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J’ai la mer à la porte de ma chambre.
Je l’entends se frapper contre le bois
Comme jadis, elle se donnait la mort sur les falaises géantes.

J’ai la mer à la porte de ma chambre
Et une mouette qui hurle sur ma poignée.

Je ne veux plus sortir,
Je veux juste l’écouter
Rugir, frapper, se casser et s’ouvrir,
Se casser et s’ouvrir.

J’ai la mer à la porte de ma chambre.
Un cor de brume vibre d’entre mes jambes.

Le phare éclaire mon visage
Et bientôt c’est le noir.
Le phare éclaire mon visage
Et c’est encore le noir.

Cette mouette qui paraît avoir la gorge enrouée
Je l’aimerais près de moi dans mes nuits d’infini.
Je m’aimerais Crusoé et j’aimerais Vendredi.

J’ai la mer à la porte de ma chambre.
NON, je ne veux pas ouvrir !
Et ces voix étrangères,
Serait-ce des sirènes
Que je n’ouvrirais pas.
J’ai la mer à ma porte
Et je veux la garder.
Elle cogne dans ma tête
Comme cognent les coups
MAIS JE N'OUVRIRAI PAS.

J’ai la mer à la porte de ma chambre,
Une mouette qui hurle sur ma poignée.
Et ces goélands fous qui envolent ma tête
Tout au bas de ma porte sont venus se poser.
J’aimerais chuchoter leurs cris d’oiseaux blessés.
J’aimerais une poignée pour devenir une mouette.

J’ai la mer à la porte de ma chambre
Et le vent si blessant, si cinglant, si mémoire.
Le vent noir me murmure le naufrage de la mer.

J’ai peur !

Il me dit qu’elle est morte
mais morte de si loin
qu’ici encore elle est toujours vivante.

Des mâts plantés au ciel comme des cordes de pendus
Et épars, des épaves, hurleuses et clapotantes.
Je marche sur les dépouilles d’ailes de cormorans.
Sur la pierre rugueuse, le sang coule en écume.

Je reste là, le rêve au creux des seins
Et sur les mains des rires tachés de sang.
Oui, j’ai peur soudain !
Et ce vent inlassable...

J’ai la mer à la porte.
On veut me l’enlever.
On veut la crucifier
Avec des clous requins.
Mais je n’ouvrirai pas.
Je ne parlerai pas
Et ces mots répétés
Ces mots qui sont mon nom
Je n’y répondrai pas.

Force dérisoire, interdite, d’une mer qui s’épuise.
La mer s’est pendue aux pourtours de la terre.
Humiliée, lacérée, la mer nous est venue mourir.
Et ce vent noir qui gronde dans ma tête
Et ce vent, ho folie, qu’il arrête !

Sur l’océan scintillent les larmes du soleil.
L’écule silencieusement s’est drapée de pudeur.
Une baleine déhanchée dépose son dernier cœur
Et des chants goélands coule un requiem.

Tous les oiseaux des eaux sont venus
Tristes, dépeuplés, coudre l’âpre linceul
De leur mère fidèle.
Et je la sens rugir,
Rebelle une fois encore.
Tous les oiseaux des eaux
Tourbillonnent dans ma tête
Il en vient de partout
Et de partout encore.
J’ai la mer à ma porte de ma chambre !
Et quand bien même
Les vagues seront mortes
Quand elles chavireront
Leurs algues d’amalgame pourri,
Qu’elles se recouvriront
D’écume funéraire
Et de bateaux déserts,
Je resterai là
Immobile à jamais
Avec la mer à la porte de ma chambre.

Je ne veux plus sortir.
Je veux juste l’écouter
Rugir, frapper, se casser et s’ouvrir
Se casser et s’ouvrir.

PRIX

Image de Printemps 2015
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Arlo · il y a
Excellent poème bien construit et agréable à lire, j'aime et vous avez le vote d'Arlo.
La finale de la matinale en cavale arrive à son terme le 29/12 à 11 heures.
Arlo vous invite à soutenir son poème "découverte de l’immensité". Merci à vous et bon après- midi.

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Marie Guzman · il y a
J'essaye de lire tous les poèmes en lice... le vôtre m'a tellement plu, je n'ai pas les mots tant la douceur et les différentes émotions arrivent à me déstabiliser ... vraiment une pépite bravo
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Utilisateur désactivé · il y a
Un enfermement bien imagé, avec le déferlement de ce qui empêche. Il me semble que ce texte pourrait être amélioré. Par exemple, pourquoi "se frapper" et non pas tout simplement "frapper" ? Le "j'ai" est-il nécessaire ?. Ce qui donnerait : La mer à la porte de ma chambre. Elle frappe contre le bois. etc. qui me paraîtrait plus percutant encore. +1
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Irèneriviere · il y a
Merci pour ces conseils, je vais y réfléchir - Première fois où j'ose partager qq uns de mes mots alors je suis preneuse - Dans l'espoir de m'améliorer
Encore merci - En espérant une autre fois

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Sébastien Broucke · il y a
J'aime beaucoup votre texte et suis fier d'être le premier à voter pour lui. Félicitations à vous ! Bravo et merci...
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Irèneriviere · il y a
Merci beaucoup, beaucoup pour ces encouragements ...

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