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Dieu était assis

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Tubal Amiot

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Dieu était assis sur le bord de la route à regarder le monde qu'il avait créé.
Il ne faisait plus rien, juste le regarder.
C'était son jour de repos et pendant ce temps là
Le monde devait se débrouiller.
Il se débrouillait mal, ça avait mal commencé.
Dieu avait mis dans le monde, au beau milieu, la liberté.
Le premier homme en avait aussitôt profité.
Plutôt que de reconnaître son père il avait choisi
De faire à sa manière
Sans s'occuper de lui.
Le gouvernement de la terre pouvait bien se passer de la théocratie.
Et depuis ce temps lointain
Ça allait de mal en pis.

Dieu était assis sur le bord de la route à regarder le monde qu'il avait créé.
Et il en voyait passer des choses.
Des choses et des gens
Et bien des évènements.
Lui qui dominait le temps
Voyait bien que tout cela allait mal finir.
Il avait bien eu beau envoyer des prophètes
Les hommes continuaient à n'en faire qu'à leur tête.
Ils avaient bien eu beau leur crier ou leur dire
Ce qu'ils devaient faire pour être sauvés,
Dieu voyait bien qu'il fallait s'attendre au pire
De l'usage que l'homme faisait de la liberté.
Pourtant il voyait que cela était bon ! Tout ce qu'il avait fait.

Dieu était assis sur le bord de la route à regarder le monde qu'il avait créé.
Les hommes avaient depuis longtemps
Fait des progrès.
Ils avaient accru leur connaissance,
Leurs techniques et leurs sciences.
Ils avaient même appris à vivre mieux en communauté.
Ils avaient déifié le progrès.
Pourtant quelle ignorance
De penser que ce dernier
Mènerait au bonheur immense
Que tous les hommes attendaient.
Sans arrêt depuis Babel
Les hommes montaient, montaient.

Dieu était assis sur le bord de la route à regarder le monde qu'il avait créé.
Et les hommes montaient en haut de l'échelle
Qu'ils nommaient progrès.
Comme au temps de Babel
Ils espéraient toucher le ciel.
A chaque pas qu'ils faisaient
Il devenait évident cependant
Que le bonheur les fuyait
Ou que la répétition des plaisirs
Finissait par lasser.
L'homme était toujours insatisfait.
Alors Dieu se leva et partit sur la route
Tandis que le soleil se levait
Il en avait assez d'être à notre écoute.

Dieu s'est levé du bord de la route où il regardait le monde qu'il avait créé.
Il est parti au loin en des lieux insondables
Se refusant encore à rayer de ses tables
le mot magique de liberté.
Deva partit avec Devil, lui Zeus tonnant
Le Ju pater d'antan.
De noirs et beaux nuages coururent dans la nue
Jetant dessus la terre des lueurs étranges.
Une femme à genoux en la place est venue
Avec ses deux enfants pour prier un ciel vide.
Les petits la regardaient, on aurait dit deux anges
Et elle murmurait ses paroles insipides
Emportées par le vent vers des cieux que même Dieu avait abandonnés.

Longtemps la Terre resta ainsi pleurant son abandon
Errant dans le silence du Logos enfui.
Et les hommes cherchant à recevoir un don
Se tournaient mais en vain vers les vieux archétypes
Vieillards croisés en chemins, femmes à l'enfant
Vierges noires, dieux fertiles. Nulle lumière luit.
Parfois on crie Noël mais plutôt par principe
L'homme est devenu seul dans le silence du père
Il est devenu triste en espérant l'enfant
Le messie, le sauveur, celui tant attendu
Mais quand il est venu
Il ne l'a pas reconnu
Quoi de plus triste qu'un monde sans père.

Plus tard, beaucoup plus tard
Dieu est enfin revenu voir.
Alors, bien que ce fut en silence
Un nouveau souffle régna sur la terre
Un vent se leva comme une délivrance
Dans le secret, nous avions encore un père.
Et la femme sourit
Ses deux enfants aussi
Un ciel bleu se leva à l'aube de ce jour
La terre se para de ses plus beaux atours
La parole revint au monde et dit
Faisons cela, faisons ceci.




Hautefeuille 2006
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Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Au final, un message d'espoir, malgré tout.
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Trebor · il y a
Bel ouvrage, Amiot. De la genèse à révélations ou apocalypse en passant par Adam, Babel , les prophètes et le Messie tués par des hommes se croyant égaux à DIEU le Créateur. Résumé poétique de la Bible qui promet un par
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Trebor · il y a
paradis sur la terre pour bientôt. ( Révélations 2 :7 , Luc 23 :43 ).
Auriez vous le temps de lire " si j'avais su " ?

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