Manifeste I

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Le poète a vécu; la poésie est morte. Cent fois déjà je l’ai répété, crié parmi la foule, murmuré dans la solitude. Mais toujours j’entends des incantations vaines et poussives, qui irritent l’oreille. La poésie est morte. Ne geignez pas. Les gloires passées ne sont que des idioties au présent.

Mais toujours j’entends des mots qui sentent le ranci, le dictionnaire, et la chambre mal aérée; j’entends les vivants contrefaire des voix d’outre-tombe; j’entends des chants aux rythmes révolus; et toujours j’entends des incantations vaines et poussives, qui irritent l’oreille et le nez.

J’entends des rythmes périmés et ceux qui les prononcent parlent comme s’il avaient deux cents ans, bien qu’ils aient moins de souvenirs qu’un nourrisson. Je vois leurs yeux tournés sur des livres; leurs dos penchés sur l’histoire; leurs chaises près de la fenêtre - tandis qu’on s’agite dehors et que l’époque est pleine.

Le poète est premier; ce sont les mots qui le suivent. Il va là où les définitions manquent. Il observe l’espace entre les mots. Partout où le concept fait défaut, il établit sa demeure. Il y aura plus de beauté dans sa biographie que dans ses oeuvres. La poésie est morte; le poète vit.

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