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Délires portuaires

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Fabrice Antonov

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Ce soir, dans le port, tous les bateaux sont à quai.
Devant le miroir, je dénoue tes longues tresses.
Ce soir, tu me trouves un peu trop taquin,
Mais moi, je broie du noir, t'assénant ma détresse.

Ce soir, le Malin m'a visité, j'ai senti ses cornes,
Le souffre a rongé mes artères, comme si j’étais déjà mort.
Parti comme un voleur, il a rejoint le Cap Horn,
Dire qu'il pensait m'avoir juste avec un peu d 'or...

Ce soir, j'ai envie de plonger et de revoir Neptune,
Approcher ces sirènes dont on m'a tant parlé.
Peu importe que j'y perde la vie ou toute ma mise,
Mais j'y verrai les défunts sans faire aucun palier.

Ce soir, le chant des baleines est une symphonie
Dont les mouvements amers sont semblables aux saisons,
Vénérées par des fous, et ces funèbres oraisons
Ont, depuis longtemps, dévoré mon esprit.

Dans le cimetière marin, tu as croqué la pomme.
Evanescente et belle, tu ressemblais à Eve
Issue de l ’océan; la vie me semblait brève,
Et moi, j'étais comme Adam, inféodé au rhum.

Le doux assassin ne connait aucune trève
Et prendra ton coeur à la serpe d'argent.
Tu sais, ma douce, il ne fait aucun sentiment,
Et s'abreuvera de ton sang comme d ’une sève.

Ce soir, des parents maudits par des marabouts,
Sont sortis de chez eux, avec leur progéniture.
Et de toi, nue devant la glace, la Haute Couture
N ’aurait fait qu'un navrant et triste tabou.

Je suis sans espoir, tu files à travers mes doigts
Comme un filet dérivant, un corps qu'on esquive.
Déjà, doucement, tu t'éloignes de la rive,
M'abandonnant seul, sans regrets, ni émois.
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