Il y a des murs de vieux lierres

il y a
1 min
43
lectures
4

Point zéro Au départ, il y a soi. En soi, vers l’intérieur Il y a l’infiniment petit Et de soi vers l’extérieur L’infiniment grand. Ainsi, chacun est son propre Point zéro  [+]

Il y a des murs de vieux lierres où l’air
parait appartenir à un hier,
dont les trouées tamisent une lumière
qui proviendrait d’une vie dépassée.
Planquée là sous un amoncellement
de présents qui ont cessés d’exister,
percée de brèches béantes dans l’antan,
la muraille pourtant tient bon, se défend.
Lors, j’aperçois un soleil prisonnier
de la mémoire et des temps anciens,
à moitié enterré, voué à l’oubli,
empreint d’une nostalgie infinie.
Invisible à ses contemporains,
riverains desquels il est mitoyen,
dissimulé derrière son camouflage,
le mur se jette, s’écroule sur le boulevard
pour, semble-t-il, s’emparer des remparts.
Perdu entre deux rangées de garages,
un échangeur, une rue, deux travées
de barres d’immeubles, à la croisée
des abandons et du carbonifère,
il s’allonge jusqu’au chemin de fer
comme s’il pouvait remonter les âges,
découvrir ses parements de pierres
et reconstruire une cité tout entière.
Mais il n’est désormais qu’une ruine
qui sans le lierre finirait de mourir.
Plus je le regarde plus il m’inspire
le respect de son rôle, ses origines :
ce qu’il devait être beau et imposant
ou bien laid, chargé de cris et de sang,
le mur d’un secret, son murmure.
De quel édifice était-il le mur ?
Le mur d’une antique manufacture,
le soubassement d’une vive structure
d’un monument fantasmagorique,
d’une fière fortification mirifique,
d’un incroyable ouvrage, sa relique
Ou bien d’une banale bâtisse, l’ossature
Ou encore d’un abattoir, sa ceinture ?
Aussi, je parle à un mur sans appareil,
décapité, mutilé, sans oreilles,
un étrange enchevêtrement lithique,
un embroussaillement de verdure
jointé de racines, enduit de fractures,
squelette d’une architecture amnésique.
Alors mur ! Dis-moi tout ce que tu sais !
Tu en as vu des vertes et des pas mûres,
des pisses d’ivrognes et de chiens, j’en suis sûr ;
tu ne me dis rien de qui tu étais,
mais rien, de ton curriculum vitae,
ton état civil, ton identité
ni comment a-t-on pu te dénommer.
Tu sais, des noms de murs, moi j’en connais :
mur des lamentations, mur de Berlin
le mur de la honte, le mur d’Hadrien
le mur de la peste, le mur de la faim,
mur de la paix, celui des fédérés,
le mur...toujours celui des séparés.
Pas assez illustre, pas assez de veine,
on a pas pris la peine de te nommer,
on a pas pris la peine de te raser,
on pas pris la mesure de ta peine
de n’être passé à postérité.
Qui pourrais-tu encore intéresser
sinon moi, qui par hasard t’ai croisé ?
Tu m’as chamboulé, tout interloqué,
interrogé sur le sens d’une vie
ordinaire et puis, de mourir en vain.
Seul se souviendra un vieux lierre ami
cramponné dans ton agonie, ta fin.
4

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,