Saturation

il y a
2 min
74
lectures
14

Comédien en formation. Aux longues heures sur les bancs de l'université, j'ai choisi la vie et les mots qui vibrent. Anciennement en master de littérature comparée et encore avant ça en licence ... [+]

Que faire quand tu vois tout ce qui se passe dans le monde ? Quand ta vie se limite à tempérer les aléas de tes humeurs ? Que tu fais des choses qui n’ont pas de sens ? 
Que faire quand toi aussi tu en marre de jouer à ce jeu du “faire comme si”, à t’efforcer à sourire en faisant style de rien, alors que tout semble absurde ? 
Parfois, moi aussi j’en ai marre de ce Grand Jeu, de cette comédie où chacun s’efforce à endosser un rôle pour perpétuer la farce. Ça m’a amusé, mais les rires précèdent aux pleurs. 
Tout a déjà été dit un millier de fois et de mille façons différentes. Alors pourquoi la leçon tarde tant à sédimenter dans nos esprits ? 
Parfois, moi aussi je me sens écrasé par une obscurité trop grande pour moi. Et malgré mes efforts pour en sortir, tout ce que je fais m’y ramène inévitablement. Sitôt la tête sortie de l’eau, quelque chose me la replonge. Je suis si jeune, mais parfois je me sens si vieux, déjà si usé par la vie. 
Qui sait où on va ? Ce qu’on va devenir ? Ce que ce monde va devenir ? 
Il suffit de regarder avec attention autour de soi pour sentir que quelque chose à arrêter de tourner rond depuis un moment. Ce n’est plus une question de ressenti ou d’intuition, mais d’atmosphère. L’air ambiant est chargé d’une saturation pestilente. L’air du monde est si lourd de crasse... et quand elle va retomber, ce sera une pluie acide, une douche décapante chargée de plusieurs années de la négligence mue par nos bas instincts.
“Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé...” 
Mais parfois, moi aussi je n’ai plus de force. Que faire alors ?
Que faire quand la question se pose de savoir qui de toi ou du monde est fou ? On flirte tous à un moment où à un autre sur la fine ligne entre les deux. On finit par arriver à ces questions qui ne trouvent pas de réponse. La vie ? L’univers ? Le réel ? Soi ? Les autres ? Le destin ? Nos pensées moisissent et suppurent dans notre esprit qui tombe dans le marasme. Notre existence devient un marécage, une tourbière toujours plus profonde, dans lequel notre être coule et s’asphyxie. Les ténèbres nous écrasent. La clarté n’est qu’une rumeur qui perd de sa superbe dans les reflets de surface d’une eau putride. Tendre le bras ne suffit plus pour serrer tout contre soi la pureté originelle... 
Tout espoir semble perdu. Il y a cependant des sursauts, des tressaillements de l’être, un réveil fugace qui nous sort un temps de la léthargie. Dans le silence des profondeurs, une voix oubliée s’élève. Elle vient de notre centre, de là où se trouve la faille, la béance primordiale. Elle chuchote, on l’écoute. Ses mots somme à l’esprit de se calmer, à garder confiance, à remonter à la surface. Bientôt la voix s’élève et transperce l’être d’un cri qui fouaille les chairs jusqu’à l’échauffement. Dans l’immobilité, quelque chose a cessé de stagner. On ouvre les yeux, comme une seconde naissance pour contempler le monde comme il est. L’eau bout, les miasmes du marais brûlent, la vase putride devient poussière. Le feu sort du bout de nos doigts pour carboniser notre prison de pensée. L’équilibre se rétablit dans la révélation de ce que nous savions déjà sans pouvoir l’exprimer. Tout prend sens.
 L’on découvre que l’essentiel n’est pas là où on suppose qu’il est.
14

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,