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Vénus et Barbe Bleue

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Vesily Esaguva

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Vénus et Barbe Bleue

Je ne suis pas née de la dernière pluie
Je suis née de l’union de la terre et du ciel
Dans le regard courroucé de mon père
Dans le sein boueux de ma mère
J’ai mis les pieds dans le plat,
Conque nacrée où l’écume me fit femme
J’oscille dans le vent floral soufflant
Sur le voile rouge, de l’Heure printanière,
Où le sang viril s’écoula goutte à goutte.
D’un seul sabot, je ne me chausserai pas
Puissent mes cheveux en cascade, cacher ma vertu.
La beauté et l’amour peuvent se rhabiller,
Puisque ma langue n’est pas de bois !
Elle ne brûlera pas sous la flamme
De tes paroles incendiaires.
Je sors de ma coquille, pour me jeter à l’eau,
Plonger, candide, la tête la première
Inconsciente du mal aquatique.
Au loin, un Voilier glisse sur l’horizon,
Chargé de femmes assassinées,
Bouées chevelues suspendues
A la poupe
Barbe Bleue n’a pas le pied marin,
Barbe Bleue n’est qu’un ours mal léché.
La vaisselle d'or et d'argent entassée dans la cale
Ne brille pas à l'ombre de l'orgueil
L'amour n'a de valeur que s'il éclate
Dans les yeux de celui
Qui n'arrache pas le cœur des femmes
Qui ouvre le sien aux lèvres de celles
Qui s'élèvent dans la beauté des mots.
Les corps se déchirent
Les mots se mentent
Il reste sur le ponton, les cendres
D'un terrible conte de fées,
Une clef sur le sol souillée du sang
De l'amour égorgé.
Au loin entre le ciel et la mer,
Une flèche perdue transperce la nuit,
Et le cri silencieux d'une colombe noire.



Sylvie Lou Sauvage
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