L’hiver des ans

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J'aime écrire, lire, dessiner et peindre. Je vous invite à découvrir mon univers au fil de mes mots, et si le cœur vous en dit, au fil de mes images.

Image de Grand Prix - Printemps 2019
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Le soleil d’argent s’est hissé au-dessus de la grande crête et laisse maintenant glisser sa lumière d’hiver comme une caresse aux pentes de la vallée voisine.

Cette nuit, la montagne dans son immensité, s’est laissée maquiller d’une épaisse couche de neige. Et, au matin, dans ce jour naissant de janvier, la poudre scintillante de coton, habille de sa douceur, chaque rocher, chaque buisson, chaque recoin immobile.

Seules, les grandes pointes des sapins sombres, saupoudrées de neige, se dessinent fièrement et étirent leurs longues silhouettes sur la blancheur mousseuse, étendue à leurs pieds.

Au cœur des prés figés par l’hiver, les ans, un à un, ont doucement effacé le sentier d’autrefois et le vieux hameau s’est endormi dans ses ruines. À sa lisière estompée, les piquets sombres d’un enclos inutile, trahissent la proximité de sa présence.

Quelques portes burinées par le temps, encore droites sous leurs linteaux de bois, gémissent parfois dans le souffle des vents.

Les pierres taillées des murets ensevelis sous la mousse grise, se chauffent un peu au soleil matinal. Tandis qu’à la chaleur naissante, le toupet de neige fraîche qui les coiffe, comme un chapeau éphémère, disparaît lui-aussi peu à peu.

Là, au cœur de ce silence, sous de lourdes poutres enchevêtrées, quelques églantiers, nus et sauvages, s’évertuent à pousser, offrant le rouge de leurs fruits ronds à la solitude du lieu.

Et tout près de la chapelle effondrée, dont seul l’autel en lauzes subsiste, un fût de mélèze sculpté se dissimule sous le manteau de neige et les coussins de glace. C’était la fontaine du hameau !

Témoin abandonné de la vie d’ici, sa conque grise ne résonne plus des éclaboussures d’eau vive et du chant des rires joyeux d’autrefois. Les mains rudes, brunies par le soleil, et bénies par son flot, ont disparu ; les baquets de bois puisant son eau limpide se sont brisés ; les bouches assoiffées de sa fraîcheur, les longs jours d’estive, se sont éteintes depuis longtemps...

Seule, pétrifiée en une sculpture de glace, la source oubliée laisse filer doucement son murmure sans âge, à travers les cristaux de givre polis de l’hiver des ans.

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M. Iraje · il y a
Une superbe carte postale qui rappelle ces vieilles "mignonettes" encadrées de paillettes en usage pour les souhaits de fin d'années.

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