Le Vaniteux et le Pur-sang

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Sachons tous nous garder de trop vouloir briller !

Au hangar dans les prés, des mains se sont levées.
Fils de Reine de Kir, et de Jag du Fakir,
Ce beau pur-sang possède un très grand avenir.

Pur produit d’un élevage très bien coté,
Amateurs éclairés, tous veulent l’acheter.
Pour vanter sa classe, une voix s’égosille,
L’animal est issu d’une noble famille.
Un Sheikh portant keffieh nous semble intéressé.
Sa main monte au ciel, car il veut le posséder.

Ce superbe dada quittera nos prairies,
Pour rejoindre un haras dans un autre pays ?
Au téléphone, l’acheteur est suédois,
Dans la salle un crâneur se dit : « il est à moi ! »

Richissime à l’ego bien trop démesuré,
Pigeon rabattu là avec facilité,
Gonzague ne connaît encore rien aux courses,
Mais veut prouver qu’il possède une énorme bourse.
Les tarifs s’enflamment vers les très hauts sommets,
Le naïf vendrait son âme pour parader.

En aparté, l’acheteur est bien circonspect :
— Notre champion n’est-il pas de petite taille ?
L’organisateur vante le beau destrier :
— Que nenni ! Il correspond à la bonne maille.
La valeur n’est jamais liée à la hauteur,
Vous n’êtes pas grand, mais vous semblez fort vaillant.
Pour sûr, ce galopeur fera votre bonheur.
Admirez ce yearling, il est un vrai gagnant.

— Ma foi ! Ses oreilles semblent démesurées…
— Oui, c’est normal, car vous êtes trop éloigné.
Chronométré par un ami fin connaisseur,
L’équidé possède tout d’un grand finisseur.

Vous gagnerez Longchamp comme dans un fauteuil.
Imaginez alors le succès à Auteuil !
Des hippodromes, vous resterez le champion.
Vainqueur à Melbourne comme au Derby d’Epsom.


Le benêt a mûri, il est sous influence,
Il a maintenant confiance en sa chance.
Obsédé par le coursier comme par le blé,
Le vaniteux devient alors poisson ferré.

Le novice ébloui ainsi veut bien croire
Que sa destinée est la route vers la gloire.
Il participe avec grand entrain aux enchères,
Finalement cette bête n’est pas si chère.

Gonzague paiera quand même deux gros millions
Pour tout simplement faire briller son blason.
Afin d’esquiver l’affront de cette défaite,
Sur le champ, le Sheikh préfère quitter la fête.
On n’entend plus personne au bout du téléphone,
Écrasé, le suédois restera aphone.

Au coup de marteau, Gonzague saute de joie,
Tant de cris, tant de hourras qu’il en perd la voix.
Le novice a terrassé toutes les ardeurs,
Et profite bruyamment de ce pur bonheur.
L’affaire du siècle sera vite soldée,
Une grande écurie prestement contactée.

Sitôt parti, terminés les salamalecs,
Le commissaire-priseur, camionneur est devenu.
Micro, décor tout autant que le fameux Sheikh,
Tout a disparu, tables, chaises, n’y sont plus.

Alors que le Gonzague roule nez au vent,
La salle prend le même aspect qu’auparavant.
Blanc Caviar découvre une magnifique stalle,
Digne de sa valeur un tantinet abyssale.

L’encolure au-dessus de la porte de bois,
L’animal comblé d’aise ne feint pas sa joie.
Son patron lui flatte fièrement l’encolure,
Puis retire sa main recouverte de peinture.
Surpris, berné, Gonzague devient larmoyant
Tend du fourrage au champion qui s’écrie : « Hi-han ! »


Ne cherchons pas à exceller en société
Car tôt ou tard il pourrait bien nous en coûter.
Oui, je le sais, n’est pas La Fontaine qui veut,
Aussi je vous rappelle : ceci est un jeu !
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