Le cocu vénal

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Le sire de Vaudreuil, châtelain de village,
Fut l’époux malheureux d’une femme volage.
Depuis longtemps Vaudreuil n’avait plus que son nom.
L’argent avait filé vers d’autres horizons.
Quand notre baronnet fut arrivé en âge
De s’établir enfin et penser au mariage,
L’état de ses finances étant des plus précaires,
Les filles à marier se faisaient rares et chères.
Il fut fort mal reçu dans les familles bien nées
Où il ne rencontra qu’hypocrites refus :
« Je regrette vraiment, vraiment je suis confus.
Mais par malheur ma fille est déjà engagée. »
Comment faire valoir ses quartiers de noblesse
S’ils ornent un écu dépourvu de richesses ?
Il dut se contenter d’une bourgeoise aisée
Qui n’était point issue d’une haute lignée
On prétend que la dame aurait eu des amants.
Mais elle avait du bien, on sut être indulgent.
S’il fallait s’arrêter aux racontars des gens…
Quand on est sans pécune, on ne fait pas le fier,
On dore son blason avec une héritière,
Fût-elle une catin, fût-elle roturière.
Le sire de Vaudreuil était désargenté,
Sa promise était riche, il l’a donc épousée.
Mais une fois mariée, la belle réunit
Autour d’elle une cour d’adorateurs transis.
L’union ne mit pas fin à ses galanteries
Et son époux devint l’objet des moqueries.
L’infortuné mari de la dame peu sage
Était montré du doigt dans tout le voisinage.
Un jour, n’y tenant plus, il vint chez son beau-père
Se plaindre des écarts de l’épouse adultère.
Il ne supportait plus les frasques de sa fille
Qui se livrait sans honte à toutes les folies.
Son honneur en souffrait, on brocardait son nom.
Vaudreuil était atteint dans sa réputation.
Le beau-père écouta, sans montrer d’impatience
De l’époux malheureux toutes les doléances.
Enfin il répondit d’un air embarrassé :
« Vous avez, j’en conviens, raison de protester.
Ma fille se conduit mal, elle a trop de galants.
Ses intrigues amoureuses méritent châtiment.
Je vous promets, mon gendre, que je vais sur le champ
Convoquer mon notaire et la déshériter. »

Et le mari cocu n’osa pas insister !
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