L’instant cambré

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Image de Printemps 2016
Je m’invente un ennui, une ecchymose d’éther
En attendant qu’elle, au sortir de la nuit
M’accorde à cordes l’instant cambré

Il me fallait en ces temps jouir sans cesse
Inhaler ses exhalaisons, excaver ses inclinations
Il me fallait réorienter la respiration des vents
Sur ses collines, me répandre en chair
Dans ses brèches, dépecer le cœur des gargouilles

Au soleil de minuit comme un blues violâtre
J’évidais sur les trottoirs mes sarcasmes et ma mélancolie
Pour venir, nu d’une sauvagerie délirante
M’enfoncer dans ces chemins éclairés d’ombres
Sous le joug de torrents affiliés à la beauté

Je lisais en elle des mythologies évanescentes
Et des fantasmagories égyptiennes
Me perdant dans le creux des arbres noueux
Me retrouvant là d’où vient le cri des hommes

Je couchais sur elle, dans un silence d’hypnose, mes terreurs d’enfant
Mes peaux de basalte et mes nuits impossibles
Arrachant les dents aux cauchemars vagabonds
Fourrageant dans le sein des mémoires fatiguées

De mes mains hissant la hampe des étendards sacrifiés
De mes yeux couvant un néant nécessaire
J’oubliais tout
De mon cœur huilé d’histoires blafardes
De mon corps transi des froids hivers
J’oubliais tout
De mes combats d’hier au pied des cimes d’ennui
De mes couleurs peintes de nostalgie
J’oubliais tout
De mes soleils noircis par le soliloque du clown
De ces nuits dont on se lève croquemitaine
J’oubliais tout
De ces steppes affligées aux chevaux creusés de faim
De ces carnavals dont on ne tire aucune lumière
J’oubliais tout

Et dans cet écrin taillé au creux de l’arbre millénaire
Serti comme une lettre courtisane
- le jaspe et l’amande mêlés -
Dans cette niche nichée en cette profonde falaise
Où couvent les ardeurs et les fièvres infinies
J’oublie et j’écris
J’habite là où dansent les anges.

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