Mâchouillis de chiffon

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Dans le doux d'un murmure  [+]

Image de Été 2020

Tu t’allonges ; pas faim, dis-tu
Le rideau vers dehors hoquète sur ses lanières de plastique
C’est comme une longue mer verticale, un lac
Comme un jus de tangerine qui tiendrait debout tout seul
En pluie avec des vaguelettes
Et tes mains, criques rosées, lacent l’orange du soir qui tombe, las

Tu as étalé ta serviette et un bout de torchon sur ton assiette
Comme dans le pays des tristesses
Je n’aurais pas fait comme toi.
Une fatigue prend tes jambes, tes bras
La méchante te mange te croque et toi, tu dis que
Ce n’est rien

Moi je vois bien que ce rien ment, te mord et te corrode
Ta voix en socquettes du dimanche fait sueur blanche
Elle heurte quelque chose
C’est dans ta bouche que ça se passe
Tes mots ont le grabuge discret, tu voudrais les avaler
Tu le voudrais
C’est liquide comme la liqueur de quetsche
Mais ta gorge fait clenche, empêche, mâche ma caresse
Ta voix peine, ravaude les virgules, cogne sur tes dents,
Ta voix harpon de chiffon

Et le rien offense notre fiacre tranquille
Fait plus que du chahut, éloigne, craquelle
Alors la cheminée froide berce le temps
En fait un mausolée vidé de toute imposture
Et toi tu t’es subordonné, ce n’est pas dans tes habitudes
Où es-tu dans tes rêves ?

Avant tu étais comme un arbre
Comme un arbre, tu avais de la forêt l’âme
Tu disais on ira à la pêche
Moi je te croyais
Mais ce rien c’est une absence
Un silence tumultueur rapace
Et la cheminée qui harpe le temps nous dépèce

Alors oui, je te crois
Bien sûr que je te crois quand tu dis que ce n’est rien
Tu n’as jamais menti
Ce n’est pas aujourd’hui
Que tu vas commencer
Et puis, tu ne saurais pas
Mentir, ça s’apprend
Mentir, ça prend du temps

Moi, j’ai menti
Quand j’ai dit
Je te crois

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Un petit mot pour l'auteur ? 89 commentaires

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Sylvie Neveu  Commentaire de l'auteur · il y a
S'il vous plait, pas de cirage de sandalettes.
Gardez vos mots pour écrire pour de vrai.
Pas la peine de chercher à faire reluire mon pelage à grands coups de si-le-cœur-vous-en-dit.
J'suis assez grande ( un mètre soixante douze) pour aller vous lire tranquillement au gré de mes instants.
Merci
sylvie

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lucile latour · il y a
voilà une grande affirmation audacieuse Sylvie.
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Vivipioupiou77 · il y a
un titre et un poeme tres original, j'ai adoré et je ne cire les sandales de personne, meme pas les miennes ahahah
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Sylvie,
l'avalanche des mots qui ne tombent jamais la où on les attends ...
et puis ces sonorités
"C’est liquide comme la liqueur de quetsche
Mais ta gorge fait clenche, empêche, mâche ma caresse"
Velours dans la bouche et miel dans l'oreille...
Si tu me prive du plaisir de cirer gratuitement tes pompes, que me reste t'il ?
Ah oui, je sais : Le plaisir de te relire 🙂

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Chris Bouchut · il y a
De l'écriture s'il en est. Quel texte!
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Atoutva · il y a
Des mots qui en disent plus qu'ils ne le voudraient. Un texte poétique touchant.
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Kara Bistrakoum · il y a
De la simplicité du mot n’ait l’évidence
Chapeau bas

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France Passy · il y a
Pas facile ce texte. J'y sens une grande pudeur. Il ne se livre pas au premier abord.
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Jo Kummer · il y a
Jo a aimé la liqueur de quetsche!
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Vrac · il y a
On reste au chevet de cette poésie éclatante comme un fruit mûr, et si humble de n'y rien pouvoir
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Sylvie Neveu · il y a
Que dire ?
Merci à n'en pas douter. Oui merci à vous de cet accompagnement

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Marc Cambon · il y a
Il nous tient et nous émeut. Bravo.
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Sylvie Neveu · il y a
Alors je suis touchée par votre ressenti, Marc. Merci

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