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Funambules (drame de la jalousie au cirque)

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Pierre Eyrignoux

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Je l’ai connue là-haut, légère dans les agrés
Où nos passions naquirent de frissons partagés,
Là-haut dans nos forêts de cordes et d’anneaux
Où nos corps amoureux tendrement s’enlianaient
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Quand nos deux cœurs ensemble humaient les yeux ailleurs
Les fumets capiteux des hourras qui montaient
Et que toute haletante d’effort et de bonheur
Contre moi je sentais ton doux flanc palpiter
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Mais les amours toujours ne tiennent qu’à un fil
Et chacun n’est pour elle qu’un simple équilibriste,
Un pauvre funambule, un jongleur, un artiste
Risquant son balancier sur le bord de ces cils
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Que lui as-tu trouvé à ce montreur de fauves,
Vieux beau à rouflaquettes, chamarré de paillettes
Pour glisser à ses pieds, soumise et ronronnante,
Pareille à ses tigresses étalées en carpettes
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Non ! je ne peux pas croire que de nos corps parfaits,
Tu aies pu oublier, les grâces altières
En leurs souples étreintes, pour aller te vautrer
Dans l’odeur de son cuir, au creux de sa litière
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Maintenant chaque soir au bout d’une voltige,
Quand nos poignets se soudent, ton regard se fige...
A l’appel du mien, il s’éteint, il m’élude,
Et tu pèses à mon bras toute ma solitude
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Comment tenir en moi l’avalanche de rage
Qui roule dans ma chair, la déchire, la saccage,
Quand je sens sur sa nuque épaisse se poser,
Si délicatement tes mains abandonnées
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Grotesque et ridicule la péremptoire emphase
De ses gestes stupides soumettant ses lionnes,
Alors qu’en brandebourgs fièrement il plastronne
Allumant dans tes yeux une imbécile extase
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Je ne suis plus qu’un nœud de désespoir avide
Et ce soir mon amour au milieu de l’arène,
Je laisserais tes mains s’ouvrir sur le vide
En criant à la foule que c’est parce que je t’aime
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

Mais quand dans son rond blanc, la lumière t’a prise,
J’ai senti sur mon front comme une eau qui dégrise :
La fraîcheur de ta vie me réveillant soudain
J’ai hurlé pour chasser l’horreur de mon dessein.
Comme nous nous aimions Marie, comme nous nous aimions !

PRIX

Image de Hiver 2014
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Image de Eva Dayer
Eva Dayer · il y a
Félicitations ! Même dévastatrice, la passion permet de belles envolées ...et je vote avec enthousiasme !
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Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Aux premières loges des gradins, j'ai ADORE ce numéro de trapèze.
Et applaudis comme un seul homme...Malgré la chute !

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