Ma Muse

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Bonjour à tous et à toutes. Je suis très heureux d'être ici parmi vous  [+]

Vêtue d'un grand voile blanc, le suffibulum,
Attaché sur la poitrine avec une agrafe.
À la voir, on croirait qu'elle peignait la girafe.
C'est assez qu'on ait recours au curriculum.

Prêtresse de Vesta, cette déesse du feu,
La fille de Saturne et de Rhée ou Cybèle,
La mère des dieux comme faisait une telle.
Dont le chagrin l'a fait mourir à petit feu.

Debout, elle préparait la mola salsa;
Ce gâteau dont a envie un certain Balsa.
Les scrupules ne l'étouffent pas tant que moi.

J'en veux au vague des passions qui me secouent.
Ma Muse ? J'en serai désormais en émoi,
À moins que je ne te mette, toi, dans le coup.
Texte :
Le jour du mariage, qui dans les premiers temps n'était jamais fixé sans qu'on eût pris les auspices, la mariée était revêtue d'une longue robe blanche bordée d'une frange de pourpre, ou ornée de rubans. Cette robe, qu'on appelait tunica recta, était retenue autour de la taille par une ceinture que l'époux devait délier le soir. Le voile nuptial, appelé flammeum, était d'une couleur jaune éclatante : la chaussure était de la même couleur. Les cheveux de l'épousée devaient être séparés avec la pointe d'une lance.
Vers le soir on conduisait la jeune épouse à la demeure du mari. Elle était arrachée, avec une violence feinte, des bras de sa mère ou de la personne qui représentait celle-ci. Dans ce trajet, elle était accompagnée par trois jeunes garçons patrimi et matrimi, c'est-à-dire dont les pères et mères vivaient encore. Tous trois étaient revêtus de la prétexte, et l'un d'eux portait devant la mariée une torche allumée, tandis que les deux autres marchaient à ses côtés en lui soutenant le bras. L'épouse elle-même portait un fuseau et une quenouille garnie de laine. Un autre jeune garçon, appelé camillus, portait dans un vase couvert les jouets d'enfant ( crepundia ) de la mariée. Le reste du cortège était formé par les amis des deux familles. Lorsqu'on était arrivé à la maison de l'époux, dont la porte était ornée de guirlandes de feuillage et de fleurs, la mariée était enlevée par les pronubi pour franchir le seuil, de crainte qu'elle ne le heurtât du pied, ce qui aurait été un présage funeste. Ceux qui remplissaient la fonction de pronubi étaient des hommes qui ne s'étaient mariés qu'une fois et dont les femmes vivaient encore. Mais, avant d'entrer dans sa nouvelle demeure, la mariée entourait de laine les montants de la porte, et les oignait avec du saindoux ou avec de la graisse de loup. L'époux recevait sa femme en lui présentant le feu et l'eau, que celle-ci devait toucher. La mariée saluait son époux par ces mots consacrés : Ubi ta Caïus, ego Caïa; puis elle s'asseyait sur une peau de mouton, et recevait des mains du mari les clés de la maison. Un festin  ( cœna nuptialis ), offert par le mari aux parents et aux amis qui avaient formé le cortège, terminait ordinairement la cérémonie.
Texte :
Presque trois jours, visiblement longs, s'écoulèrent. C'était le jeudi. George avait apporté à la maison où habitait Sarah les plats indispensables d'un repas traditionnel de Thanksgiving réussi :
La fameuse dinde qui était le plat traditionnel de Thanksgiving. Un incontournable qui s'imposait sur toutes les tables américaines. Traditionnellement farcie, cuite au four et servie assaisonnée de sauce aux cranberries ou de la sauce gravy. La dinde était l'emblème de Thanksgiving. Il était vraiment inconcevable de fêter Thanksgiving sans dinde.
Le cornbread ou pain de maïs américain faisait aussi partie du repas traditionnel et un incontournable de Thanksgiving.
Les épis de maïs grillés : un incontournable que l'on trouva aussi sur toutes les tables lors d'un repas traditionnel de Thanksgiving.
Pour finir le repas de Thanksgiving en beauté, la pumpkin pie ou tarte à la citrouille était le dessert indispensable typique des États-Unis ! Il y avait aussi d'autres plats.
Il était presque vingt heures et quart. Tout le monde était assis sur la moquette grise du salon, autour des plats. Sarah portait une robe courte, décolleté bateau pour cette fête de Thanksgiving. Mais la robe s'était déchirée aux hanches en s'asseyant, pour avoir celles-ci pleines !
C'était le moment de la prière. Tout le monde ferma les yeux, les jambes croisées. Sarah était assise à côté de sa fille. George en face d'elles. On faisait la prière tour à tour.
-  Merci Père Céleste, commença George, pour la nourriture que nous mangeons chaque jour et pour ce Thanksgiving. Je suis reconnaissant pour la nourriture que vous donnez, et les bénédictions que vous donnez, la délicieuse dinde juteuse, cuite au four et servie assaisonnée de sauce aux cranberries ou de la sauce gravy, et tous les plats à part. Merci pour les épis de maïs grillés, la pumpkin pie, haricots verts et salades à gogo, pommes de terre, sauce, sauce aux canneberges. Partout je regarde theres plus ! Vinaigrette, petits pains et ignames, tarte à la citrouille et aux pommes avec glace...Aide-nous à nous souvenir, Seigneur, que tout vienne de toi. Merci pour Thanksgiving et pour mes voisins, la famille et la nourriture. Amen.
Maintenant c'était le tour de Sarah.
- Cher Seigneur, je vous remercie pour les bénédictions dans ma vie. Je vous remercie pour ma famille, en particulier pour ma fille et ma mère.
Je te remercie pour cette maison, un toit chaud au-dessus de ma tête, et beaucoup de nourriture à manger. Je te remercie pour tout ce que tu me donnes. Merci pour mes bénédictions, mon Dieu. Amen.
Enfin le tour de Christine.
- Dieu, merci pour ce dîner, et notre famille et nos voisins si chers. Nous apprécions vraiment tout ce que vous faites pour nous pendant cette période de l'année. Merci pour la dinde, et la purée de pommes de terre aussi. Merci pour ta grâce...
À peine avait-elle fini la prière que George commença déjà à manger. Il mangeait goulûment, comme un ogre sous les yeux de Sarah et Christine, qui se contentèrent de le regarder manger, l'air étonné.
Au bout de quelques minutes, George s'écroula sur les plats. Sarah le secoua. Il était comme mort. Oh ! non.
Texte :
Tu peux maintenant voir les photos numérotées 4, 5, 6, 7, 8.
Sarah chercha dans les photos et en tira cinq.
- Voilà la photo numéro 4 ! dit-elle en montrant la photo à sa mère.
- C'est une photo montrant Lisa avec Julia Grant.
Christine subtilisa la photo à la main de sa mère.
- Elle était grosse.
- Qui ? s'enquit la grand-mère.
- Julia Grant.
Madame Leadeway eut un petit rire.
- Oui, elle était grosse et atteinte de strabisme. Les autres photos numérotées 5, 6, 7, 8 sont des photos montrant Lisa avec des membres éminents de "The Daughters of Rebekah", dont Abel Dougherty Helman, le premier pionnier d'Ashland. Il apparaît sur la photo numéro 7. Il est la quatrième personne en allant de droite à gauche.
Sarah regarda les photos et les passa à sa fille au fur et à mesure.
- Tu peux maintenant prendre la coupure de Journal le New York Evening Telegram dans lequel on trouve le poème qui fait l'éloge de
Julia Grant.
Sarah prit la coupure de journal et chercha le poème.
- Mais je ne le vois pas, dit-elle.
- C'est un poème écrit en français, en petits caractères, au bas de la page.
Sarah chercha encore le poème, mais finalement elle le trouva.
- Je ne comprends pas le français, dit-elle.
- Moi non plus, dit madame Leaderway. Je crois que Julia Grant a adoré le poème, non seulement parce qu'il fait son éloge, mais aussi parce qu'il a été écrit en français, la plus belle langue du monde.
- Si j'ai bonne mémoire, dit Sarah, je crois avoir entendu Lisa en rêve. Des paroles que je n'ai pas comprises.
- Oui, ça devait être elle car elle n'écrivait les poèmes qu'en français, dit madame Leaderway. Tu peux maintenant prendre un papier plié en trois.
Sarah chercha dans les photos et en tira un papier qu'elle déplia.
- C'est une lettre, dit-elle.
- Oui, dit madame Leaderway, ou plutôt une lettre d'amour. Tu peux la lire ?
Sarah lut la lettre.
- C'est une très jolie lettre d'amour, dit-elle.
- Oui, tout à fait, dit madame Leaderway. C'est une lettre d'amour écrite par Patrick Leaderway à Lisa Somahugs avant leur mariage.
- Ce qui m'attire le plus dans cette lettre, dit Sarah, c'est la phrase suivante :"Je suis une plante de serre, alors sois un ange de douceur sinon les fruits passent avec le temps". C'est très beau.
- Oui, tout à fait. Tu peux maintenant voir les photos numérotées 9, 10...jusqu'à 22. Ce sont des photos montrant la cérémonie du mariage de Lisa Somahugs avec Patrick Leaderway.
Sarah ramassa les photos. Elle les regarda désormais une par une en les passant à sa fille au fur et à mesure.
- Je ne sais pas pourquoi Lisa a opté pour ce genre de mariage, dit madame Leaderway. Peut-être voulait-elle un mariage hors du commun tant qu'elle était membre éminent de "The Daughters of Rebekah".
Sarah et Christine écarquillaient les yeux en regardant les photos.
- Il ne reste que deux photos, dit madame Leaderway.
Sarah prit la photo numéro 23.
- C'est qui ? demanda-t-elle en faisant voir la photo à sa mère.
- C'est Hans Christian Andersen, un merveilleux conteur danois, répondit madame Leaderway, né le 2 avril 1805 et mort le 4 août 1875. Il y a une écriture au verso de la photo. Tu peux la voir.
Sarah jeta un coup d'oeil à l'envers de la photo où était écrit :
- Mais je ne comprends pas ce qui est écrit, dit-elle.
- C'est le français, dit madame Leadeway. Lisa aimait raconter des contes de fées en français à ses deux enfants : Ashley et Gary. Il voulait peut-être que ces deux deniers apprenne la langue française. Tu peux voir la photo numéro 24 qui montre Lisa, Patrick et leurs deux enfants.
Sarah prit la photo que Christine subtilisa aussitôt à sa main.
- Mémé ? 
- Oui ? 
- Quel âge avaient-ils ?
- Qui ? 
- Ashley et Gary.
- Oh ! Ashley avait à peine six ans. Gary huit ans.
- Puis-je savoir qui t'a donné la grande enveloppe ? demanda Sarah.
- Ma belle-soeur qui à son tour l'a reçue de la main de sa grand-mère, c'est-à-dire Ashley, la fille de Lisa Somahugs.
On entendit frapper à la porte.
- Bonjour !
C'était la kiné qui arriva bien juste.
Sarah se leva et se mit à ramasser les photos, la coupure de journal et le papier en les mettant sans soin dans la grande enveloppe.
- Tu as l'ai fatiguée à force de parler, dit-elle en baisant sa mère sur la joue, la grande enveloppe à la main. Je te laisse maintenant. On te reverra samedi prochain, d'accord ? La kiné est là, elle va s'occuper de toi. 
- D'accord, dit madame Leaderway.
Christine baisa à son tour sa grand-mère sur la joue en lui disant d'une voix presque feutrée :
- Au revoir mémé.
- Au revoir.
Sarah et Christine quittèrent la chambre.
George se leva en leur disant :
- On va partir maintenant ? 
- Oui, répondit Sarah.
Tous trois marchaient dans un couloir étroit au milieu des personnes et des blouses blanches qui allaient et venaient.
Au bout de quelques minutes, les voilà dehors. La Fiat noire était là. Elle les attendait. Ils montèrent. Sarah prit la place avant, Christine la place arrière.
Tout le long du trajet, George ne parlait pas. Il était un peu timide. Pourtant, Sarah avait toujours envie de le pousser à parler d'une manière ou d'une autre. Des rayons du soleil doux passa par la vitre entrouverte, formant ainsi de petites raies sur le visage de George. Sarah le trouva plus beau ainsi et n'hésita point à le regarder sans réticence, tant elle prenait plaisir à cela. Christine semblait s'affaisser sur son siège. Peut-être était-elle si affamée qu'elle ne pouvait chantonner une chanson, faute d'énergie.
Au bout d'une bonne demi heure, les voilà arrivés. Sarah était la première à descendre. Christine était toujours collée à son siège.
Voilà la mère lui tendre la main en lui disant : "Viens ma petite princesse dorée". Elle la prit dans ses bras et referma la portière.
Elle remercia George qui démarra vers sa maison d'à côté en brandissant une main à travers la vitre ouverte de sa voiture.

Sarah et Christine entrèrent à la maison. Celle-ci ôta ses espadrilles, les remit en place et monta les marches de l'escalier vers la chambre; celle-là remit les clés de la maison en place, ôta à son tour ses espadrilles, les remit en place, ferma les rideaux et se dirigea vers la salle de bains. Au bout de quelques bonnes minutes, Sarah sortit de la salle de bains et monta les marches de l'escalier vers la cuisine de laquelle elle sortit après quelques minutes avec deux assiettes contenant chacune du pain recouvert du fromage et des tomates coupées en tranches très minces !
Elle entra dans la chambre. Christine était allongée sur son petit lit.
Sarah posa une assiette sur le petit lit de sa fille, près de ses pieds et alla s'asseoir sur son lit, les jambes croisées.
Christine se dresse sur son séant, prit l'assiette et alla rejoindre sa mère dans son lit.
Christine était désormais assise en face de sa mère, les jambes croisées. Puis, prenant une tranche de tomate :
- Maman ? 
- Oui ?
- Je vois qu'on mange toujours les mêmes repas. Puis-je savoir pourquoi ?
La mère ne savait quoi répondre. Elle était toute décontenancée, mais elle devait quand même trouver une réponse.
- C'est ce que j'ai acheté en faisant mes courses, il y a plus d'un mois. Il y aura de variétés d'aliments en hiver, je te le promets !
- Ah ! d'accord.
Toutes deux mangeaient. Une fois le déjeuner pris, Sarah ramassa les deux assiettes et quitta la chambre pour les poser dans la cuisine.
Christine sortit de la chambre et descendit les marches de l'escalier vers le salon où elle alluma la télé et s'assit sur le canapé.
Voilà sa mère venir la rejoindre en prenant place à côté d'elle sur le canapé.
Toutes deux regardaient la télé jusqu'à ce que la nuit tombe. En atteignant la télé, elles montèrent les marches de l'escalier vers la chambre où Sarah aida sa fille à faire son devoir. Puis elle lui lut une page de "Rapunzel's revenge" avant de ôter leurs vêtements et mettre leur chemise de nuit pour dormir.
Texte :
Plus d'une quinzaine de jours s'écoulèrent. Sarah, avec sa fille, avec rendu visite à sa mère ces deux derniers samedis. C'était le lundi. Il était sept heures et quart du matin quand Sarah s'éveilla en entendant la sonnerie de son téléphone portable. Une sonnerie douce et caressante. Elle sortit de son lit, s'étirant, bâillant. Elle alluma la lumière et alla se pencher vers sa fille en lui murmurant à l'oreille:
- Ma petite princesse dorée, réveille-toi ! C'est l'heure d'aller à l'école.
Christine ouvrit les yeux en s'étirant. Puis, faisant des grimaces en signe de mauvaise humeur :
- Mais maman, il est trop tôt pour me réveiller.
- Il est sept heures et un bon quart. Tu as l'école dans une heure, temps de te laver la figure et de te changer. Allez !
La mère la prit dans ses bras et sortit de la chambre. Puis, elle descendit les marches, la fille bâillant de sommeil. La mère entra dans la salle de bains. Puis, mettant la fille debout, elle entreprit de lui éclabousser le visage d'eau du lavabo, tout en lui inclinant la tête vers la cuvette. Au bout de quelques instants, la petite princesse dorée se sentait complètement éveillée. Elle sortit de la salle de bains, laissant sa mère dedans. Elle monta les marches de l'escalier vers la chambre où elle ôta sa chemise de nuit et mit un tee-shirt avec son jean. Puis, remettant ses affaires dans son cartable, elle sortit de la chambre. Elle redescendit au salon où elle mit ses espadrilles. Le cartable sur son dos, elle attendait la sortie de sa mère de la salle de bains. En effet, Sarah restait souvent dans le cabinet de toilette assez de minutes pour vider sa vessie, peut-être que cela indiquait qu'elle était atteinte du diabète ou bien qu'elle avait un problème au niveau de la vessie. Elle souffrait parfois d'un besoin d'aller à la selle, avec des douleurs accompagnant la diarrhée. S'agissait-il d'une de ces maladies inflammatoires du côlon ? Elle n'avait pas encore consulté un médecin.
Elle sortit de la salle de bains. Elle avait l'air un peu embarrassée ce matin. Sa fille, debout, voulait qu'on la peigne. La mère, un peigne à la main, se mit à peigner ses cheveux lisses.
- Maman ?
- Oui ?
- Tu as toujours l'air fatiguée, le visage pâle quand tu sors de la salle de bains.
- T'inquiète pas, c'est juste un léger malaise passager que je ressens parfois.
Christine fit un pas en avant en se dressant sur la pointe des pieds, la mère la peignant toujours.
- Regarde ! dit-elle en désignant du doigt son grand-père qui dormait.
- Ah ! ton grand-père qui ronfle ! dit Sarah.
Christine eut un sourire moqueur.
- Ma petite princesse dorée ?
- Oui ?
- La directrice d'école m'a convoquée.
- Pourquoi ? 
- Je ne sais pas. Elle m'a téléphoné vendredi dernier. Elle m'a demandé de venir ce matin, voilà tout.
- Te voilà prête à partir, dit la mère. Je vais me changer. Un moment ! J'arrive.
La mère remit le peigne à sa place dans la salle de bains et monta les marches de l'escalier vers la chambre où elle ôta sa chemise de nuit et mit un tee-shirt avec son jean habituel. Puis elle descendit au salon où elle mit ses espadrilles et prit les clés de la maison.
- On y va ! fit-elle à sa fille.
Elles sortirent de la maison en refermant la porte derrière elles.
Sarah ouvrit l'antivol et le referma autour de la tige de selle. Puis elle aida sa fille à s'asseoir à la place arrière. Elles partirent en vélo.
À Sarah, le trajet était plaisant où se mêlaient le plaisir et le gain, qu'il soit sanitaire ou l'argent de poche. C'est peut-être même mieux qu'un véhicule automobile. Pour elle, rien de tel que le cyclisme pour mener une vie saine et économe. Ainsi, elle profitait de ce va-et-vient quotidien ( excepté les jours fériés, les vacances de printemps et d'été ) pour mêler le plaisant à l'utile. C'était également pour elle l'occasion de se délecter le long de l'itinéraire d'une miette des beautés de cette ville d'Ashland.
Sur le chemin, il y avait cette pente à descendre, là où l'excitation était sans borne. Christine criait, les mains en l'air. Sarah aussi. Et puis, c'était bon pour enlever un peu plus de brumes de sommeil par l'air frais et si fort qui frappait le visage.
Les voilà arrivées, en avance de quelques minutes. On voyait des élèves et des kindergarteners, chacun en compagnie de sa mère ou de son père.
La porte de l'école était ouverte. Elles entrèrent à l'école. Sarah laissa son vélo dans le parking réservé aux bicyclettes.
Après quelques pas, voilà l'administration. ( Sarah avait baisé sa fille sur la joue; Christine avait fait de même et couru vers sa classe ).
Sarah entra dans l'administration en frappant à la porte.
- Bonjour !
Une petite dame à lunettes semblait assise à son bureau. Les cheveux étaient emmêlés; le visage, dont le teint tirait sur le gris, était miné par le temps. Pour être toute petite, seule la tête apparaissait par-dessus le bureau.
C'était la directrice d'école depuis des décennies. C'était la même quand Sarah était élève.
La petite dame avait une mémoire d'éléphant. Elle vit Sarah, elle eut vite quitté sa place.
Sarah se pencha pour serrer sa petite main dans la sienne.
- Bonjour ! dit-elle avec un sourire.
- Madame Latena, directrice d'ecole. Assieds-toi.
Oh ! elle me tutoie. En règle générale, on tutoie de nos jours les personnes auxquelles on est uni par des liens étroits de parenté, d'amitié ou de camaraderie, ainsi que les enfants ! Sarah prit place sur une chaise touchant le bureau auquel vint s'asseoir la petite dame en grimpant, s'aidant des mains et des pieds.
- Tu es ancienne élève dans cette école, commença la directrice. Je me souviens bien de toi.
Ah oui !
- Tu étais espiègle. Tu t'amusais un peu beaucoup à me contrarier dans de petites choses. Tu venais juste près de la porte de mon bureau pour me regarder à la dérobée. Je faisais semblant de ne pas te voir. Tu m'emboîtais le pas dans la cour en faisant le clown, ce qui faisait rire les élèves.
La directrice frappa fort le bureau de sa petite main. Sarah en eut un sursaut.
- En tout cas, je pardonne tout à tout le monde. Je ne suis rien moins une rancunière.
C'est pour ça que vous m'avez convoquée ? Pour me dire ces quelques mots ?
- Tu es ici pour te parler d'une chose très importante. Tu n'as pas rempli la fiche de renseignements concernant le conseil d'école, n'est-ce pas ?
Sarah hocha la tête.
- D'accord. Je voudrais juste te rappeler que le conseil d'école est composé de la directrice d'école, c'est-à-dire moi, et de l'équipe enseignante et du conseiller municipal chargé des affaires scolaires, des représentants élus des parents d'élèves, d'un représentant du réseau d'aides spécialisées et d'un délégué de l"Éducation nationale. Il se réunit au moins une fois par trimestre et peut, selon l'ordre du jour, inviter d'autres représentants (médecins et infirmières scolaires, assistante sociale, enseignants chargés des langues vivantes...).
Le conseil d'école vote le règlement intérieur et adopte le projet d'école.
Ce dernier précise toutes les activités scolaires et périscolaires propres à l'école : organisation du soutien scolaire, classes de découvertes etc. Le conseil d'école...
Oh ! ça va ! 
C'est alors que la directrice d'école se lança dans un discours long, abondant, ennuyeux, et surtout interminable.
Texte :
Presque vingt deux jours s'écoulèrent. Sarah avait subtilisé des dizaines de dollars au portefeuille de son père pour faire ses courses dimanche dernier en achetant ce qui était nécessaire à la vie quotidienne ( alimentation, des vêtements pour l'hiver, etc. ). George les avait emmenées la veille, elle et sa fille, chez "Supercuts", un salon de coiffure, pour colorer les cheveux de Christine qui avait voulu avoir des cheveux roux comme l'actrice américaine Julianne Moore. Sarah, avec sa fille, avait rendu visite à sa mère ces quatre derniers samedis.
C'était le samedi. Sarah et Christine firent la grasse matinée. Vers onze heures, Sarah ouvrit les yeux sans le réveil du portable qu'elle n'avait pas réglé à l'heure ordinaire. Elle s'étira, bâilla et sortit de son lit. Elle alluma la lumière et alla se pencher vers sa fille en lui murmurant à l'oreille:
- Ma petite princesse dorée, réveille-toi ! Aujourd'hui, on va rendre visite à ta grand-mère.
Christine esquissa un sourire radieux, les yeux toujours fermés. Elle semblait être dans une bonne lune. Elle ouvrit à demi les yeux en souriant à sa mère qui lui fit un baiser tendre et qui quitta ensuite la chambre, la laissant sortir du sommeil peu à peu. Au bout de quelques minutes, la mère arriva avec un plateau "le porridge", le petit déjeuner complet par excellence. Une préparation à base de flocons d'avoine cuit dans le lait, à laquelle on pouvait ajouter vanille, cannelle, miel ou cacao. Elle posa le plateau sur le petit lit et y prit place.
- Allez ! dit-elle en tapotant les pieds de sa fille qui se dressa aussitôt sur son séant.
- Ma mémé sera ravie de voir mes cheveux roux, n'est-ce pas ?
- Oui, bien sûr, dit Sarah qui avait déjà la bouche pleine.
- C'est bon, dit Christine en dégustant une bouchée du porridge.
- Oui, c'est très bon.
Toutes deux mangeaient. Une fois le petit déjeuner pris, Sarah ramassa le plateau et sortit de la chambre pour poser le plateau dans la cuisine. Toutes deux étaient presque prêtes pour sortir, et elles n'avaient pas besoin de se changer car elles avaient dormi avec leurs vêtements chauds : un tricot et son jean.
Elles descendirent au salon où elles mirent leurs espadrilles. 
La petite princesse se mettait debout, tout près de son grand-père qui dormait d'un sommeil se plomb. Sarah tira les rideaux. Au bout de quelques minutes, Jack ouvrit à demi les yeux en se défendant d'une main contre les rayons du soleil.
- Bonjour pépé, dit Christine à la manière de l'hôtesse de l'air s'adressant à un passager.
Le grand-père ne répondit pas.
- Veux-tu nous emmener à l'hôpital ? demanda-t-elle.
Sans la regarder, Jack se dressa sur son séant et sortit du canapé en lui faisant signe que oui. Il sortit de la maison suivi par sa petite-fille qui lui emboîta le pas par amusement, sans qu'il s'en rendît compte, jusqu'à ce qu'il ouvrit la portière par laquelle elle se glissa pour s'asseoir sur la place arrière. Sarah prit les clés de la maison et, par défaut de volonté, referma avec nonchalance la porte de la maison derrière elle puis, à pas teintés de frissonnement, elle alla s'asseoir sur la place avant, la place du mort. Si ! si ! La place du mort puisque son père se tenait debout sur son siège quand il conduisait en roulant à tombeau ouvert. Tout le monde prêt ( Sarah veillant à ce que la ceinture de sécurité les maintienne attachées à leur siège, elle et sa fille ), le Toyota Tundra démarra. Tout le long du trajet, Jack et Sarah gardèrent le silence, sauf Christine, qui chantonnait "Shoo Fly, Don't Bother Me" de Larry Groce.

Shoo fly, don't bother me,
Shoo fly, don't bother me,
Shoo fly, don't bother me,
For I belong to somebody !

I feel, I feel, I feel like a morning star
I feel, I feel, I feel like a morning star

C'était une chanson lourde de sous-entendus. Sarah en écoutait les paroles tout en regardant son père de temps à autre du coin de l'oeil. Après presque moins de quinze minutes, les voilà arrivés là où se trouvait l'hôpital. La voiture se gara tout près de trois arbrisseaux qui se dressaient, à l'écart de quelques bosquets d'arbustes agrémentant les entours de l'endroit, comme trois petits soldats en uniforme dans une posture banale. Jack descendit de la voiture et sa petite-fille sauta en trombe vers la portière ouverte puis elle se dirigea tout courant vers l'entrée de l'hôpital. Une fois dedans, elle se trouva au milieu d'une dizaine de personnes, certaines assises, d'autres allaient et venaient. C'était l'heure de pointe. Un air d'espièglerie innocente dans le regard, la petite princesse dorée se mit à osciller sur place à titre folâtre sous les yeux noirs de la grosse Blanche, chargée de réception, qui faisait semblant de lui être indifférente en s'occupant de quelque fiche, apportant une attention plus ou moins soutenue à tel ou tel individu.
Voilà entrer Sarah et son père Jack qui tapota la joue de sa petite-fille à qui Sarah donna la main en l'emportant comme une douce bourrasque. Tous trois s'engagèrent dans un si étroit couloir. La grosse Blanche s'était contentée de leur adresser un sourire après un "Bonjour" en les suivant des yeux jusqu'au moment où ils disparurent.
Après quelques minutes, ils s'arrêtèrent devant une porte ouverte.
Jack prit une place près de chambre. Sarah et Christine entrèrent en frappant à la porte.
- Bonjour, mémé ! dit Christine en souriant.
Sa grand-mère, gisant sur le lit, tourna vite les yeux vers elle et, avec un sourire expressif, outré, soigné et surtout malmené par la maladie :
- Oh ! quelle surprise ! Approche-toi. Viens me donner un bisou.
Christine se dirigea doucement vers elle et lui baisa la joue.
- Regarde-toi ! Quels beaux cheveux ! Tu es devenue rousse. Ce que tu es ravissante !
Christine lui sourit, port sage.
Sarah laissa la porte entrouverte et alla baiser sa mère sur la joue.
- Bonjour ! Comment vas-tu ? 
- Je tiens le coup ! 
Puis Sarah s'assit sur la chaise simple en métal, serrant sa fille dans ses bras.
- C'est George qui vous a emmenées jusqu'ici ? demanda madame Leaderway ?
- Non, c'est mon père, répondit Sarah.
- Où est-il ?
- Il est là, à l'hôpital.
- Pourquoi ? demanda madame Leaderway.
- Je ne sais pas.
- Peu importe. Peux-tu remplir cette bouteille d'eau ? Elle est vide.
- D'accord, dit Sarah en se levant.
Puis elle sortit de la chambre, la bouteille à la main.
Elle s'engagea dans un couloir puis elle s'arrêta net car elle vit son père avec le docteur John. Elle remarqua qu'ils faisaient des gestes en se parlant, ou plutôt en se disputant. Dès qu'ils la virent, ils s'effacèrent en entrant dans une salle pour continuer la dispute. Sarah se demanda pourquoi ils se disputaient, mais enfin cela lui était bien égal. Elle se dirigea alors aux lieux d'aisance pour remplir la bouteille d'eau. Une fois la bouteille remplie d'eau, elle revint à la chambre où elle mit la bouteile près du lit de sa mère et reprit sa place, serrant sa fille dans les bras.
- J'ai vu mon père avec le docteur John en train de se disputer, dit-elle. Je ne sais pas pourquoi.
- Peut-être y a-t-il quelque chose entre Jack et le docteur John, dit madame Leaderway, quelque chose qu'on ignore.
- Oui, peut-être.
- Ma jambe droite est toujours paralysée. Je ne peux même pas la faire bouger.
- Alors les séances de kiné restent sans effet.
- Oui, c'est ça.
- Le docteur John m'a parlé de deux traitements possibles : la plasma... euh...la plasmaphérèse, mais j'ai oublié l'autre terme.
- C'est évident car tu oublies vite.
- Ah bon !
- La vie est belle, n'est-ce pas ? 
- Oui, bien sûr.
- Mais le fait d'être malade m'a empêché de respirer la joie de vivre.
Sarah n'avait pour l'instant qu'à tenir la main de sa mère pour compatir à sa souffrance.
- Oui, vivre avec la maladie, c'est dur, dit Sarah qui tenait toujours la main de sa mère à pleine main.
- La vie, au lieu de nous apparaître comme un fardeau et comme une chaîne, doit être considérée comme une fonction essentielle de la même puissance qui possède la raison et la volonté, alors on pourra croire qu'il n'y a pas d'immortalité complète ni de rémunération accomplie du bien et du mal que nous avons faits sur cette terre, sans la reconstitution de notre machine corporelle avec les perfectionnements exigés par notre condition. Alors tu devrais jouir de la vie autant que tu peux avant de tomber malade, tu y es ?
Sarah hocha la tête.
Madame Leaderway se mit soudain à pleurer sur un ton pleurnichard.
- Je me sens très fatiguée et tellement rongée par la maladie que je crois qu'il n'y a plus d'espoir.
- Non, ne dis pas ça, dit Sarah, en pleurs.
Christine se contenta de regarder sa grand-mère, mais elle avait la larme facile.
- Je veux bien rester seule maintenant, dit madame Leaderway en baissant les yeux. Je ne veux plus vous infliger plus de mal que vous ne le méritez, toi et ta fille. Si j'ai besoin de l'eau, l'infirmière ira à mon secours, alors allez, toi et ta fille, je vous aime !
Sarah se leva et baisa sa mère sur le front, mais cette dernière leva brusquement les yeux vers sa fille. Des yeux étincelant d'amour.
- Donne-moi ta main, dit madame Leadeway.
Sarah tenait la main de sa mère à plaines mains, mais elle remarqua que sa mère avait une poignée de main pleine de force malgré sa faiblesse, comme si c'était leur dernière rencontre, qu'elles ne se reverraient plus jamais.
- Prenez soin de vous, toi et ta fille, dit madame Leaderway qui serra de plus belle une main de sa fille.
- D'accord, dit Sarah en se levant. Prends soin de toi.
Puis elle baisa sa mère au front. Christine baisa à son tour sa grand-mère, mais un baiser sur la joue.
- Au revoir mémé.
- Au revoir.
Sarah s'essuya ses larmes de la main qu'elle donna à sa fille en quittant la chambre.
Toutes deux marchaient dans un couloir étroit au milieu des personnes et quelques blouses qui allaient et venaient.
Au bout de quelques minutes, les voilà dehors.
Elles cherchèrent maintenant qui pourrait les ramener à la maison.
- Maman ? 
- Oui ? 
- Qui pourrait nous ramener à la maison ? demanda Christine, les yeux étincelant plus vivement sous les rayons du soleil doux et brillant.
- T'inquiète pas. On va sûrement le trouver, dit Sarah en caressant la joue de sa fille, le sourire aux lèvres.
Alors qu'elles attendaient, debout, voilà passer juste devant elles la Mercedes grise qui s'arrêta net.
C'était lui, le Blanc au visage adipeux.
La vitre s'ouvrit. Il leur fit signe de monter en brandissant la main. Elles montèrent. Sarah prit la place avant; Christine la place arrière.
À sa grande surprise, Sarah remarqua que l'homme ne parlait pas tout le long du trajet.
Après presque une demi-heure, la voiture les déposa près de la maison.
Elles remercirent l'homme qui démarra vite.

Sarah et Christine entrèrent à la maison en refermant la porte. Celle-ci ôta ses espadrilles, les remit en place et monta les marches de l'escalier vers la chambre; cella-là remit les clés de la maison en place, ôta à son tour ses espadrilles, les remit en place, ferma les rideaux et se dirigea vers la salle de bains.
Au bout de quelques bonnes minutes, Sarah sortit de la salle de bains et monta les marches de l'escalier vers la cuisine de laquelle elle sortit après quelques instants avec un plat "la tartiflette", une recette de cuisine, à base de gratin de pommes de terre, oignons, lardons, le tout gratiné au reblochon. Elle l'avait préparée la veille.
Elle entra dans la chambre. Christine était allongée sur son petit lit.
Sarah posa le plat sur son lit et y prit place, les jambes croisées.
Christine sortit de son petit lit et alla rejoindre sa mère dans son lit.
Christine était désormais assise en face de sa mère, les jambes croisées. Puis, prenant un petit morceau de lardon :
- Maman ? 
- Oui ?
- Je me demande un peu pourquoi tu n'as pas dit :"On te reverra samedi prochain" à ma mémé.
Sarah cessa de mâcher. Oui, elle avait peut-être oublié de dire ces mots à sa mère. Ces mots qu'elle avait l'habitude de dire chaque samedi quand elle rendait visite à sa mère avant de la laisser seule sur son lit, à l'hôpital.
Sarah se souvenait très bien de ce jour où elle s'était éveillée en sursaut après s'être assoupie. Ce jour où elle avait vu sa mère en rêve, ou plutôt la mort de celle-ci.
Sarah sortit aussitôt de son lit.
- Où vas-tu ? On n'a pas encore fini le déjeuner.
Mais Sarah quitta déjà la chambre.
Elle descendit au salon où elle s'assit sur le canapé. Puis elle se recroquevilla sur elle-même.
Au bout de quelques bonnes minutes, voilà Christine vint la rejoindre, le plat à la main.
- Maman ?
La mère ne répondit pas.
- Je t'ai laissé un peu dans le plat. Tiens !
Sarah avait perdu l'appétit. Elle craignait que le mauvais rêve qu'elle avait vu ne soit vrai.
- Maman ? Qu'as-tu ?
Christine posa le plat sur la moquette grise, près du canapé. Puis elle alluma la télé et prit place sur le canapé à côté de sa mère, recroquevillée sur elle-même.
Christine regardait la télé jusqu'à ce que la nuit tomba. Puis en atteignant la télé elle monta les marches de l'escalier vers la chambre, laissant sa mère seule sur le canapé.
Texte :
Sarah ouvrit les yeux dans le noir. Quelle heure-t-il maintenant ? Elle s'étira puis elle sortit du canapé et avança à pas de loup vers le mur pour chercher l'interrupteur à tâtons. Une fois ce dernier trouvé, elle alluma la lumière qu'elle éteignit aussitôt puisqu'elle sut maintenant son chemin. Elle monta les marches de l'escalier vers la chambre où elle découvrit que la lumière était éteinte.
Elle entra dans la chambre sans allumer la lumière. Elle alla vers son lit sur lequel elle prit son téléphone portable qu'elle alluma pour consulter l'heure. Oh ! j'ai bien dormi. Il est 23h13. Par l'éclat de l'écran du portable qu'elle dirigea vers le petit lit de sa fille, elle découvrit que celle-ci dormait déjà. Sarah ne voulait pas que le plat reste dans le salon. Pour cela elle sortit de la chambre et descendit au salon où elle chercha l'interrupteur à tâtons. Une fois ce dernier trouvé, elle alluma la lumière, alla ramasser le plat, éteignit la lumière et remonta les marches de l'escalier vers la chambre où elle s'assit sur son lit pour manger dans le noir avant de finalement pouvoir se coucher.
Texte :
Il fait froid, se dit-elle en mettant le bonnet de laine tricotée. En franchissant le seuil, elle avança d'un pas, et son pied s'abîma dans une couche de neige épaisse de quelques centimètres. Les couches de neige devenaient de plus en plus épaisses à mesure qu'elle marchait. Elle s'efforçait tant bien que mal de marcher, les mains dans les poches. Le docteur John, qu'elle avait eu au téléphone assez de minutes, lui avait dit des mots pour participer encore à sa douleur, ressentir tout ce qui la touchait, autrement dit il lui avait donné des marques par des paroles, des témoignages de sympathie à l'occasion du décès de madame Leaderway, mais enfin il lui avait parlé du lieu où elle devait les rencontrer, lui et Jack Leaderway, à quelques mètres de là.
Au bout de quatre et quelques minutes, Sarah s'arrêta net. Elle regardait autour d'elle. Il n'y avait personne. Soudain une main se montra derrière un tronc d'arbre géant. Une main qui brandissait. Puis un homme emmitouflé apparut. C'était lui, le docteur John qui venait de brandir la main.
- Bonjour, Sarah ! Comment allez-vous ?
Sarah ne répondit pas.
- Je vous ai eu au téléphone. Merci d'avoir pris la peine de venir jusqu'ici.
- Sarah ! cria une voix d'homme.
Sarah ne savait pas d'où venait la voix. Encore une fois voilà une petite main qui brandissait derrière le même tronc d'arbre géant. On joue à cache-cache ou quoi ? Sarah savait très bien qu'il s'agissait de son père car la main brandissait à une hauteur de presque deux coudées. Oui, c'était lui. Le voilà apparaître.
- Sarah ? Je n'ose dire "ma fille"...
Ah bon !
- Tu es encore en deuil ? C'est moi qui t'ai procuré cette pelisse noire que tu portes. Un manteau dont on a fait le pli.
Quelle générosité !
- Vous savez pourquoi vous êtes ici, Sarah ? demanda le docteur John.
- Tu es ici pour parler de madame Leaderway, enchaîna Jack. Je n'ose dire "ma femme".
Ah bon !
- Tu veux savoir comment ta mère a attrapé le syndrome de Guillain-Barré ? demanda Jack. Le virus Zika.
Le docteur John n'en croyait pas ses oreilles.
- Mais comment le sais-tu, Jack ? demanda-t-il, éberlué.
- Oh ! docteur. Tu me connais très bien. Savoir de telles choses, ce n'est pas le bout du monde.
- Docteur ? Est-ce que le virus Zika pourrait être responsable du Guillain-Barré ? demanda Sarah.
- Oui, répondit le docteur John, le virus Zika pourrait provoquer des complications neurologiques graves, comme le syndrome de Guillain-Barré, qui touche le système nerveux périphérique, mais la question qui se pose, c'est "comment votre mère était-elle en proie au virus Zika ?", sachant que ce dernier se transmet à l'homme via la piqûre d'un moustique appelé Aedes aegypti ou albopictus, des types de moustique tigre. Alors d'où vient ce moustique ?
- Oh ! docteur, c'est très simple car le monde grouille de pervers rancuniers, et moi j'en fais partie. Comme j'étais l'époux de madame Leaderway, j'en ai profité pour faire une piqûre avec une seringue en injectant un sang contaminé par le virus de Zika dans le corps de madame Leaderway au moment où elle était endormie à côté de moi dans le lit conjugal.
- Oh mon Dieu ! s'étonna le docteur John, incrédule.
Sarah, elle, commença à avoir une crise de larmes.
- Mais pourquoi ? demanda-t-elle, des sanglots dans la voix.
- Si nous voulions être toujours sages, rarement aurions-nous besoin d'être vertueux, dit Jack. En fait, je me suis toujours montré indulgent envers les défauts de ta mère que je n'aimais guère depuis notre mariage. Un mariage que je regrette...
Sarah pleurait à chaudes larmes. Voilà un père sans pitié. Un père dénué de toute sympathie naissante de la connaissance des souffrances de sa fille. Un père à qui on ne devait point attribuer ce rapport entre une fille et son père, un rapport qui se définit au moyen des notions de ligne et de degré.
- Tu crois que ta mère est morte des suites de syndrome de Guillain-Barré ? demanda Jack qui échangea des regards de complicité avec le docteur John.
- Oui, répondit Sarah.
- Détrompe-toi ! Ta mère a été tuée par deux hommes, dit Jack.
- Quoi ? Mais qui l'ont tuée ? demanda Sarah.
- Moi et le docteur John, répondit Jack avec un sourire de satisfaction.
Sarah sentit le monde tomber en ruine devant ses yeux. Quelle cruauté ! Dans quel monde était-elle ? Là encore elle n'en pouvait plus de souffrance. Entendre son père avouer ainsi était comme un poignard planté dans son coeur. Elle ne pouvait plus se tenir sur ses jambes. Elle voulait que la terre l'engloutisse car ce qu'elle venait d'entendre était loin d'être crédible.
- Vous aussi docteur ?...Vous en qui j'ai confiance, dit Sarah d'une voix étranglée de plus belle par des sanglots retenus. Espèce de...
- Là, là, calme-toi ! En effet, le docteur John me doit plus de cinq cent mille dollars, car on joue aux cartes dans un casino. Voilà pourquoi je lui ai demandé de tuer madame Leaderway pour ne plus être en dette avec moi...
Le docteur John resta muet.
- Toi aussi Sarah. J'aurais pu te tuer...
- Quoi ? Moi aussi ? s'étonna Sarah.
- As-tu entendu des pas vers deux heures du matin ? Le jour de Noël ?
- Oui, répondit Sarah.
- C'était moi, dit Jack. J'étais en train de monter les marches de l'escalier vers ta chambre pour te tuer, mais j'ai renoncé in extremis, de peur d'être suspect.
- Mais pourquoi vouloir me tuer ? demanda Sarah, interloquée.
- À vrai dire, je sais que tu subltilisais des dollars à mon portefeuille quand je dormais d'un sommeil de plomb, mais je faisais semblant de ne pas être au courant. Puis, il y a la fête de Thanksgiving où j'ai vu ton voisin George dormir chez moi, dans le salon, comme un mort. Là encore je me suis montré plus indulgent que je ne le suis. Je ne sais pas qui t'a mise en cloque. Pour moi, tu es la honte de la famille. Et puis après tout, je veux un fils. Je regrette d'avoir eu une fille. Fais ta prière, Sarah, termina Jack en sortant un pistolet qu'il braqua vers sa fille.
- Jack ! cria le docteur John. Ça ne vaut pas la peine de le faire.
Voilà une voiture de police qui arriva bien juste.
- Haut les mains ! ordonna un policier en braquent une arme à feu vers Jack.
- Qui l'a appelée ? demanda ce dernier.
- Moi, répondit le docteur John, car je me repens d'avoir commis le meurtre. Il faut faire justice de nous, toi et moi.
- Je vais compter jusqu'à trois, sinon je vais tirer, menaça le policier.
Jack n'avait pas le choix. Il devrait céder.
- Pas besoin de compter, dit-il en jetant son pistolet, les mains en l'air.
Braquant toujours l'arme à feu vers Jack, le policier se dirigea lentement vers lui, lui mit les menottes et le fit monter dans la voiture de police. Le docteur John, lui, se dirigea vers la voiture de police dans laquelle il monta sans résistance. Puis le véhicule démarra. Sarah resta figée sur place, cherchant à 




 





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