2
min

l’œil veille

Image de Démisainsurge

Démisainsurge

29 lectures

4

Je suis triste en ce jour de voir sortir de ma main,
non plus des caresses mais des griffes que je pose
sur ce monde qui me tue lentement à petit feu.
Je suis triste tous les jours, de comprendre la souffrance
au point de souffrir à mon tour par tous ces maux qui règnent,
comme jadis le roi sur son peuple.
Je suis triste en moi car dans chaque goutte de mon sang
se mélange chaque jour un peu plus amertume et aigritude.
Je suis triste maintenant car jamais s'envolera le voile qui
devant mes yeux laisse apparaître sur la beauté du monde
la haine et la souffrance.

Le jour viendra où la douce lame effleurera en un mouvement
soigné la peau pleine de vie et le corps désenchanté pleurera
tout en larmes rouges jusqu'au dernier litre de souffrance
pour y noyer son chagrin à tout jamais.

Tous ces jours m'envahissent de dégoût quand, chaque nuit,
sur le grand bandeau noir d'asphalte traversant champs et campagnes,
dans un choc soudain et brutal, à la rencontre de la ferraille,
d'innocentes vies viennent heurter l'homme et son bolide.
Laissant place à une matière fétide à ma narine,
à ce mélange de poils, de chair et de sang, je demande
pardon et grâce à l'œil qui veille.

Et mon regard impuissant ne peut que verser sur ce sol endeuillé,
meurtrit par la main de l'homme, des larmes qui mèneront la douce lame
au tranchant brillant à se poser et tirer sur cette peau de pêche,
le trait, doux, contre tous ces pêcheurs. Alors, comme la lave jaillit du volcan,
la colère trop longtemps contenue se déversera en un flot chaud
de douleur pourpre jusqu'au dernier souffle du corps désenchanté.

L'ire de l'œil veille et gronde un peu plus chaque jour.
Comme un nouveau Sodome et Gomorrhe, en des temps modernes,
où l'homme pris en son piège, prisonnier de sa chair
Continue à perpétuer crimes et châtiments pour ce doux billet vert,
donnant à sa vertu des airs de canailles.
Ho pêcheurs, ne voyez-vous pas venir la lumière du feu sortit de vos mains
qui anéantira vos familles ? Ne prenez-vous donc pas peur de la chaleur
sortit tout droit du monstre que vous êtes ?

Jours après jours la peur envahie ma conscience et viendra alors le moment,
à force de prières où je donnerai le peu que j'ai. Et en pardon, à coup de douce lame, je verserai mon repentir jusqu'à la dernière goutte de vie du corps désenchanté.

Tous les jours un peu plus encore, s'ajoute aux innombrables facéties de l'homme,
le pléonasme de la bêtise humaine, car nul n'a vu un animal, d'un geste désinvolte, jeter par la fenêtre de sa voiture, dans nos forêts asséchées par l'aridité du climat azuréen, un mégot ravageur.
Forêt, insectes et bêtes de toutes sortes, enveloppés par le feu diabolique,
se trouveront mêlés au brasier et finiront carbonisés comme aurai dû être la cigarette au fond du cendrier.

Alors ma peine prend des couleurs de cendre et la douce lame d'un toucher froid
emmène avec elle la vie du corps désenchanté. Mon âme pleure et verse aux travers spasmes et sanglots le sang sortit tout droit du tranchant de la lame.

Quand l'œil surprend l'image terrible des mains assassines de l’homme,
participer, non innocemment, non sans violence, au massacre
des bébés phoques reposant sur sa banquise et voit cet espace d'une pureté lilial
se transformer soudain en une scène d'horreur d'où le rouge sortit de ces petits corps agités de spasmes et de souffrance vient maculer la terre divine du jus de vie des petits êtres morts tués par les diables en folie.

A quand le grand prédateur viendra vous arracher vos cœurs
et sucer vos os jusqu'à la moelle sans saveur de vos corps vils et impurs.

Je crache à vos gueules, tous comme vous êtes.
La boue de haine que je porte, malsaine en mon âme.
Je jette et piétine ma foi.
La honte est en moi car à jamais je serai
ce que vous êtes.
Et pour gommer l'imperfection
que nature me pardonne,
j'offre sans douleur
par la douce lame et son tranchant
la mort de ma vie.
Alors le corps se vide de son souffle
et rejoint lentement le paradis
des âmes désenchantées.

Je vois l'œil qui veille se réjouir du changement,
de voir mes maux se transformer peu à peu.
Mon iris regarde et voit la rose,
la cime des arbres balayés par le vent.
Je vois maintenant le ciel et son bleu,
l'oiseau en son centre tournoyé en ses airs,
Je comprends et choisis mon camp.
Je reste là car ici enfin je ne suis plus humain.
4

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,