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Mon dialogue nocturne avec LAMARTINE

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«  L’ISOLEMENT.
Lamartine

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Claire
J’y viens souvent aussi, quand la nuit améthyste
Affadit les contours du grand bois frémissant
Je vous ai vu parfois, sur la pierre de schiste
Assis et écrivant dans le jour vieillissant.
J’aurais tant espéré que vous leviez la tête
Pour m’apercevoir marchant jusqu’au bord de l’eau
Où le soleil couchant se noie en rougissant
Dans les flots emportant comme léger fardeau
Des branchages morts dans le flot assourdissant

Lamartine
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Claire
C’est dans ce coin perdu que je guette la lune
Se levant en miroir dans l’étang endormi
Et que règne en ce lieu le silence nocturne
Sur le peuple des bois, des faucons aux fourmis.
Je déclame tout haut des vers de pacotille
Remplis d’émotions de très lointains chagrins
Mais jamais n’oserai quoique ça me titille
Voyager avec vous en simples périgrins.*

Lamartine
Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs ;
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Claire
J’ai souvent à ce son offert une prière
Celle de converser avec vous certains soirs
Où je doutais de moi et me sentais peu fière
De mes pauvres rimes tuant tous mes espoirs.
Je voulais réciter vos textes admirables
Et enfin témoigner que vous êtes pour moi
L’aède de l’amour aux vers si délectables

Lamartine
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une âme errante : »
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

Claire
Nous avons donc tous deux, une âme solitaire
Puisant dans nos nuits leurs doux mots éperdus
Et leur absence alors nous conduit à nous taire
Car grand est le chagrin de les avoir perdus.

Lamartine
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un être seul vous manque, et tout est dépeuplé !
Quand le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire ;
Je ne demande rien à l’immense univers.
Mais peut-être au delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !
Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire[...] »

Extrait de: Alphonse (de) Lamartine. « Méditations poétiques.

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Gisny · il y a
Non, ne soyez pas modeste comme vous le dit Duje. Votre talent de conteuse mérite que nous nous y attardions et c'est bien ce que je fais avec grand plaisir.
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Duje · il y a
Lamartine poète d'antan à l'écriture si limpide, je n'ose la comparer à la poésie moderne qui semble se complaire à être absconse, à ignorer la ponctuation pour paraître érudite . "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ! " . Quant à vous Claire, ne soyez pas modeste en parlant de vos vers et rimes ( vers de pacotille , pauvres rimes ) . A l'occasion , je vous invite sur mon site , mes textes sont plus courts et réellement plus modestes , quelques-uns sont néanmoins en compét .
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Huppefasciée · il y a
Quelle belle idée ce dialogue poétique ! Vous lire me procure un réel plaisir.
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Jarrié · il y a
Heureux d'être votre premier lecteur. Admiratif , c'est tout.
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