Variations au fil de l'eau

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Des plumes pour chatouiller, des plumes à tremper dans un ruisseau, des plumes pour danser au bal, des plumes pour s'envoler dans le ciel bleu... Lecteur, le vent se lève, suivras-tu notre chemin de  [+]

Le Lac de V...
Souvent je vois le ciel comme une immense bulle prête à éclater, et quand mon regard se perd au milieu des nuages, hypnotisé par la formation d'un orage, je n'ai pas le temps de me dire : "il pleut", qu'une fine goutte perle sur mon visage, plonge dans le col de ma chemise et trouve le chemin de mon cœur. Les eaux bouillonnantes du ciel n'ont cependant pas sur moi le pouvoir étrange du paisible lac de V... , aux reflets d'émeraude et d'argent, et qui scintille par temps clair autant qu'une rivière de diamants. Mille printemps ne sauraient suffire à rassasier mon œil vorace, car le confinement de cette onde produit des beautés toujours renouvelées.

Croque à l'eau
Animé par Sobek l'ancien, je navigue avec faim, dans les eaux claires du Nil, tout proche d'une petite île.
Je croise alors un impressionnant rafiot, animé de rires de joies et de badauds, à son bord se trouve une splendide rousse, courtisée de près par un mousse.
Il ne m'en faut pas plus pour l'attraper, et d'un claquement de mâchoire le faire tomber, la belle en est crédule, juste le temps de faire remonter quelques bulles.
C'en est fini en un instant, il ne verra jamais plus le printemps, j'écarte les papyrus tranquillement, je m'en retourne à mon confinement.

Fils de l’Oise
C’est un jour de Mai mourant, un jour sans grand jamais. Ce sont des idées noires en confinement, abandonnées dans un grand sac, enterrées sous un pont de bois, pour partir déjà. Et le courant brasse les branches cassées, qui s’en vont à la mer, bien au-delà de l’horizon qui tranche.
Au fil de l’eau, au fil de l’Oise, au fil des rivages lentement...
Le printemps bavarde encore, vertement, il étouffe les pas d’un fugueur solitaire. Le gaillard filoche et chante, parmi les fleurs de lin, qui chuchotent un éphémère bleu. Le soleil complice mâchouille des brins d’herbes, et les graminées sifflent au vent, des draps fripés sèchent au ciel. Midi tape dur, mais à la faveur de quelques canards baladeurs, l’onde étend fraîchement l’instant calme entre les aulnes, et le cagnard s’envole plus loin.
Au fil de l’eau, au fil de l’Oise, au fil de son visage où s’égaye le temps...
Il joue à en perdre la boussole, le grand enfant. De sa pipe, des bulles de fumées s’élèvent, et colorent les remous irisés. Faute de fil rouge, le marcheur s’improvise jouteur équilibriste, entre roseaux et prés inondés. Des broderies vertes s’accrochent à son veston. En sous-bois le voilà gentilhomme des tapisseries, à mille endroits à la fois, sans cesse recousu à l’envers des sentiers détournés. Il a mille masques ce vieux gamin, aucun ne lui colle très longtemps à la peau.
Au fil de l’eau, au fil de l’Oise, au fil du voyage. Le terme est là, maintenant.
Sabots déchaussés, il trempe ses pieds dans le grand ruisseau. Des turquoises tirées des flots, des bobos en trop, des mots en méli-mélo... Compiègne s’esquisse là-bas, en contours fantaisistes. De son paquetage, le musicien des chemins en tire un luth. Il ajuste les cordes, fait tinter la chanterelle. Et il retrace les ficelles de son aventure, s’en tricote des chansons, pour plus tard quand le froid viendra. Auprès de la berge, l’été naissant frissonne, et le trouvère chante un air sans fin.
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Plumes Souveraines  Commentaire de l'auteur · il y a
Contraintes : écrire un poème en prose sur le thème "Au fil de l'eau", comportant les mots "printemps", "confinement", et "bulles".

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