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Il écrase sa clope dans le cendrier ébréché
Tellement saturé que la cendre ne peut s'empêcher
De déborder sur la table usée
Qu'on dirait sortie d'un musée.
Dans l'évier, la vaisselle sale s'entasse
Et le placard se morfond, sans tasses.
Le frigo est sale et sent le poisson moisi,
Pique le nez comme un buisson d'ambroisie
A la tombée du soir ou levé du jour,
Il ne sait plus, à midi peut-être,
Ça fait déjà quelques mois que le séjour
N'ouvre plus ses rideaux ni ses fenêtres.

Depuis que mamie est partie, en fait,
Je crois que papy n'a plus toute sa tête.

Il tourne et retourne en rond dans son salon
En se demandant pourquoi les jours sont si longs,
Si Dieu existe et si oui « c'est un salaud
D'avoir emporté mamie », le laissant seul au
Silence criard de cet appart' HLM
Oublié quelque part à l'est d'Angoulême.

Au début, il allait tous les matins au cimetière
Afin de voir Mamie, enfin, plutôt son nom sur une pierre.
Mais à quoi bon, de toute façon il n'en a plus la force.
En plus, la dernière fois dans le bus,
En descendant au terminus,
Il s'est fait une entorse
Et une vilaine bosse
Qui ont du mal à guérir.

Je crois bien que papy, il attend juste de mourir,
De rejoindre mamie, comme il préfère le dire,
Et puis ses amis que le temps a fait refroidir.

Ce qui blesse papy, c'est aussi qu'il n'a plus de famille
Qui habite une ville à côté de son domicile.
«C'est pour le travail » lui répète sans cesse sa fille,
« On a pas le choix, il faut que l'on soit mobiles. »
Mais papy se demande si c'est un mobile sérieux
Pour partir s'installer loin de chez lui.
Déménager à tout va, ça lui semble curieux,
« C'est peut-être juste que les enfants qui s'enfuient. »

Papy se demande et puis il oublie,
Un peu sénile, peut-être un peu d'alzheimer,
Comme ce jour d'avril où il a trouvé sous le lit
Un petit mot écrit
De la main de mamie.
Une phrase qu'il lit :
« Arrose-le, sinon ton bonsaï meurt. »
« Mais je n'en ai pas » se dit papy
Avant de remarquer, posé sur le tapis,
Un pot de terre qui tire sur le gris
Et duquel émerge un arbre rabougri.
Ça lui fait penser au passé, à sa vie
Si douce aux bons conseils de Mamie.

Une larme monte et coule sur sa joue pâlie.
Il lâche le papier qui retombe sous le lit
Et le bonsaï reste, aux heures d'anémie,
Sur le tapis, là ou un jour il l'a mis.

Depuis qu'il n'y a plus mamie,
C'est fou comme papy se sent seul.

Et quand il pose sa tête sur l'oreiller,
Sous son drap froid au parfum de linceul,
Il espère ne plus jamais se réveiller.
Mais quand le sommeil le fuit
Au beau milieu de la nuit,
Papy ouvre les yeux et les ténèbres qu'il voit
Se refermer tout autour de lui
L'écrasent comme une proie
Dans les mâchoires de l'ennui.
Alors, il sent son cœur s'emballer,
La peur viscérale de se faire avaler
Par la mort qu'il appelle pourtant de ses vœux.

Papy, je crois, ne sait plus bien ce qu'il veut.

Et comme il n'a personne à qui parler
Il va se caler devant son poste de télé
Pour se laisser aller
Dans une sorte d'apathie
Qui l'aide à s'isoler,
De l'étreinte du chagrin,
Du moins, en partie.

Et le désert de papy s'étend grain par grain...

De toute façon, ce n'est pas sa retraite
Qui lui offrira des oasis concrètes.
Il a déjà du mal à se payer ses cigarettes.
Pourtant, il a toujours ces envies secrètes :
Une maison aux bonnes proportions
Pour accueillir les trois générations.
De quoi se faire un petit voyage
Avec un club du troisième âge.
Des idées folles qui lui traversent l'esprit
Et puis s'écrasent contre le mur des prix.

En plus, papy, il a du mal à comprendre l'euro,
La place de la virgule et le poids des zéros.

Le mégot mal écrasé émet
Une dernière volute de fumée
Qui danse sur l'air de clarinette
Entamé par la sonnette.
C'est sa fille et son gendre qui sont venus,
Pour l'emmener, elle l'avait prévenu.

Assis dans la voiture, il voit par la fenêtre
L'entrée aseptisée d'une maison de retraite.
Le feu passe au vert et la voiture redémarre,
Tandis que Papy détourne le regard.
« On a préparé ta chambre » lui dit sa fille
En posant une main sur son genou.

« Ça va te faire du bien la vie de famille,
De venir t'installer avec nous. »

Alors, à ces mots, à l'émotion de ce geste
Papy sourit à pleines dents,
Ou du moins, ce qu'il en reste,
Comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps.

PRIX

Image de Printemps 2018
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Jean Calbrix · il y a
Une belle lecture qu'on ne lâche ! Bravo, Cod Kinay, d'avoir décortiquée si poétiquement la vie d'un papy plongé dans sa solitude. La chute est excellente mais n'est pas le lot de toutes les vieilles gens ! Vous avez mes cinq votes.
Je vous invite à lire mon sonnet Mumba en compète printemps sur l'histoire tragique d'un migrant http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba

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Zouzou · il y a
+ ,5 pour ce papy enfin bien entouré !
Je vous convie sur ma page finale St Valentin et mes haïkus printemps sii vous les aimez

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Kero-Zenh · il y a
Je suis désolé de casser un peu l'ambiance... Je ressemble à ce papy, pas tout à fait encore, mais le temps passe si vite. Il y a peu une de mes filles me dit : "Si tu te retrouves seul, tu viendras vivre à la maison." J'ai été ému de cette promesse, mais je lui ai répondu : "Ne fais surtout pas çà ! Tu ne t'imagines pas ce que c'est que de s'occuper d'un vieux, handicapé en plus. çà te bouffera ta vie, et je ne veux pas être la cause de ce mal-être. " Puis en réfléchissant : "un peu chez chacun çà peut-être sympa, pas assez long pour que je devienne insupportable, et assez court pour être heureux près de ceux qu'on aime... Attention quand même.
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Miraje · il y a
Une belle émotion, entre solitude et retour en société ...
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Joëlle Brethes · il y a
Un texte émouvant. J'aime beaucoup.
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Marine Azur · il y a
Un texte poignant et très bien mené ! l'émotion passe par cette description simple et bien ressentie ! Bravo! Mes V + et bonne soirée à vous
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Kenavo · il y a
Le qui passe... MES 5 voix ! Vous pouvez aussi aller voir ma poésie ''Aphrodite 2018'' pour le prix Saint-Valentin...
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Noellia Lawren · il y a
Quelle belle émotion à la lecture , je me suis laissée entrainer par les images, mon vote +5
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/un-dernier-baiser-1

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Cod Kinay · il y a
Merci beaucoup Noellia pour le commentaire et les votes. :)
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Françoise Grand'Homme · il y a
Un long et beau poème où l'on voit des rêves s'enfuir derrière les zéros et les virgules qui s'emballent, et aussi la mémoire qui déraille.
Mais finalement rien ne vaut la famille pour se payer du bonheur gratis, des jours simples du quotidien heureux.

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Cod Kinay · il y a
Exactement. ;) Merci Gouelan.
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Cod Kinay · il y a
Vu qu'il y a de nombreux commentaires et que parfois le temps me manque, je vous remercie dans celui là pour vos messages (un petit merci sera quand même posté pour chacun ;) ). Ca me touche beaucoup que vous appréciez ce texte que j'ai tiré droit de mon âme, à mi-chemin entre le coeur et les tripes. ;)
Pour les textes partagés, je vais aller les lire de suite. :)
Amitiés à toutes et tous
Et si vous voulez voir d'autres de mes poésie, n'hésitez pas à venir faire un tour sur mon site : http://desmotsdecitoyen.fr

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