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Une saga des feuilles d'Automne

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Duje

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Parcelles fauves et frêles
Qui s'étiolent en lambeaux,
Elles s'attardent telles des ailes
Ayant perdu leur oiseau .
D'autres se ratatinent en guenilles
Et tombent au plus court en vrilles.
L'automne, ses vents, ses pluies
Assurent leur permanent hallali .

Hier, encore, là-haut, ivres de grand air,
Dédaigneuses, défiant le si bas parterre,
Sur leur branches serrées en abondance.
A l'automne jaloux entiché de vengeance,
C'est si loin, jamais, elles n'y pensent.
Alors ,elles sont insouciantes, cigales,
Sans la hantise de jours prochains fatals.
Elles sont les touches émeraude
Du piano de la saison chaude
Que les quenottes du zéphyr
Caressent et font frémir.

De se considérer ainsi, sont-elles prétentieuses ?
Cela infirmé, un certain soir de juillet,
Par une vagabonde mouette rieuse.
Mélomane, elle s'était attardée à déclarer :
-"La symphonie de votre feuillage
A le même doux ramage
Que celui des vagues molles
En fin de chevauchée
Quand, au fond des criques, elles s'étiolent
Et meurent en fredonnant sur les galets.

Que de bons souvenirs, maintenant c'est la misère !
Une fraction d'entre elles jonche un chemin de pierres .
Grégaires, limbe contre limbe, elles se serrent,
Heureuses d'avoir évité la gadoue d'une ornière.
Sur les cailloux, plus au sec, au moins là
Elles ne pourriront pas en un fétide magma .
Ainsi , elles attendent sereines
Leur inévitable fin prochaine .
Infirmes sur leur grabat,
Impossible que hors de là
Elles se sauvent, se hissent.

Éole épris d'une brève obligeance
Leur offre une cure de jouvence,
Un destin à la....Ulysse !
Un tourbillon de bon aloi
A leur précis endroit.
Aspirées, elles s'élèvent en un essaim
Et repoussent ainsi leur fin.

Le vent, leur habituel tortionnaire ,
Aujourd'hui, aimable auxiliaire,
Les largue au-dessus de la rivière.
Leur limbe d'abord parachute puis radeau
Emporté au fil rapide de l'eau.

Toute une flottille
Que l'aventure émoustille.
Pédoncule dressé en mât,
Une conquérante armada.
Tout est pour le mieux
Irradié par un rayon radieux .
Elles sont euphoriques.
Elles rêvent d'Atlantique.
Pas si loin d'ailleurs la mer,
Les mouettes visitent leur terre .
Le courant les emporte,
Sans effort, cela les réconforte.

Leur survie, grâce à cette aquatique aventure,
Prend fin quand la rivière parvient à son embouchure.
Esquifs minuscules, voire ridicules,
Elles ont l'impression d'être la risée
D'un inamical mascaret
Qui les contrarie et les bouscule.

La symphonie quasi- idyllique
Décrite par le démagogue oiseau:
" Le ramage de leur feuillage identique
Au bruit des vagues au fond des criques"
De tout cela , aucun écho
Et pour cause, la mer, cette désirée mer,
Cette belle inconnue qu'elles voulaient voir,
Quel cruel déboire !
Elle bave de colère.

Ses vagues dites parfois musiciennes
Hurlent, aujourd'hui, comme des hyènes.
Furieuses comme des taureaux,
Aux écumants naseaux,
Elles explosent en grands coups de griffes
Sur le granit des stoïques récifs.
Ici, Messire Éole,
Dressé sur ses ergots, en ses mauvais rôles.
Auparavant, dans le chemin, bien affable,
Maintenant, maître de céans, belliqueux,
Il martyrise la Grande Bleue
De ses tempétueuses brimades .

Les feuilles déçues, amères,
Espéraient une paisible mer,
Celle de Charles Trenet,
Celle aux golfes clairs
Celle qu'on voit danser,
Celle aux reflets d'argent .
C'est trop évident,
Ici elle est bafouée !

La mer, leur terre promise,
Dommage elle était en crise.
Elles en conserveront un brutal souvenir
Mais d'en avoir rien vu serait bien pire!

Ainsi la mer de Raymond Devos,
De lui, à jamais, bien elle se gausse.
Ce jour-là, elle était féroce et fort grosse
Pourtant, il ne l'a pas vue, elle était démontée !
Elle avait joué à merveille du vocabulaire futé
Du comique. Un exemple, souvenons-nous
Du bout de pain qui avait donc trois bouts !

Pour les feuilles d'automne,
Ici, le vacarme de la mer,
C'est leur glas qui sonne.
Les vagues meurtrières,
Leur écume en linceul, emportent
Leurs cadavres de feuilles mortes.
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Ginette Vijaya · il y a
Quel beau chant et combien sont continus ces sanglots des violons de l’automne !
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Duje · il y a
La poésie, c'est comme une chanson, il faut l'écouter pour l'apprécier . Suis-je prétentieux ? Merci de votre lecture . A bientôt . Je n'aime guère la poésie conceptuelle , mode actuelle .
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Lange Rostre · il y a
Ces sacrées feuilles méritent bien qu'un poète écrive leur histoire sur une feuille blanche....
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Duje · il y a
Oui , un poète amateur sans plus .
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Lange Rostre · il y a
Dans amateur il y a ''aimer''...et aimer c'est ce qu'il y a de plus beau !....:-)
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De margotin · il y a
Belle chanson d'automne.

Bonjour à vous!
Je vous invite à découvrir Nilie au concours du Prince oublié. Merci beaucoup

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Duje · il y a
J'irai lire OK
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Flore · il y a
Raymons Devos et sa mer démontée était excellent, il jonglait avec les mots et nous entraînant dans ses jeux de mots....Les feuilles d'automne nous ramènent à l'enfance, la rentrée, ces bruits de feuilles froissées comme celles des cahiers déchirées et envoyées à la corbeille à papiers...Mais, si la mer s'en mêle, elles nous quittent mais ne meurent pas, elles restent des souvenirs de saison passée. Merci jean pour ce beau poème où chacun trouvera à méditer....
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Duje · il y a
Oui Raymond Devos savait nous faire rire d'un rien et toujours sans grossièreté .J'imagine souvent que les feuilles fixées à demeure sur leur arbre ont envie (une fois l'automne venue et leur liberté du 3° âge acquise) de voir la mer . Merci de ton ressenti et long commentaire .
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Virgo34 · il y a
Une belle personnification de la nature. Les objets ont peut-être une âme et des sentiments, à l'image de ces feuilles mortes ?
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Duje · il y a
Oui, j'aime me "perdre" dans l'animisme . Bon dimanche
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Atoutva · il y a
les feuilles ne meurent jamais sous la plume du poète.
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Duje · il y a
C'est bien vrai , j'ai tant écrit sur ces feuilles .
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Dolotarasse · il y a
Belle inspiration que ces feuilles d'automne !
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Duje · il y a
on les néglige tant ,elles méritent un peu de compassion éphémère . Merci de votre aimable commentaire .
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Isabelle Lambin · il y a
Même mortes, elles n'ont pas fini de vivre de nombreuses aventures avant de venir nourrir la terre pour que d'autres arbres puissent à nouveau voir leurs feuilles s'épanouir
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Duje · il y a
Oui la poésie saugrenue peut se terminer en réalités pratiques et écologiques .
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Nilo . · il y a
Quelle aventure pour ses feuilles ainsi livrées. Au lieu de finir en couverture, les voici malmenées par les flots déchaînés. Au fond des eaux elles reposent, à présent...
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Duje · il y a
Peu importe le linceul lorsque l'on n'est plus .
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Philippe Barbier · il y a
belle plume !
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Duje · il y a
merci !
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