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Le chat plume

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Valérie Corvino

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Les haïkus sont des poèmes miniatures qui expriment dans un langage simple des moments fugaces d’intense réalisation.
Leur "réussite" dépend d’une capacité à suggérer, l’émotion reposant sur quelque chose qui n’a pas été dit. Le format de ces trois lignes arrangées en 5-7-5 n’est pas obligatoire mais un guide. Des rimes voulues sont considérées "de trop". Ils ont pour sujet des situations dans la nature et emploient traditionnellement un mot qui suggère la saison (kigo).

Le haïku, terme créé par Shiki (1867-1902), est une forme classique de la poésie japonaise, à la fois simple et complexe à définir, dont la paternité est attribuée à Bashô (1644-1694).
Le haïku est une forme de poésie très brève : 3 lignes, 17 syllabes !
Les 17 syllabes sont partagées en 5 sur la première ligne, 7 sur la deuxième, et 5 sur la troisième.
Court : 5, long : 7, court : 5

La seule chose à ne pas oublier, c'est l'esprit haïku.



Devant ma porte
Un petit chat abandonné
Son nom ?

Victor !
Un nom de chat tellement élégant
Rien que pour moi.

L’œil ouvert
Il est zen le chat
chut !

Pas un chat
Dimanche de Toussaint
Que des chrysanthèmes.

Chat alors !
Qui parle peu
parle bien.

Il dort
Ronronne ronronne ronronne
Avion vole.

Le chat aussi
est passé à l’heure d’hiver
Dix verres !

Chat d’intérieur
Il dort comme une masse
à la fenêtre.

En silence
Le chat lit le livre
de ma vie.

Le chat bleu
pour s’amuser attrape sa queue
toute blanche.

Ayant assez dormi
Il se lève toutes griffes dehors
le chat a faim.

Face à face
Le chat me fixe
Immobile.

Un rien
L’amuse ce chat pitre -
Jeu suivant.

Chat, chat !
Je donne ma langue au chat
qui sourit.

Chat endormi
entre l’ici et l’au-delà
Long voyage.

Bleu angora
Le petit chat pelotonné sur son coussin
est infiniment prudent.

Petit sphinx
allongé au fond de sa solitude
dort sans fin.

Tôt le matin
il se lève pour galoper
il est fou !

Avec l’air étonné
il se pourlèche les moustaches
sans faire de pause.

Nom d’un chat
Inconnu, errant, perdu, abandonné
qui le connait ?

Je l’appelle Victor
C’est un chat étrange aimant les haïkus
et le silence.

Acrobate
Il n’a pas peur du vide
Un bond !

Minou minou
tu as fui sans laisser de trace
Mille ailes.

Œil de chat
éclairé par la lune
Étincelle d’or.

Nuit
Il s’est mis à chanter
je suis un chat.

Tigre ou chat ?
il aiguise ses griffes
Aïe !

Mots de chat
Regard clair et patte de velours
Une histoire d’amour.

Une grande paix
son regard perce le noir
chat zen.

Sous les meubles du salon
ils s’amusent à cache-cache
chien et chat.

Chat du hasard
Viens donc contre moi
Comme je suis seule !

Soleil couché
Tous les chats sont gris
Nouvelle lune.

Sous sa patte
le chat plume efface
tous les bruits.

Il observe quoi ?
Rien.
Juste le vide.

Un, deux, trois, soleil
Se laisser toucher, c’est perdu
Chat perché !

Le jour, la nuit
un chat noir se détache
ombres chinoises.

Nuit blanche
Sous forme de chat cette apparition
J’ouvre les yeux.

Neufs vies
Histoires d’un chat nommé Victor
Sans queue ni tête.

Où ?
C’est ici qu’il habite
Nulle part.

Et le chat ?
Pas là. Il est sorti.
Il aurait tort de se gêner.

Je suis un chat
Pas trop loin de ma gamelle
C’est tout.

Mystère
Tu crois qu’il appartient au voisin ?
Un chat à personne.

Faute de nom
Minou grisou doudou moumoun
Qui ? moi ?

Leçon du chat :
Aimer vraiment, c’est aimer pour rien
Merci professeur de désir.

J’aime mon chat
un amour délivré ou presque de réciprocité.
C’est déjà pas mal, non ?

Tiens, un revenant
Mais revenu d’où d’ailleurs ?
De l’autre côté.

Mon chat rêve
L’infini lui suffit
j’imagine.

Une vie de chat
Sans penser à quoi que ce soit
Je fais la vaisselle.

Chut !
Ne le réveillez pas
on ne sait jamais.

Plainte des voisins
Tout ce bruit à cause d’un chat !
Vraiment ?


Funambule
plusieurs fois puis une dernière fois
Mais quelle dernière fois ?

Triste ?
On perd ce qu’on aime.
Une fois ne suffit pas.
Chat, chat !

Dans le noir de la nuit
je cherche
mon ombre.

Sur ma route
Je cherche un chat
Maitre zen.

La nuit s’avance
Pour le chat, le haïku
Une œuvre d’art.

Le chat et moi avons passé de longues heures à nous observer pour ensuite comprendre que nous n’avions pas le choix.
Je devais délaisser mes occupations courantes, impossible de lire ou de cuisiner sans qu’il me suive comme un chien. Il m’observait avec attention et confiant se laissait caresser.
Miaou miaou était l’appel du ventre du chat. Je devais cesser immédiatement d’écrire pour remplir sa soucoupe de croquettes. « Lâche ta plume » me disait-il.

Un chat et un écrivain, un certain goût pour la paresse absolue. Ce petit chat sans nom incarnait également pour moi l’élégance, la grâce même, le silence et la légèreté d’un danseur. Il était une sorte de contrepoint à l’agitation permanente du quartier ou de mes pensées vagabondes.
Il me regardait souvent comme s’il me disait « Est-ce que tu es sûr que ça vaut vraiment la peine d’écrire ? On est tellement bien quand on se replie sur soi-même, dans cette pure délectation de l’instant ».
Il me donnait envie de ne rien faire.
De m’abandonner à la douceur de l’instant.



Valérie
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Image de Gérard Aubry
Gérard Aubry · il y a
Chat, je dis très bien! - mon beau chat ronronne et dort - je dis, chat alors Et voilà! lirais-tu "Nos ombres" et "Apocalypse" ? Merci! G.A.
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