Instants d’éternité

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Quelque part, vers l'ouest, en bordure de Vendée, il est un endroit entre mer et terre où je voudrais que mes cendres soient dispersées...

Si tu veux connaître ce lieu, il te faudra, c'est mieux, choisir une embarcation légère ; l'idéal est une péniche à fond plat, la plus petite possible, qui permette de se faufiler entre les berges molles d'un marais verdoyant où les jupes des branches se noient dans les eaux troubles.

Regarde ; c'est l'Amazonie... parfois, le ciel disparaît sous les frondaisons. La végétation est si drue que tu pourrais te perdre... et aucune carte ni dispositif connecté ne te montrera la route.

N'oublie donc pas de semer sur ton passage, non des cailloux qui disparaîtraient dans l'onde, mais plutôt des fils que tu accrocheras aux branches pour retrouver ton chemin.

Grâce à cette précaution, tu pourras jouir du spectacle exubérant des plantes qui explosent alentour : l'aulne glutineux, la reine des prés , le roseau phragmite sur les rives ; dans l'eau, la renoncule aquatique, le populage des marais. Et dans les prairies., la fritillaire pintade, l'orchis à feuilles lâches, l'obion faux pourpier et la myriophile du Brésil.... et glisser sur la moquette de velours des lentilles d'eau qui recouvrent les sinuosités du marais.

Et puis tu écarquilleras les yeux pour traquer les milliers d'insectes : les libellules chatoyantes, bleues, rouges, vertes, les araignées mordorées qui tissent leur guirlandes sous les arbres pour récupérer la rosée du matin, la Rosalie des alpes et ses longues cornes rayés d'éclats turquoise...

Les oiseaux sont partout : les anatidés (canards) et les ardeides (hérons) nicheurs , les barges à queue noire, les busards cendrés, les courlis, les gorgesbleues, les guifettes, les hiboux, les tariers, les râles des genêts, les limicoles...

Tes yeux ne suffiront pas : tu n'auras pas encore vu les loutres, les chauve souris, les campagnols, les ragondins, les musaraignes, qui disparaîtront promptement au moindre bruit suspicieux. Il te faudra être patient.

Et si ta pénichette te permet ce cadeau, tu t'offriras le soir dans le marais poitevin. Tu écouteras le silence assourdissant qui t'entoure quand petit à petit tout s'endort alentours. Le concert des grenouilles te vrillera avec bonheur les tympans. Les chouettes et les hiboux se joindront à la sérénade.

Alors, peut être, sur le pont, dans une obscurité extrême, tu te sentiras heureux, et comme moi, dans une émotion intense, tu toucheras les étoiles.

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Camille Berry · il y a
Jolie évocation de la Venise verte je pense au sud de la Vendée... Beaucoup de poésie !
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françoise CLAUDE · il y a
Merci de votre long séjour dans mes elucubrations diverses !
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Marie Lacroix-Pesce · il y a
Un voyage au fil de l'eau et des mots...
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Patrick Peronne · il y a
Une très jolie leçon poétique de SVT ( acronyme qui n'existait pas dans ma préhistoire...). Je comprends qu'on émette le souhait d'y faire demeurer pour l'éternité ce qu'il reste de nous lorsqu'il ne reste plus rien.
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Pénélope · il y a
Bel hommage à cet endroit que j'aimerais découvrir.
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Ombrage lafanelle · il y a
C'est triste et en même temps ça a un fond profond. Vous décrivez la nature avec perfection. On s'y croirait
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françoise CLAUDE · il y a
Merci !
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Sylvie Talant · il y a
Eh bienvoilà une prose très poétique et qui n'a même pas besoin de jouer sur les sonorités tant ses descriptions furent inspirées, très évocatrices. Ce poème en prose m'a fait voyager. Les explications entre parenthèses que voilà " Les oiseaux sont partout : les anatidés (canards) et les ardeides (hérons) nicheurs " ne s'imposaient pas dans une oeuvre littéraire, elles rompent un peu le rythme, mais l'auteur a raison de se méfier car un lexique trop recherché est parfois mal perçu en comité de lecture. En tout cas cette prose très poétique aurait pu être écrite par un grand écrivain comme Colette.
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françoise CLAUDE · il y a
Merci vraiment ! Mais Colette, c’est trop !
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Sylvie Talant · il y a
J'ai pensé au recueil les " Vrilles de la Vigne " de Colette quand j'ai lu ce poème en prose.