Lettre à G.

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J'ai commencé à écrire en 2003. Les dix premières années, je les ai consacrées à un seul texte, Rebelle Lion. Dix ans à retravailler un manuscrit dans tous les sens, à faire rimer chacune des ... [+]

Image de Grand Prix - Eté 2017
Image de Poèmes
J'étais comme toi, Guépard,
Je me voyais âgé,
Paré pour le départ,
Je devais voyager.
Vous ai quitté de nuit
Sans rien dire à personne,
Ne voulais pas d'ennuis,
Ni que mes pas résonnent.

Je m'excuse aujourd'hui
De n'avoir pris congé :
J'avais un sauf-conduit
Mais rien à partager.
Une place dans une voiture
Qui passe le désert,
Un désir d'aventure
Et de fin de misère.

J'ai été arrêté
Par la mer à Tanger.
Assez pour regretter
Le temps de la Pangée.
Comme l'homme, la nature
Sait créer des barrières,
Mais bien trop miniatures
Pour freiner ma carrière.

J'ai traversé la mer,
Bravé tous les dangers
Pour découvrir, amer,
La vie de l'étranger.
On perd tous ses repères,
On est déboussolé ;
Un trou devient repaire
Mais ne peut consoler.

De chez nous jusqu'en France
Ça fait un long trajet,
De grandes différences
Qui peuvent outrager.
Pour ne voir de mépris
Dans les bruits perceptibles,
Faut être ouvert d'esprit
Et non pas susceptible.

On me traite de migrant,
Moi qui suis grand berger :
Propos si dénigrant
Qu'il te fait gamberger.
La peur et la défiance
Sont mauvaises conseillères,
D'humaines défaillances
Qui confinent aux œillères.

Aussi la solitude
Sait te décourager :
Sans la sollicitude
On se sent naufragé.
Peut-être aurais-je dû
T'attendre pour partir ?
Mais j'étais éperdu
Et t'envoyais tartir.

J'ai quitté la famille,
En étant affligé.
Quand mes jambes fourmillent,
Elles y sont obligées.
En France il est courant
De vivre loin des siens
Même quand ils sont mourants
On délaisse les anciens.

Ils ont droit à l'asile,
Pour ne plus déranger.
Moi qui suis en exil,
Je ne peux l'exiger.
Dans ce lointain guêpier,
Tel est notre destin :
Rester des sans-papiers
Et vivre en clandestins.

En prenant le bateau,
J'ai cru tout arranger ;
Ce n'est pas du gâteau,
Même si j'ai à manger.
Ici la satiété
Transpire par les pores :
C'est une société
Qui s'appuie sur l'import.

Nous sommes criblés d'une dette
Qu'ils ne veulent éponger ;
Mais ce sont ces vedettes
Qui nous y ont plongés !
L'Europe nous a pillés
Et vit sous perfusion :
Tout y est gaspillé,
Jusqu'à la confusion.

Le temps me fait défaut
Il me faut abréger :
Oublions ces infos,
Ces images ombragées.
C'est l'heure de ma piqûre
Et voilà l'infirmière ;
Je t'ai décrit l'obscur,
Omettant la lumière.

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