.
On dirait même, sans préjugé, qu’elle est absente.

Certains disent que c’est ça, le regard bovin.
Aucune expression dans les yeux, pas une lueur.
Quand elle lève la tête, le regard au loin,
Difficile d’affirmer qu’en son intérieur,
Il pourrait subsister un soupçon de pensée.
Elles sont trompeuses, les apparences, on le sait.

Vera broute, urine et défèque, sept jours sur sept.
C’est là sa routine, son quotidien perceptible.
Mais depuis quelque temps, une voix dans sa tête
L’invite à considérer l’ailleurs, l’invisible.

Au début, Vera n’y prêtait guère attention.
Elle a même pensé qu’elle était ventriloque,
N’a rien dit à personne, de peur qu’on ne se moque.
À présent, elle écoute –c’est comme une chanson–
Cette jolie voix douce, qui ne veut que son bien,
Tout en dodelinant au rythme du refrain :

« Va, vis, deviens, petite vache,
Va vivre la vie dont tu rêves...
Visite et découvre et voyage,
Quitte-le, ton joli pré vert ! »

Un temps, Vera considère son pâturage.
Que vais-je donc faire si je ne déménage ?
Des veaux, des petits veaux, toujours des petits veaux !
M’empiffrer à me rendre grasse ? Au top niveau !

Vache à lait, vache à viande, mon avenir tout tracé ?
Et moi, ô la belle imbécile, qui m’exécute.
Il était temps que je me réveille, triple zut !
Je vais trouver la sortie, en voilà assez !

Au cours des jours suivants, Vera, mine de rien,
Scrute, arpente et inspecte du pré les recoins.
Clôture et fil barbelé, posés avec soin.
Me voilà prise au piège ! Comment sortir ? Nom d’un chien !

Paniquée, à l’abri des regards, elle pleure.
Sa peine et son angoisse, deux jours durant, demeurent.
Jusqu’à ce que la rassurante voix revienne
Lui redonner espoir, et du sang dans les veines :

« Reprends courage, petite vache,
Observe la vieille fermière
Qui ouvre et ferme la barrière.
Tu peux, sans qu’elle ne le sache,
Te faufiler, pas d’imprudence,
Ne laisse pas passer ta chance ! »

Le jour suivant, Vera fait le guet, ventre à terre.
La vieille femme approche et pousse la barrière
Qui résiste, elle aussi se fait vieille... Coup du sort !
La fermière, au cœur fatigué, dans cet effort,
D’un seul coup, s’effondre au sol et git là, inerte,
Le bras droit tendu vers la barrière entrouverte.

Elle semble indiquer à Vera la sortie.
La petite voix ne m’avait donc pas menti...
Hop ! La vache enjambe et remercie la fermière.
Tout sourire, Vera le quitte, son joli pré vert.
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